Rapport Bosnie-Herzégovine 1996 : la liberté confessionnelle et la situation des diverses communautés religieuses
2013-01-15

Extrait du Rapport pour 1996 du Fonds européen pour la liberté d'expression.

V. LA LIBERTÉ CONFESSIONNELLE ET LA SITUATION DES DIVERSES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES



Tout regard sur la situation des libertés religieuses en Bosnie-Herzégovine doit tenir compte du fait que des décennies durant, elles ont été soumises à une sorte de blocus et de discrimination de la part d'un système unipartite et d'un Etat fondé sur "le parti". Le pluralisme politique a permis, dans ce domaine aussi de la vie sociale, une libération générale de l'ensemble du potentiel religieux, donnant lieu à un véritable "déferlement" de sentiments religieux et de manifestations de la foi.
C'est dans ces conditions que la guerre a éclaté en B-H, au cours de laquelle la religion et le nationalisme ont été sans cesse utilisés à des fins politiques. La glorification de la nation, laquelle en B-H coïncide avec la religion, a été ainsi portée à son paroxysme, pénétrant tous les pores de la vie sociale. Tous les crimes et le génocide perpétrés avaient, ou ont reçu, un caractère religieux. De plus, la destruction massive des sanctuaires religieux musulmans et les nombreux cas de liquidation physique de leurs officiants ne peuvent s'expliquer que par la haine religieuse et nationale qui animaient les exécuteurs et leur désir d'anéantir la base même de la spiritualité de ce peuple.

L'existence des trois peuples constitutifs correspond à trois différentes confessions, ce qui a été utilisé dans une large mesure pour renforcer l'aveuglement religieux et le clérico-nationalisme. Ce qui a non seulement droit de citoyenneté, mais est particulièrement bien vu dans les régions contrôlées par les partis nationalistes au pouvoir. Tout au cours de la guerre, l'intolérance religieuse a été systématiquement encouragée par les médias sur les territoires formant actuellement la Republika Serpska, de même que par les médias croates au moment des conflits entre croates et boshniaques.

La réglementation juridique prévalant actuellement en B-H dans le domaine de la religion et des libertés confessionnelles est la suivante :
Il est très explicitement déclaré, dans la Constitution de la Bosnie-Herzégovine, que sur le territoire de la B-H la liberté de pensée, de conscience et de religion sera garantie à tous les citoyens, sans aucune forme de discrimination. Dans la Constitution de la Fédération de B-H également, il est précisé que ceci s'applique "à la pratique, privée et publique, de leur religion par l'ensemble des citoyens". La Constitution de la Republika srpska garantit la liberté de religion et l'égalité de toutes les communautés religieuses devant la loi, la liberté aussi de pratiquer leur religion selon leurs propres rites. En dépit de ces proclamations, et toujours selon la Constitution de la RS, l'Etat n'est autorisé à aider matériellement que l'église orthodoxe et est tenu de collaborer avec elle dans tous les domaines, afin de garantir en premier lieu la préservation, le développement et le respect des valeurs culturelles et spirituelles traditionnelles.

En Republika Serpska, les députés doivent prêter serment sur l'Evangile orthodoxe, bien que tout au cours de l'histoire de la Bosnie, les trois religions aient toujours été parfaitement égales devant la loi. Aussi à la première session du parlement de la Republika srpska tenue après les élections de septembre 1996, au moment de la prestation de serment, les députés représentant le SDA et le "Parti pour la Bosnie" ont quitté la salle.

Pour ce qui est de la juridiction dans ce domaine, il n'existe actuellement, en Bosnie-Herzégovine, que la loi sur la situation juridique des communautés religieuses, adoptée en 1974, mais dans la pratique, elle n'est respectée par aucun des trois régimes.

