Russie : un nouveau pôle politique libéral au service du pouvoir (août 2011)
2011-12-21

Si la rivalité supposée entre Dmitri Medvedev (45 ans) "{moderne et modéré}", et Vladimir Poutine (58 ans) "{tenant des hommes à épaulettes et de la verticale du pouvoir}", a fait long feu, la constitution d'un pôle politique libéral prépare les élections présidentielles de 2012 et le retour de l'ancien titulaire.

L'extrême gauche -le Parti communiste- et l'extrême droite -le Parti ultranationaliste- sont représentés au Parlement mais ne constituent pas un réel danger pour le duo Poutine / Medvedev. Au contraire, elles lui permettent d'endosser des positions qu'un pouvoir "centriste" aurait hésité à prendre.

La composante libérale



Arès la confisation de ses biens, l'oligarque Mikhaïl Khodorkovski a été pénalement puni de douze années
d'emprisonnement en mai 2011. Il avait enfreint la règle implicite dictée par Vladimi Poutine au début des années 2000, "à moi le pouvoir politique, aux oligarques l'enrichissement" à condition qu'ils ne se mêlent pas de politique. Les protestations, les manifestations à l'extérieur de la Russie -comme le concert de soutien du 5 juillet 2011 à Strasbourg, siège du Conseil de l'Europe-, n'y ont rien changé.

Le joeur d'échec Garry Gasparov, l'ex-Premier ministre Mikhaïl Kassianov, l'ex-vice Premier ministre Boris Nemtsov ont vu leur tentative de constitution de parti libéral durement contrée : "Liberté populaire" n'est pas parvenu à se faire enregistrer auprès des autorités malgré les garanties existant dans la Constitution russe. Il sera une fois de plus marginalisé.

Pouquoi cet acharchement ?

Une partie de l'èlectorat urbain s'élève de plus en plus ouvertement contre la bureaucratie et contre la corruption entretenues par "la verticale du pouvoir" : elle est estimée à 10% et pourrait entraîner des lendemains sévères si la parole lui était donnée.

En prévision des élections législatives de décembre 2011 et des élections présidentielles de mars 2012, une mission a ètè confiée à l'oligarque Mikhaïl Prokhorov (1) : constistuer un pôle politique libéral afin de canaliser les velléitaires. Le Parti "Juste cause" (2) est ce cheval de Troie, Prokhorov en prend la présidence.

Les grandes manoeuvres



Mais les grandes manoeuvres sont ailleurs; Il s'agit de retrouver l'èlectorat perdu par le parti majoritaire "Russie unie" (3).

Le "Front populaire panrusse" (4) est créé, et comme son nom l'indique, il devra faire revenir au bercail à la fois
- les voix tentées de renforcer le Parti communiste afin de dénoncer la pécarité sociale qui s'accentue,
- les voix tentées de renforcer l'extrême droite en réponse au déclin démographique de l'ethnie slave et à l'appel à l' immigration;

L'idéologue du régime russe depuis le début des années 2000, Vladislav Sourkov, déclare sans sourciller "Vladimir Poutine a été envoyé par Dieu à la Russie confrontée à une période difficile". Les mouvements de jeunesse, "Nachis" et "Jeune garde", renaissent comme à la bonne époque et se mobilisent autour de leur guide. Le culte de la personnalité pointe son nez. Tout est engagé pour ne pas laisser de place à un véritable pôle politique libéral, alternative potentielle au pouvoir actuel.

Notes



(1) Mikhaïl Prokhorov est à la tête d'une fortune de 18 milliards de dollars, acquise dans le nickel. Il est aujourdhui exempté de la règle implicite qui interdisait aux oligarques de se mêler de politique.

(2) "Juste cause" est le seul parti libéral légalisé en Russie : il bénéficie de l'accès à la télévision russe. Créé depuis 2 années, il déclare 56 000 adhérents.

(3) Le parti majoritaire "Russie unie" a revendiqué jusqu'à 2 millions de membres : il dispose de 315 députés sur 450. Il est contesté sur Internet.

(4) Le "Front populaire panslave" affiche des objectifs ambitieux, modernisation du pays, triplement du niveau de vie et création de 25 millions d'emploi.