Hongrie : retour à l'Etat du groupe pétrolier et gazier MOL
2011-06-20

Le groupe MOL revient dans le giron de l'Etat hongrois qui entend affirmer sa souveraineté énergétique en contrepoint de la ligne néolibérale de Bruxelles.

Historique



Dans les années 1990, le groupe pétrolier et gazier MOL est privatisé : il possède des raffineries, un réseau de distribution et des filiales dans les pays de l'ex-Yougoslavie.

Le groupe autichien OMV, très entreprenant en Europe centrale et dans les Balkans, en possède 20% à mi-2007 et lance contre lui une OPA hostile, sans succès.

En mars 2009,le groupe russe Sourgut (SurgutNefteGas) rachète la participation de la firme autrichienne pour 1,4 milliard d'euros. Pourtant la firme russe ne parvient pas à se faire inscrire comme actionnaire au registre du commerce hongrois, donc à exercer ses droits au sein du Conseil d'administration.

Négociations russo-hongroises



Les Premiers ministres russe et hongrois, Vladimir Poutine et Viktor Orban, aux parcours personnels si différents, sont saisis du contentieux et négocient discrètement à partir de la mi-2010. Fin mai 2011, il est annoncé que l'Etat hongrois rachète la participation russe dans MOL pour 1,88 milliard.

Il est probable que Moscou ait obtenu une contrepartie sous la forme d'un contrat important sur le marché hongrois, comme le métro de Budapest (l'accord avec le français Alstom ayant été dénoncé) ou la 5ème tranche de la centrale nucléaire de Paks (1000 Megawatts).

Un financement international



Déjà très endetté, l'Etat hongrois devra utiliser une ligne de crédit accordée en 2008 par le Fonds monétaire international (FMI) et dont 3 milliards d'euros sont encore disponibles.

Pied de nez au néolibéralisme de Bruxelles



En l'absence de stratégie énergétique europénne, la Hongrie dépend de la Russie pour la fourniture de gaz. Elle souhaite au moins disposer de son réseau de distribution dans l'hypothèse d'une diversification de ses sources d'approvisionnement, par exemple le gaz azerbaidjanais transitant par bateau sur la mer Noire sous forme liquéfiée -White StReam (1)- ou par gazoduc sur le territoire turc -Nabucco (2)-.

Cet accord illustre l'opiniatreté de Viktor Orban à reprendre la main, en opposition avec la ligne néolibérale impulsée par l'Allemagne, l'Italie et la France à Bruxelles : ces trois pays fondateurs de l'Europe ont traité directement avec la Russie afin de mettre en chantier des gazoducs qui "éviteront" l'Europe centrale, peu sure pour leurs intérêts nationaux, -Nord Stream (3) et South Stream (4)-.

Notes

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(1)[URL : 3069]

(2) [URL : 2911]

(3) [URL : 2909]

(4) [URL : 2908]