La Bosnie-Herzégovine est caractérisée par le pluralisme des religions, bien qu'actuellement, sur une partie de son territoire, il est évident que l'on favorise de facto (en RS), la religion et la communauté religieuse appartenant au parti politique nationaliste au pouvoir. Ce qui est conforme au concept nationaliste de ce parti (un Etat, un peuple, une religion, une armée, un chef...). Sur le plan légal, la religion est séparée de l'Etat, mais on note en fait une immense politisation de la religion et une alliance entre les pouvoirs ecclésiastiques, étatiques et militaires appartenant au même camp nationaliste. Certaines organisations civiques et un nombre important de citoyens - des intellectuels surtout - nationalités confondues, s'efforcent de s'opposer à ce genre de comportement. Nombreux sont aussi les croyants à estimer que les ecclésiastiques devraient s'en tenir à leurs activités religieuses, leur ingérence dans les affaires de l'Etat s'étant révélée, de toute évidence, désastreuse.

Les trois communautés religieuses sont décidées à récupérer ceux de leurs biens qui ont été nationalisés. Les autorités sont prêtes à répondre ê cette demande. Pourtant, compte tenu de l'existence de différentes confessions et des circonstances dans lesquelles ces biens ont été confisqués, la situation reste extrêmement complexe. Aucune loi n'a encore été adoptée à ce sujet, mais il y a pourtant déjà eu des cas où ces biens ont pu être récupérés. Il est indispensable d'adopter une loi à ce sujet, tant pour déterminer très exactement les critères et conditions sous lesquels ces biens et ces trésors pourront être rendus, mais aussi pour éviter tout subjectivisme, au moment de l'arbitrage, de la part des autorités.

L'enseignement religieux a été introduit dans un grand nombre d'écoles publiques et, pour l'instant, dans les écoles primaires avant tout. Mais chacune des trois communautés religieuses ne l'a fait que dans la région où le pouvoir se trouve entre les mains de "son" parti politique nationaliste. Cette situation est encouragée par les résultats de la purification ethnique menée au cours de la guerre dans la majorité des territoires. En Republika srpska et dans les territoires contrôlés par le HDZ (parti croate), il n'existe pratiquement pas d'école qui soit fréquentée par d'autres enfants que des enfants serbes - ou croates. Dans les milieux urbains de la Fédération de B-H, contrôlés par le pouvoir de Sarajevo, c'est-à-dire par le pouvoir boshniaque, la règle est que tous les enfants, s'ils en expriment le désir ont droit à un enseignement religieux correspondant à leur foi. Mais cela reste dans l'ensemble lettre morte. Récemment encore, il n'y avait plus sur ces territoires aucun théologien ou prêtre orthodoxe pour enseigner cette religion, et quant aux parents catholiques, ils préfèrent envoyer leurs enfants suivre des cours de catéchisme privés.

On note la présence de plus en plus fréquente des communautés religieuses dans les programmes des médias électroniques, mais sans que cela ait un caractère régulier ni à horaires fixes. Il s'agit surtout de programmes consacrés à la célébration des fêtes religieuses ou à des émissions culturelles exposant l'histoire des différentes religions. A Sarajevo, la radiotélévision publique et certaines radiotélévisions privées émettent de nombreux programmes à l'occasion des principales fêtes religieuses musulmanes, catholiques, orthodoxes et juives. Les stations de radiotélévision de la Republika Serpska et des parties de la Fédération à population majoritairement croate, émettent uniquement ce genre de programmes à l'occasion de leurs propres fêtes religieuses.

Il n'existe pas d'informations complètes, en B-H, sur la situation des petites communautés ou sectes religieuses et ce phénomène n'a jamais fait l'objet d'une véritable étude. Certaines d'entre elles, telles que l'Eglise adventiste, se sont lancées pendant la guerre dans des actions humanitaires, s'attirant la sympathie et la reconnaissance des citoyens. Avant la guerre l'existence des sectes religieuses n'était pas très appréciée par les autorités et certains de leurs membres ont fait l'objet d'enquêtes ou ont été poursuivis. Après la disparition de ce régime, la vie religieuse a connu un nouvel essor, plus particulièrement dans les grandes villes qui ont fait preuve d'une grande tolérance. Le seul incident grave a eu lieu cette année à Sarajevo, lorsqu'un groupe d'extrêmistes islamistes s'est attaqué aux membres d'un défilé de Hari Krishna, au centre de la ville. L'opinion publique et les médias ont très violemment réagi et la police a arrêté les auteurs de cette agression.

Retour à [URL : 4242]

.