Russie : analyse des risques économiques (COFACE, 2011)
2011-11-10

Selon la COFACE : - Note "pays @rating" (niveau moyen de risque d'impayé à court terme présenté par les entreprises) : B sur échelle à 7 niveaux de A1 à D ({probabilité de défaut des entreprises assez élevée}). - Note "environnement des affaires" : B sur échelle à 7 niveaux de A1 à D ({recouvrement créance parfois difficile / institutions fragilisées / cadre instable ou peu performant pour les entreprises}).

Principaux indicateurs économiques


Evolution 2008, 2009, 2010, 2011

Croissance économique (%): 5,6 -7,9 4,0 4,5

Solde public/PIB (%): 4,1 -5,9 -3,9 -2,7

Solde courant/PIB (%): 6,2 4,0 4,9 5,6

Dette extérieure/PIB (%): 28,9 37,9 33,4 28,3

Réserves en mois d'importations : 10,3 15,2 13,0 12,8

POINTS FORTS


- Abondantes ressources naturelles (pétrole, gaz, métaux…),
- Main d'œuvre qualifiée,
- Réserves de change conséquentes (3ème rang mondial),
- Opportunités de développement des infrastructures,
- Puissance régionale et énergétique affirmée.

POINTS FAIBLES


- Dépendance à l'égard des cours des matières premières,
- Manque de compétivité du secteur industriel,
- Surendettement extérieur du secteur privé,
- Secteur bancaire fragile.
- Lacunes persistantes dans l'environnement des affaires.

APPRECIATION DU RISQUE


Une croissance plus faible qu'avant la crise mais qui bénéficie des prix élevés du pétrôle



L'économie russe a retrouvé le chemin de la croissance en 2010 après avoir enregistré une récession très sévère en 2009. D'abord initiée par le rebond du prix du pétrole et de la demande extérieure, et amplifiée par des effets de base très favorables, la croissance est désormais soutenue par le regain de consommation des ménages. Par contre, l'investissement tarde à redémarrer. La vague de sécheresse et d'incendies de l'été a eu un impact temporaire et relativement limité sur le rythme de croissance.

Cette dernière bénéficie début 2011 de l'effet revenu de la hausse des prix du pétrole et du raffermissement de la demande interne. Même si la hausse des cotisations sociales et de l'inflation pèsera sur cette dernière au 1er semestre, elle bénéficiera de la politique active du gouvernement en termes de retraites (+10% en avril 2011) et de salaires des fonctionnaires, de la reprise des crédits à la consommation et de la baisse du taux d'épargne. Néanmoins, la croissance ne rejoindra pas ses niveaux d'avant-crise et devrait souffrir à court terme de l'important regain d'inflation, et de sa trop forte dépendance au pétrole à moyen terme. La persistance des faiblesses structurelles (système bancaire défaillant, environnement des affaires difficile, vieillissement démographique etc.) continue de nuire à l'investissement et contraint la modernisation de l'économie.

La reprise de l'investissement ne devrait être que graduelle, car l'investissement privé sera contraint malgré le retour progressif du crédit domestique, ainsi que par l'entrée en vigueur d'une disposition fiscale rendant moins attractif l'endettement extérieur. Les flux entrant d'IDE devraient également rester limités étant donné l'environnement politique relativement instable dans l'attente des prochaines échéances électorales.

Déficits publics et privatisations



Le gouvernement devrait lancer en 2011 un vaste plan de privatisations concernant plus de 850 entreprises, dont certains fleurons de l'économie tels que Rosneft, RusHydro, Sberbank, VTB et Russian Railways. Ces privatisations, partielles, devraient rapporter 10 milliards de dollars par an à l'Etat, pendant cinq ans, et couvrir ainsi 15% des déficits publics des prochaines années.

Les finances publiques se sont en effet dégradées depuis la crise et s'inscrivent désormais dans le rouge. La hausse des dépenses, qui témoigne de la politique sociale de l'Etat et de son soutien à des secteurs clés de l'économie, ne pourra être remise en cause avant les élections de 2012 et ne sera que faiblement compensée par les nouvelles recettes fiscales envisagées. Le déficit budgétaire hors pétrole continue de se creuser. En 2011, il faudrait un baril de pétrole à 110 dollars pour équilibrer le budget alors que le seuil s'établissait à 34 dollars en 2007. Le gouvernement a abondamment tiré sur ses fonds souverains pour financer les déficits (plus de 100 milliards de dollars sur le Fonds de réserve) et retourne de plus en plus fréquemment sur les marchés de capitaux, en privilégiant le marché domestique. Si l'impact sur la dette est limité, l'effet d'éviction du secteur privé est important car les banques russes privilégient la liquidité de la dette souveraine.

Pour autant, faute de se concentrer et de se consolider, le système bancaire reste fragile et polarisé. Le secteur bancaire, enfin, semble stabilisé malgré un niveau encore élevé de créances douteuses. Les banques sortent de la crise confortablement capitalisées, désendettées et avec de nouveau des actifs disponibles. Le marché du crédit a, quant à lui, repris progressivement en 2010. le secteur est pourtant toujours risqué et polarisé par un nombre trop important de banques autour d'un noyau de 5 banques publiques ou para-publiques au sommet, et de 20 à 25 banques privées toujours menacées par des risques de liquidité (marché bancaire inefficace, manque de confiance) et de créances douteuses, de taille insuffisante par rapport au marché et affectées de maux endogènes : manque de stratégie à long terme, mauvaise maitrise des risques, fonds propres peu transparents, déficit de supervision...

Des lacunes persistantes en matière de gouvernance



Si la politique russe sous la présidence de D. Medvedev s'est révélée dans la droite lignée de celle menée par V. Poutine, l'approche des élections présidentielles en 2012 pourrait être favorable à des dissensions au sein du tandem. D'autant qu'ils vont devoir se confronter au mécontentement croissant d'une classe moyenne active qui se sent prise dans l'étau des appareils répressifs du gouvernement central. Sur le plan intérieur, une recrudescence importante de la violence au sein du Caucase russe témoigne de tensions accrues dans la région, alors que le « printemps arabe » a mis au pilori un certain nombre de régimes autocratiques et que les Jeux Olympiques de Sotchi en 2014 arrivent à grands pas. Enfin, la politique du « reset » initiée par le Président B. Obama a permis une amélioration des relations diplomatiques avec le monde occidental, que la Russie espère faire fructifier afin d'attirer les investissements et transferts de technologie nécessaires à la modernisation de l'économie, chère au président D. Medvedev. Cependant, les lacunes en matière de climat des affaires n'y sont pas favorables et l'amélioration de la gouvernance tarde à se réaliser. La Russie a toutefois adhéré en mai 2011 à la convention anti-corruption de l'OCDE.

Enfin, l'expérience de paiement de Coface, après une année 2009 marquée par de fréquents incidents de paiement, s'est améliorée avec le retour de la croissance. Le risque d'impayés reste néanmoins élevé du fait du manque de transparence des entreprises et des lacunes en matière de droit des créanciers.





Pour en savoir plus [URL : http://www.coface.fr/CofacePortal/FR_fr_FR/pages/home/os/risks_home/risques_pays/fiche/Russie?extraUid=571925]