Biélorussie : analyse des risques économiques (COFACE, 2011)
2011-11-10

Selon la COFACE : - Note "pays @rating" (niveau moyen de risque d'impayé à court terme présenté par les entreprises) : D sur échelle à 7 niveaux de A1 à D (probabilité de défaut des entreprises très élevée), - Note "environnement des affaires" : D sur échelle à 7 niveaux de A1 à D (insuffisances majeures des institutions pour les relations inter-entreprises).

Principaux indicateurs économiques

: 2008 2009 2010 2011

Croissance économique (%): 10,0 0,2 7,2 3,5

Solde public/PIB (%): 1,4 -0,7 -3,5 -3,2

Solde courant/PIB (%): -8,6 -12,9 -15,6 -20

Dette extérieure/PIB (%): 25,1 45,0 51,8 70

Réserves en mois d'importations : 0,8 1,8 1,7 0,6

POINTS FORTS



- Position stratégique entre l'Europe et la Russie
- Main d'œuvre qualifiée et infrastructures de qualité
- Taux de pauvreté le plus bas parmi les pays de la CEI

POINTS FAIBLES



- Système d'économie régulée et très lent processus de réformes
- Déficits courants structurellement élevés
- Pénurie de réserves de change.
- Forte dépendance à l'égard de la Russie tant économique (30% des exportations, 60% des importations) que politique.

APPRECIATION DU RISQUE



Détérioration significative de la situation financière et dévaluation du rouble



Après avoir affiché une croissance robuste en 2010 grâce à une politique budgétaire très expansionniste à l'approche des élections présidentielles, l'économie fait face aujourd'hui à d'importants déséquilibres macro-écomiques qui ont conduit à une grave crise de liquidité.

Les comptes extérieurs biélorusses, structurellement déséquilibrés, du fait de l'excès d'investissement (>30% du PIB), du déficit d'épargne (environ 25% du PIB) et d'une mauvaise spécialisation économique, affichent des déficits abyssaux.

En 2010, le déficit courant s'est encore creusé pour atteindre -15,6 % du PIB sous l'effet de la hausse de la facture énergétique suite à l'entrée en vigueur du nouveau contrat pétrolier avec la Russie. En effet, le pétrole importé de Russie afin d'être raffiné en Biélorussie et réexporté vers l'Europe est désormais soumis à la totalité des droits de douane russes alors qu'il en était auparavant exempté, mettant ainsi fin à une situation de rente sur le transport de pétrole qui permettait de dégager d'importantes marges. Le gouvernement a réagi en diminuant drastiquement ses importations notamment ses importations pétrolières en provenance de Russie et en les substituant par du pétrole en provenance du Vénézuela.

Mais ceci n'a pas suffit à réduire le déficit commercial, encore aggravé par les largesses distribuées, avant l'élection présidentielle de décembre 2010, aux agents de l'Etat et aux retraités, qui se sont traduites par un boom de la consommation, notamment de produits importés : soit, à la fin du premier trimestre 2011, un solde négatif de la balance commerciale de 2,4 milliards de dollars, une dette extérieure de 10 milliards et un déficit courant parmi les plus élevés au monde. Dans le même temps, la population achète à profusion pour se constituer des stocks de précaution, créant par là-même pénuries et hausse des prix dans les circuits de distribution.

En 2011-2012, cette tendance devrait se poursuivre puisque le solde commercial énergétique est amené à devenir une composante croissante du solde courant, alors que les produits pétrochimiques (19% des exportations) et les métaux (8%) sont également sensibles à l'évolution des prix mondiaux. Or, la faiblesse des IDE (inférieurs à 5% du PIB) rend la Biélorussie dépendante de l'accès aux marchés financiers pour boucler ses comptes extérieurs.

Ainsi, malgré l'émission réussie d'un Eurobond en 2010, la situation financière de la Biélorussie est devenue insoutenable sur les premiers mois de 2011. Le niveau des réserves a atteint un niveau extrêmement faible (4 Mds de dollars début mars 2011 soit environ 6 semaines d'importations selon les estimations) rendant le pays incapable de couvrir ses engagements de court terme (déficit courant + dette court terme). Les mesures de contrôle de capitaux mis en place ces derniers mois (achat des devises par les banques locales 30 jours à l'avance, limitation des achats en devises des entreprises, interdiction des ventes de devises par les banques locales depuis le 22 mars dernier) n'ont pas permis d'enrayer les pressions sur le change.

