Religion orthodoxe : entretien avec le Patriarche de Géorgie Elie II (décembre 2011)
2012-06-10

Lors de sa visite à Moscou le catholicos Elie II, a répondu aux questions de "Foma" et du "Journal du Patriarcat de Moscou".



Q

: - Votre Sainteté, vous avez participé à la réunion des Églises locales. Comment évaluez-vous cette réunion et, plus généralement, la situation dans le monde orthodoxe?

…Je ne trouve pas que la coopération interorthodoxe soit fameuse: nous avons accumulé beaucoup de contradictions entre les Eglises orthodoxe qu'il faut résoudre. C'est pour cela qu'il est maintenant beaucoup question du Concile panorthodoxe, mais je pense impossible de réunir le Concile tant que les difficultés qui existent aujourd'hui entre les Eglises orthodoxes ne sont pas réglées. Je pense en particulier à l'octroi de l'autocéphalie aux nouvelles Eglises locales, à la question des diptyques et ainsi de suite. Ce sont des sujets complexes qui ne peuvent trouver de solutions que dans l'accord unanime de toutes les Eglises.

Q

: - Votre Sainteté, selon les époques et les situations les Eglises ont rencontré différentes difficultés dans la prédication du christianisme. Voyez-vous des difficultés particulières et des défis communs à tous les orthodoxes de l'espace postsoviétique?

- La première mission du clergé - c'est la prédication, et, bien sûr, nos prêtres et nos évêques font beaucoup pour prêcher et amener les gens à l'Eglise. Mais ce n'est probablement pas suffisant. Nous avons besoin d'une démarche plus active, et il faut d'abord s'adresser aux jeunes et répondre à leurs problèmes. J'ai rencontré un groupe de jeunes chrétiens d'Amérique: ils appellent à l'église les jeunes toxicomanes. Et nous devons être aussi actifs qu'eux.

Et il faut que la prédication ne soit pas simplement là. Elle doit aussi avoir un bon niveau qualitatif: le clergé doit se préparer avant de prêcher: je me souviens de mes années d'études à l'Académie théologique de Moscou à Serguiev Possad; nous avons eu un merveilleux père, le professeur Jean Kozlov, qui du lundi au samedi se préparait pour son sermon. Et son homélie était très courte, si bien que les étudiants de l'Académie regrettaient qu'elle se termine si vite
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Q

: Pour en revenir aux relations entre les Eglises orthodoxes, comment évaluez-vous le rôle du patriarche Kirill dans la vie de l'orthodoxie mondiale?

- Sa Sainteté le patriarche Kirill est quelqu'un de très énergiques et savant. Il a fait et fait beaucoup pour amener les gens à l'église et je pense que les efforts qu'il déploie sont suffisants. Ce qui importe maintenant, c'est qu'ils soient relayés par le reste du clergé, qui devrait prendre exemple sur le patriarche. Sa Sainteté Kirill est un extraordinaire prédicateur, et c'est pour cela qu'il jouît d'une telle autorité parmi les fidèles. Il est essentiel que prêtres et évêques se réapproprient cette expérience de la prédication.

Q

:- Comment évaluez-vous le rôle que les Eglises orthodoxes géorgienne et russe ont à jouer aujourd'hui dans les relations entre la Russie et la Géorgie?

- Aujourd'hui, quand les relations entre nos pays et gouvernements se sont tendues, il s'est crée une situation très néfaste pour la Russie et la Géorgie. Dans ces conditions, les contacts entre nos Églises sont le seul canal de relations mutuelles entre nos deux pays. Je dois dire toutefois que la question de l'Abkhazie et la question de Tskhinvali(1) sont des plaies ouvertes sur le corps de la Géorgie, et ce sont aussi nos diocèses parmi les plus anciens. J'ai moi-même été onze ans métropolite de Soukhoumi en Abkhazie et je connais bien les Abkhazes et les Géorgiens qui y vivent. Les relations entre eux étaient très cordiales et il faut donc réfléchir comment faire pour que tout revienne en ordre.
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J'ai rencontré le président de la Russie, avec les autres représentants des Eglises, et je lui ai dit que la situation de «ni paix ni guerre» est préjudiciable et dangereuse pour la Géorgie et la Russie. Le temps joue contre nos pays et il faut résoudre nos divergences au plus vite
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Note

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(1) Tskhinvali est la capitale de l'Ossétie du Sud.

Recueilli par Vladimir Golovanow / source site "Parlons d'orthodoxie".

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