Abkhazie : Alexander Ankvab vainqueur des élections présidentielles anticipées (26 août 2011)
2012-03-12

La mort de Sergey Bagapsh (1), le 8 mai 2011, à Moscou, en cours de mandat présidentiel, a entraîné un processus électoral anticipé.

Le président du Parlement, Nugzar Ashuba, a assuré la présidence de la république autoproclamée durant la campagne électorale.

L'ancien vice-président Alexander Ankvab a été élu au premier tour.

Les candidats



Trois candidats étaient en lice, Alexander Ankvab, Raul Khajimba et Sergey Shamba.

Alexander Ankvab



Alexander Ankvab, 58 ans, a été Premier ministre de 2005 à 2009 et vice-président de 2009 à mai 2011 (présidence Bagapsh), puis président par intérim.

Il choisit pour la vice-présidence Mikhaïl Logua (responsable de l'administration d'un district).

Il a le soutien du parti au pouvoir, "Abkhazie unie" et de l'association d'Anciens combattants "Amtsakhara". Il représente une certaine continuité.

Raul Khajimba



Raul Khajimba, 53 ans, a été ministre de la Défense en décembre 2002 et Premier ministre d'avril 2003 à octobre 2004 : durant cette dernière période, il a assuré de fait les responsabilités de la présidence, Vladislav Ardzinba étant gravement malade.

Il a la particularité d'avoir été proclamé président en décembre 2004 avant que le résultat de ces élections ne soit annulé. De Moscou, Vladimir Poutine envoie un "Premier ministre par intérim" afin de lui faire constituer un ticket avec son rival Serguey Bagapsh : au 3éme tour ce dernier sera président et Raul Khajimba vice-président (2). Le ticket tient difficilement, il démissionne en mai 2009.

En 2011, il choisit pour la vice-présidence Svetlana Jergenia, la veuve de l'ancien président Vladislav Ardzinba (3).

Il a le soutien du parti d'opposition, le" Forum de l'unité du peuple d'Abkhazie". Il représente la sensibilité "Ardzinba" opposée à la Géorgie de la Révolution des Roses. Il représente aussi une sensibilité "abkhaze" (4) dans un contexte où le russe est la langue utilisée, le rouble est la monnaie utilisée, les pensions russes sont recherchées, les papiers d'identité russes sont recherchés, des garde-côtes et des garde-frontières russes gardent l'Abkhazie, des milliers de soldats russes gardent les bases militaires russes d'Abkhazie et leurs lance-missiles.

Sergey Shamba



Sergey Shamba, 60 ans, a été ministre des Affaires étrangères de mai 1997 à juin 2004 et de décembre 2004 à mai 2009 (présidences Ardzinba et Bagapsh), puis Premier ministre de février 2010 à juillet 2011 (présidence Bagapsh).

Il choisit pour la vice-présidence Shamil Ardzinba (secrétaire d'Etat à la jeunesse et au sports).

Il est soutenu par le "Parti du développement économique", dont le leader (Beslan Butba) est un ancien député (2002 à 2007), un ancien candidat à l'élection présidentielle (8% des voix en 2009) et le propriétaire de deux médias (la chaîne de télévision privée "Abkhazie TV" et le journal "l'Echo d'Abkhazie").

Il représente les milieux d'affaire partageant leur temps entre Soukhoumi, Moscou, et Sotchi où se dérouleront les Jeux Olympiques en 2014 et qui comptent bénéficier d'une partie du flux d'activité (5).

Le processus préparatoire



Examen de passage de langue abkhaze



Selon la Constitution de la république autoproclamée, les trois candidats ont du passer un examen de langue abkhaze : il convient de souligner qu'Alexander Ankvab s'y était refusé en 2004 et n'avait pu participer à l'élection présidentielle.

Signature d'un pacte pour des élections "équitables et propres"



Afin de ne pas renouveler les trois tours de l'élection présidentielle de 2004 / 2005, les trois candidats ont signé le 27 juillet un pacte pour des élections "équitables et propres".

Quel pronostic ?



Raul Khajimba a eu le mérite de la persévérance, 3éme candidature présidentielle en moins de 10 ans. Dans le jeu des alliances politiques, complexe, il a parfois changé de pied. Son "abkhazité" aurait pu lui être favorable. Il n'était certainement pas le candidat préféré de Moscou.