Les dépenses engagées par le gouvernement lors des élections présidentielles de décembre 2010 (larges augmentations salariales dans le secteur public, hausse du salaire minimum, octroi de prêts dirigés vers les secteurs en difficulté) ont fait pression sur le déficit budgétaire et renforcent l'inflation. Dès lors, en ce début d'année 2011, l'instabilité macro-économique croissante et les échéances de remboursements de prêts consentis par le FMI et la Russie pendant la crise ont conduit les autorités à dévaluer le 23 mai dernier le rouble de 53% par rapport au dollar afin d'aligner progressivement les différents cours en vigueur dans le pays.

Le pays au bord du précipice reçoit une aide de 3 milliards de dollars de la CEEA



Sur le reste de l'année 2011, le déficit courant substantiel et le service de la dette (1 Mds de dollars en 2011 d'après les estimations) ainsi que l'inflation galopante (plus de 30% attendu) pourraient entraîner une grave crise économique et un défaut souverain. De même, les entreprises n'ont plus accès aux devises étrangères, des défauts sont donc attendus. Après le mouvement de grogne de la population provoqué par la hausse, finalement suspendue, de 30% des prix de l'essence, le gouvernement tente d'endiguer l'inflation par un resserrement de sa politique monétaire et une maitrise de la hausse des prix supérieure à 5%, notamment sur les prix des biens de première nécessité (café, saucisses, etc...).

La situation financière et économique de la Biélorussie est donc extrêmement précaire. Les spreads souverains ont fortement grimpé rendant très couteuse toute nouvelle émission d'Eurobonds.

Pour sortie de ce marasme, le pays a besoin de plus de 9 milliards de dollars de financement cette année. Le FMI ainsi que l'UE ont fermé leurs portes à la Biélorussie du fait des violations flagrantes des droits de l'Homme, constatées notamment aux lendemains de la réélection de A. Lukachenko. Tout d'abord réticente à un quelconque soutien, la Russie a finalement octroyé à la Biélorussie un prêt de 3 milliards de dollars, au travers du Fonds anticrise de la Communauté économique eurasiatique (CEEA). En 2011, 1,24 milliard de dollars seraient d'abord débloqués, puis 800 millions et un milliard respectivement en 2012 et 2013. La première tranche de 800 millions de dollars a été versée le 21 mai dernier. En contrepartie, les Russes exigent une nouvelle dévaluation d'environ 40% ainsi que la privatisation des actifs biélorusses. Le plan de privatisations prévoit la vente sur trois ans de près de 150 sociétés publiques et des parts de l'État dans des sociétés mixtes, soit un montant de 7,5 milliards de dollars d'actifs. Le principal enjeu : le réseau de gazoducs de Beltransgaz dont la société russe Gazprom a déjà acquis 50% du capital en 2010. Beltransgaz achemine 20% du gaz russe livré à l'Europe et représente à ce titre un intérêt stratégique pour le monopole d'Etat russe. Les autres actifs les plus convoités sont les raffineries de pétrole, alimentées essentiellement avec du brut russe destiné à l'Europe ainsi que le géant des engrais, Belaruskali.

Plus que jamais isolé sur la scène internationale, la Biélorussie n'a plus beaucoup de marge de manœuvre. Le gouvernement a reconnu ne pas se faire d'illusions sur un crédit de huit milliards de dollars demandé au Fonds monétaire international, jugeant qu'Américains et Européens allaient s'y opposer. M. Loukachenko, ne semble pas pourtant vouloir renoncer à son modèle économico-social ; il a nié que son pays était en crise et dénoncé une panique créée par les médias. Le régime autoritaire en place depuis 1994 sera-t-il en mesure de supporter encore une fois un choc de tel ampleur ?

Pour en savoir plus [URL : http://www.coface.fr/CofacePortal/FR_fr_FR/pages/home/os/risks_home/risques_pays/fiche/Biélorussie?extraUid=698187]