Kirghizstan : les enseignements d'un scrutin présidentiel ouvert (octobre 2011)
2011-11-07

Le 30 octobre dernier, l'ancien Premier ministre kirghiz, A. Atambaev a été élu président de la république dès le premier tour avec un score de 63,24 % des suffrages, devançant de loin ses principaux concurrents, A. Madoumarov et K. Tachiev. Malgré quelques dysfonctionnements locaux au niveau de l'établissement des listes électorales, inéluctables dans une démocratie naissante, le scrutin s'est dans l'ensemble bien déroulé, faisant suite à une campagne électorale ouverte et disputée.

Taux de participation et résultats



L'analyse sur le plan local du taux de participation et des différents scores des candidats ne fait finalement que confirmer les estimations déjà calculées par les experts politologues kirghizs et étrangers reposant sur divers points de fracture, régionale, urbaine et ethnique dans le pays.

- La participation était forte au nord du pays avec une moyenne de 70-80 % de votants (Talas, Tchouï, Yssyk-Koul, Naryn) et A. Atambaev y a été partout plébiscité avec souvent un score d'autour de 90 % des suffrages exprimés (89,25 %, Yssyk-Koul, 93,72 %, Talas, 94,19 %, Naryn), bien plus faible au sud avec un taux de participation de 40-50 % (Batken, Och, Djalal-Abad). A la vue du nombre important de voix recueillies par les candidats kirghizs nationalistes A. Madoumarov (48,73 %, Batken) et K. Tachiev (42,04 %, Djalal-Abad) et à l'arrivée souvent d'A. Atambaev en seconde position dans le sud du pays, nous pouvions en déduire que l'électorat kirghiz s'était mobilisé en masse pour le scrutin de dimanche dernier dans les régions de Batken, Och et Djalal-Abad.

- Villes/campagnes : plus faible dans les capitales régionales russophones (autour de 60 %, 66,92 %, Bichkek), la participation restait très élevée dans les campagnes kirghizes et les chefs-lieux de canton du nord et du centre du pays. Elle demeurait en revanche peu basse dans le sud du pays, campagnes et villes confondues.

- Kirghizs/minorités ethniques : première conclusion de cette élection, ce sont les régions kirghizophones qui ont fait preuve dimanche dernier du taux de participation le plus actif. Fort dans les régions de Talas et de Naryn, ce taux était déjà légèrement moins élevé dans les régions ethniquement mixtes d'Yssyk-Koul et de Tchouï, ainsi qu'à Bichkek ; ce qui laissait à penser que l'électorat russophone s'était moins déplacé dimanche dernier. A. Atambaev a été plébiscité dans toutes ces régions. En revanche, dans le sud du pays, où ses soutiens étaient plus faibles, il est arrivé en tête dans les villages à dominante ouzbèke, traduisant ainsi le besoin urgent de sécurité exprimé par la minorité ouzbèke, principale victime des pogroms de juin 2010.

Les enseignements politiques



Les enseignements politiques du scrutin confirment une fois de plus les multiples divisions géographiques et ethniques qui traversent la société kirghize, ainsi que les profonds bouleversements que connaît actuellement la société depuis l'indépendance en 1991.

Le poids de la question ethnique



Au niveau politique, la victoire confortable d'A Atambaev démontre la lassitude de la plupart de la population des révolutions et des conflits ethniques à répétition et son aspiration à plus de stabilité. Les autres candidats en course ont, pour la plupart, reconnu cette victoire et émis le souhait d'apporter leur collaboration au nouveau président. Dans le sud kirghiz, en revanche, les deux principaux concurrents d'A Atambaev la contestent et en appellent à la fois aux manifestations populaires et au repli de leurs actions sur le sud, tout en jouant la carte du sentiment anti-ouzbek, populaire dans la Vallée du Fergana.

Leur attitude et le mode opératoire employé, irresponsable, prouvent bien que les responsables et les forces politiques du sud du pays conservent avant tout une base régionale et clanique et ne sont pas encore prêts à utiliser le cadre de la légalité pour parvenir au pouvoir, puis l'exercer dans un cadre démocratique.

Le poids de l'Histoire



L'Histoire est à l'origine de cette fracture « tectonique » entre le nord et le sud du pays. Le sud, religieux et conservateur, était jusqu'à la colonisation russe, traditionnellement tourné vers les khanats ouzbek, notamment celui de Kokand. Le pouvoir vertical du khan et l'absence de contestation politique qu'il impliquait se retrouvent aujourd'hui dans la conception du pouvoir par les dirigeants locaux du sud de la Kirghizie. Nous y rencontrons donc un système politique de type moyen-oriental, géographique, clanique, où la seule opposition politique sérieuse se fonde sur l'islam.

Le poids des influences étrangères



A l'inverse, le nord et le centre du pays, ont davantage été marqués par l'influence russe et européenne. Bien avant la colonisation russe du milieu du XIXe siècle, des contacts informels étaient déjà établis entre les chefs des tribus kirghizes et le pouvoir russe.

L'influence des idées européennes et l'appel au débat politique permanent se sont donc depuis progressivement installés dans cette partie du pays, où actuellement prédomine plutôt un système politique multipartite à l'européenne reposant sur des programmes reprenant l'éventail politique classique allant de l'extrême-gauche à l'extrême droite, en passant par le clivage gauche-droite et l'écologie politique.

Les principales forces politiques du nord du pays ont également une vision nationale (et non pas uniquement régionale) et disposent de représentants dans l'ensemble des régions du pays et parmi toutes les ethnies.

Il est donc évident que le nouveau président de la république a su dès le premier tour rassembler autour de lui, gagnant à sa personne l'ensemble du nord et du centre de la Kirghizie et pouvant s'appuyer dans le sud sur la minorité ouzbèke et l'élite intellectuelle citadine locale, lasse des troubles politiques et interethniques passés.

Le sud du pays à convaincre



A. Atambaev possède actuellement une personnalité de rassembleur. Premier ministre pragmatique, il a su depuis octobre 2010 conduire avec succès une coalition politique hétéroclite et aux intérêts divergents vers le rétablissement de la sécurité et de l'état de droit en Kirghizie.

Désormais élu président, il lui faudra encore rassurer par des réformes économiques et sociales l'électorat du sud du pays pour gagner petit à petit la confiance d'une population locale précarisée et désabusée et remédier aux germes latents des crises interethniques et des sentiments séparatistes.


Source

: Commission centrale électorale de la République kirghize

[URL : http://www.shailoo.gov.kg/index.php?module=news&page=VYBORY_PREZIDENTA_KYRGYZSKOY_RESPUBLIKI_Svedeniya_ob_uchastii_izbirateley_v_vyborah_na_1900_VYBORY_PREZIDENTA_KYRGYZSKOY_RESPUBLIKI_Svedeniya_ob_uchastii_izbirateley_v_vyborah_na_1900&pagelang=ru]

[URL : http://www.shailoo.gov.kg/index.php?module=news&page=VYBORY_PREZIDENTA_KYRGYZSKOY_RESPUBLIKI_Predvaritelnye_rezultaty__VYBORY_PREZIDENTA_KYRGYZSKOY_RESPUBLIKI_Predvaritelnye_rezultaty&pagelang=ru]