Ligne ferroviaire grande vitesse Moscou - Saint Pétersbourg (2011)
2012-05-12

A l'heure où la Chine essuie des déboires avec ses lignes ferroviaires à grande vitesse et ses TGV "made in China", la Russie a pris la décision de lancer un appel d'offre international pour la construction d'une ligne ferroviaire grande vitesse de Moscou à Saint Pétersbourg.

Il était temps. Après la France, l'Allemagne, les Etats-Unis, le Japon, la Chine et la Corée du Sud, la Russie n'avait pas su se doter de TGV.

Saint Pétersbourg, la capitale des tsars depuis Pierre le Grand et la ville d'origine du tandem présidentiel Poutine / Medvedev, méritait bien un moyen de transport novateur.

Un appel d'offres international



La Fédération de Russie lancera donc un appel d'offres international fin 2011 pour la construction d'une ligne ferroviaire de 660 kilomètres de long entre Moscou et Saint Pétersbourg. Le choix du prestataire devrait s'effectuer fin 2012 / début 2013, avec une mise en exploitation en 2017. Les experts situent les coût du chantier entre 10 et 15 milliards de dollars.

De multiples candidats déclarés



Les candidats potentiels se dévoilent un par un, la Deutsche Bahn allemande d'abord, ensuite des groupes chinois et coréens (Hyundaï), et plus récemment la SNCF qui a grillé Alstom d'une journée pour annoncer une candidature.

Le gigantisme du chantier, les conditions environnementales à surmonter, la pratique particuliére des affaires en Russie et les inévitables demandes de transfert de savoir-faire rendent cette opération complexe. Des consortiums se formeront nécessairement, avec la participation d'entreprises russes, afin de limiter les risques qu'ils soient techniques, financiers ou autres.

Les aspets politiques



L'Allemagne considère le marché russe comme sa chasse gardée, et les chanceliers successifs -tant Gerhard Schroeder qu'Angela Merkel- ont montré qu'ils savaient ne pas déplaire à Moscou afin de privilégier leurs intérêts économiques (exportations industrielles, importation de gaz, coopération nucléaire ...).

La France, après le divorce entre Areva et Siemens, aurait bien aimé une coopération entre Areva et Rosatom : ce n'est pas le cas. La vente de 4 navires de guerre BPC Mistral a donné lieu à d'âpres négociations, surmontées avec difficulté : en définitive les 2 derniers seront construits dans les chantiers navals russes, avec transfert de savoir faire. Reste Renault embarqué dans une stratégie de restructuration du groupe automobile russe Avtovaz, avec la recommandation de ne pas procéder à trop de casse sociale, d'investir fortement et de transféer son savoir-faire. Restent aussi les établissements Panhard (Groupe PSA) qui essaient à leur tour de vendre un millier de blindés légers pour les garde-frontières russes. Le chantier Moscou - Saint Pétersbourg serait un chantier phare qui pourrait calmer bien des esprits qui s'interrogent sur le bien fondé de la relation Elysée - Kremlin, affichée comme "privilégiée" et qui n'a rien donné de concret économiquement.

Les pays assiatiques (Japon, Corée et Chine) seront des concurrents dangereux : clients de la Russie dans le domaine des hydrocarbures et des matières premières, ils pèsent de plus en plus sur la balance commerciale russe et deviendront exigeants.

Une belle empoignade en perspective, que les élections présidentielles russes de 2012 (et accessoirement françaises) ne perturberont pas.

N.L.