Défaillances en série de l'aérospatiale russe : six cosmonautes isolés de la terre (octobre 2011)
2013-12-26

Six mois après la célébration du 50ème anniversaire du premier vol dans l'espace de Youri Gagarine, les lanceurs russes -en situation de monopole pour ravitailler la Station spatiale internationale (ISS)- ont subi une série d'échecs.

Depuis l'arrêt des navettes américaines ATLANTIS en juillet 2011 (en attendant une nouvelle génération en 2015), les liaisons avec l'ISS devaient être assurées exclusivement à l'aide du lanceur russe SOYOUZ (1). Hors le 24 août 2011, ce lanceur n'est pas parvenu à mettre sur orbite le cargo PROGRESS qui transportait trois tonnes de matériel et de nourriture destinées aux six cosmonautes actuellement en mission sur l'ISS (2). Les débris se sont éparpillés dans l'Altaï, une région aux confins du Kazakhstan, de la Chine et de la Mongolie. Le système de guidage a été mis en cause.

Cet incident est survenu après une série de défaillances de lanceurs russes :

- en décembre 2010, trois satellites du système de navigation GLONASS sont tombés dans l'océan Pacifique, peu après leur lancement à Baïkonour,

- en février 2011, le satellite militaire GEO-IK-2 lancé en renfort du système GLONASS, a été perdu,

- en août 2011, le satellite de communication EXPRESS-AM4, lancé à Baïkonour par une fusée PROTON, n'a pas rejoint son orbite et est hors d'usage. Il était destiné à assurer une meilleure couverture de télécommunication et de télédiffusion pour les pays de l'ex-URSS.

L'ensemble de ces échecs aurait coûté 300 millions d'euros. L'agence spatiale russe ROSKOSMOS a émis plusieurs hypothèses, erreurs humaines, défauts de construction ... et complot d'un pays adverse comme au bon vieux temps de la guerre froide. (3). Pourtant les observateurs internationaux s'accordent sur un point : la technologie du lanceur SOYOUZ, relativement peu sophistiquée et fiable, aurait mérité une attention plus soutenue dans son évolution en termes de qualité et de sécurité. Il en serait de même pour le lanceur PROTON.

L'ensemble de l'aérospatiale russe souffre du désintérêt budgétaire manifesté depuis 1990 jusqu'à ces dernières années : les conséquences en ont été non seulement un relâchement technique, mais aussi un relâchement humain. Un ingénieur de ROSKOSMOS gagne mensuellement 600 euros alors que le salaire moyen d'un Moscovite est de 1000 euros. Bien que le budget de l'agence ait été renfloué -il atteindra 2 milliards d'euros en 2011- la reconstruction du savoir-faire perdu demande des années.

Notes

:

(1) Le lanceur SOYOUZ, conçu à l'époque soviétique (années 1960), a été le lanceur le plus fiable au monde avec un taux de réussite de 98%.

(2) La Station spatiale internationale (ISS) héberge actuellement six cosmonautes, trois Russes, deux américains et un Japonais. ils disposent de suffisamment de vivres pour tenir jusqu'à l'été 2012. Un vol de maintenance technique est néanmoins indispensable d'ici le 1er décembre 2011, sinon la station devra être évacuée à mi-2012 et définitivement abandonnée.

(3) ROSKOSMOS a gelé toutes les informations relatives aux lancements à venir vers l'ISS : disponibles jusqu'à présent sur son site Internet, elles en ont été retirées.