Croatie : 28e Etat de l'Union européenne au 1er juillet 2013 ?
2011-07-12

La poursuite de l'élargissement de l'Union européenne rencontre le scepticisme de la plupart des peuples des Etats membres si l'on en croit les sondages. Pourtant la Commission européenne a recommandé le 10 juin 2011 d'achever positivement le processus d'adhésion de la Croatie.

Avec l'accord du Conseil européen, le traité pourrait être signé en décembre 2011. La Croatie pourrait ensuite organiser un référendum, et les 27 Etats membres se prononcer un à un.

Les obstacles



La faiblesse du soutien de la Slovénie à cette adhésion n'échappe à personne. La complexité des relations entre les deux pays est directement héritée de l'ex-Yougoslavie : la volonté du pouvoir slovène d'organiser un référendum national sur la demande croate ne simplifie pas la situation.

La faiblesse du soutien des Croates eux-mêmes est un autre obstacle à surmonter. Ce faible soutien, tombé à moins de 25% en avril 2011 après le verdict rendu par le Tribunal pénal international de l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye lors du jugement du général croate Ante Gotovina (1), rendrait aujourd'hui incertaine l'issue d'un référendum.

Le troisième obstacle est la faiblesse du pouvoir croate actuel, usé par le temps et par les scandales de corruption : le risque serait réel de voir un vote protestataire s'exprimer majoritairement sur un autre thème que celui posé par un référendum européen (2).

Les solutions prévisibles



Concernant la position de la Slovénie, les pressions des 26 autres Etats membres ne sont pas à exclure : Bruxelles accorderait quelques "facilités" au pouvoir slovène.

Concernant le soutien de l'opinion publique croate, les sondages indiquent déjà à mi-2011 une remontée favorable à près de 50% : la blessure d'amour propre infligée par le TPIY s'estompe progressivement.

Enfin concernant le pouvoir croate, des élections sont prévisibles au dernier trimestre 2011 : elles renouvelleront le Parlement et le gouvernement, et il est espéré qu'elles assoiront une nouvelle légitimité politique.

Une évolution fondamentale



Il est probable que l'adhésion d'un 28e Etat à l'Union européenne se mette en place après un processus de négociation plus draconien que ceux qui ont conduit en 2007 aux adhésions de la Bulgarie et de la Roumanie.

Ce processus engage la Croatie dans les domaines de la justice et des droits fondamentaux (crimes de guerre, corruption et libertés individuelles) et donne déjà lieu à une surveillance particulière de la part de Bruxelles : elle se prolongera au moins jusqu'à la mi-2013.

Il engage aussi l'Union européenne qui accueillera un deuxième pays de l'ex-Yougoslavie, directement impliqué dans les conflits ethniques des années 1990. L'Union donne ainsi un signal positif aux demandes potentielles d'adhésion des autres pays concernés, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, voire Kosovo-, bien que les contextes y soient plus complexes.

Notes



(1) Le général Croate Ante Gotovina, condamné à 24 années de prison par le TPIY pour avoir conduit une opération contre les Serbes en août 1995, est considéré comme un héros national par les Croates. Après le verdict, parfois compris comme une condamnation de la "culpabilité collective croate", des manifestations ont secoué la Croatie. Pourtant, hormis une frange de nationalistes radicaux, l'opinion publique croate semble désireuse de tourner la page de la guerre des années 1990.

(2) L'usure du pouvoir croate, en particulier de la Première ministre Jadranka Kosor (Parti HDZ) tient à plusieurs éléments, les pratiques anciennes, la corruption et la situation économique. 500 000 personnes (sur une population de 4,4 millions d'habitants) touchent une pension de vétérans de guerre, accordée afin de fidéliser un électorat si l'on en croit le leader de l'opposition, Vesna Pusic (Parti populaire). Les scandales de corruption concernent toutes les couches de la population, ainsi l'ancien Premier ministre Ivo Sanader a été arrêté en Autriche en décembre 2010 et devait être extradé vers Zagreb sous peu. L'économie croate s'est contractée de plis de 1% en 2010 et le chômage a voisiné les 12%.