Alexander Ankvab et Sergey Shamba semblent sur la même ligne politique, ils le sont moins qu'il n'y paraît.

Alexander Ankvab a fait l'objet de plusieurs attentats dont il a échappé miraculeusement : on lui prête la volonté de faire le ménage sur les questions de propriétés immobilières illégales appartenant à différents milieux, abkhazes et russes.

Sergey Shamba était soutenu par les hommes d'affaire abkhazes, parfois domiciliés en Russie, qui souhaitent ne pas manquer l'occasion de s'enrichir avec les Jeux Olympiques de Sotchi et le projet pharaonique d'implanter un vaste complexe hôtelier dans le Nord Caucase pour développer les sports d'hiver.

Les résultats



106 000 électeurs (71, 92% des inscrits) ont voté, donnant une majorité de plus de 50% dès le 1er tour

- 54,86% à Alexander Ankvab,

- 21,04% à Sergey Shamba,

- 19,83% à Raul Khajimba.

Une partie des 143 7000 électeurs inscrits ne se sont pas sentis concernés et se sont abstenus afin de protester contre l'extrême difficulté économique dans laquelle ils sont plongés aujourd'hui.

La population d'ethnie géorgienne revenue dans la partie méridionale du pays (district de Gali) n'était pas inscrite sur les listes électorales.

Des élections pour quelle Abkhazie?



En dehors de la Fédération de Russie, seuls le Vénézuela et le Nicaragua (ainsi que quelques iîles du Pacifique) ont reconnu l'indépendance de l'Abkhazie : l'assise internationale fait défaut à cette république auto-proclamée.

Par ailleurs, la présence russe, militaire, économique et linguistique, pèsent parfois sur la population d'ethnie abkkhaze devenue minoritaire une nouvelle fois : pour quelques privilégiés russes, la tentation est forte de renouer avec le passé et de voir en l'Abkhazie une terre méridionnale, idéale pour bâtir des propriétés de plaisance.

Un pays à trois vitesses attend Alexander Ankvab, celui des notables russes, celui des aspirants gagnants -qu'ils soient d'ethnies abkhaze, arménienne ou autre- qui espèrent participer et profiter, celui d'une population en grande précarité et travaillée par un christianisme orthodoxe et un islamisme sunnite renaissants.

Il devra prendre garde à ne pas mettre le feu à cette poudrière explosive car à moins de trois ans de Jeux Olympiques en proximité immédiate, le grand frère russe ne tolérera aucun écart.

Il est symptomatique que le président de la Fédération de Russie, Dmitri Medvedev, ait été le premier à féliciter le nouveau président de l'Abkhazie.

Il est également symptomatique que la Géorgie ait protesté, argumentant en particulier que trois cinquièmes de la population n'ont pas participé à ces élections, parce qu'expulsés ou non inscrits sur les listes électorales.

Notes



(1) [URL : 2933]

(2) [URL : 1546]

(3) Le nom d'Ardzinba est associé pour les Abkhazes à la sécession de la Géorgie, après la chute de l'URSS.

[URL : 1254]

(4) Si l'Abkhazie a compté 500 00 habitants à l'époque soviétique, l'expulsion manu militari de 250 000 à 300 000 personnes d'ethnie géorgienne au début des années 1990 (avec l'aide de l'armée russe) a ramené la population à un peu plus de 200 000 personnes, Compte-tenu de l'existence de plusieurs minorités ethniques (arménienne et russe à Soukhoumi) ou du retour partiel de la minorité géorgienne (47 000 personnes dans le district de Gali) et compte-tenu de l'émigration économique vers la Turquie (où une partie des Abkhazes s'était réfugiée au XIXème siècle lors de la conquête russe), la population d'ethnie abkhaze est aujourd'hui estimée à 100 000 personnes. La population d'ethnie russe se renforce année après année.

(5) Sotchi appartenait au territoire abkhaze avant la période soviétique.


L'orthographe retenue pour les noms propres est l'orthographe anglo-saxonne . elle ne correspond pas aux standards de traduction française et à la prononciation française qui seraient : Sergueï Bagapch, Raoul Khadjimba, Sergueï Chamba, Nougzar Achouba, Mikhaïl Logoua, Svetlana Djerguénia, Beslan Boutba).