La Légion géorgienne (1941-1945) de l'armée allemande
2014-01-08

I) Les « {Ostlegionen} ». II) Des dizaines de milliers de soldats géorgiens de l'Armée rouge dans les camps allemands II) La « {Georgische Legion} » ou Légion géorgienne III) Le « {Sonderverband Bergmann} » IV) Les bataillons formés en Pologne - Le 795e bataillon - Le 796e bataillon - Le 797e bataillon - Le 798e bataillon - Le 799e bataillon - Le 822e bataillon - Le 823e bataillon - Le 824e bataillon V) Les bataillons formés en Ukraine VI) Les anciens de la Légion géorgienne passés aux maquis VII) Les camps de regroupement sur le territoire français en prélude au retour en URSS VIII) Notes IX) Sources.

I) Les « Ostlegionen »



En 1941, l'Allemagne nazie prévoit une victoire rapide sur l'URSS. Elle s'apprête à faire appel aux soldats de l'Armée rouge faits prisonniers, ou déserteurs, et à mettre en place les nouvelles structures administratives des territoires ex-soviétiques.

A Berlin, l'« Ostministerium », est chargée de ces missions. Le concept d'« Osttruppen » (troupes de l'Est) est ainsi imaginé avec des « Ostlegionen » (Légions de l'Est) structurées par nationalité afin de susciter une sentiment national anti-soviétique, de permettre un commandement plus efficace (langue de la nationalité) et de combattre aux côtés de l'armée allemande, la « Wehrmacht » qui manque de réserve d'hommes.

L'Allemagne nazie cherche également à s'appuyer sur les exilés politiques que la création de l'URSS a fait fuir vers l"Europe : elle leur fait espérer un rôle après la chute de l'Empire soviétique et le retour à l'indépendance de leur pays.

Au second semestre 1943, après la défaite allemande à Stalingrad, les « Ostlegion » sont retirées du front Est pour remplacer des unités allemandes sur le front Ouest, unités allemandes envoyées à leur tour combattre l'Armée rouge. Les « Ostlegionen » sont utilisées par l'Etat-Major allemand aussi bien pour des missions de police, de combat contre la Résistance que, plus tard, contre les armées alliées. Lors de la retraite allemande, la plupart sont anéanties, une minorité de survivants parvient à se rendre. Certains bataillons de ces « Ostlegion » réussissent néanmoins à regagner l'Allemagne avant la signature de l'armistice.

Pour les Géorgiens, cette stratégie voit son application dans la « Georgische Legion » (Légion géorgienne). Elle est l'héritière de la Légion géorgienne de la IIème guerre mondiale (déjà conçue à Berlin mais basée à Constantinople) qui devait combattre aux côtés des troupes de l'Empire ottoman contre l'Empire tsariste et libérer le territoire géorgien de l'occupation russe : la rapide défaite de l'Empire ottoman, puis la défaite allemande avaient contrarié ces projets. En 1941, un groupe de Géorgiens exilés à Berlin, ne partageant pas l'idéologie nazie, appuie la démarche (1).

II) Des dizaines de milliers de soldats géorgiens de l'Armée rouge dans les camps allemands



Devant l'impréparation de l'Armée rouge, des millions de soldats de l'Armée rouge (3 à 5) sont capturés par l'armée allemande durant les six premiers mois de l'offensive vers l'Est. Parmi eux, plusieurs dizaines de milliers -voire une centaine de milliers- sont d'ethnie géorgienne.

Durant l'hiver 1941/1942, les plus faibles meurent dans les camps allemands -particulièrement rigoureux- de froid, de faim et de maladie.

Au printemps 1942, un recensement partiel comptabilise 18 000 prisonniers géorgiens dans les camps se trouvant sur le territoire de l'Allemagne, de la Pologne et de la partie de l'URSS occupée.

Ceux qui refusent de se porter volontaire pour le travail civil ou l'engagement dans la Légion géorgienne sont abattus devant leurs compagnons d'infortune.

III) La « Georgische Legion » ou Legion géorgienne



La majorité de Géorgiens se laisse enrôler afin de sauver sa peau et affiche l'objectif de libérer la Géorgie de l'occupation soviétique.

De fait, la Légion géorgienne n'est pas une unité en soi. Ses bataillons sont affectés à différentes divisions, aussi bien à celles de la « Wehrmacht », qu'aux unités spéciales du « Sonderverband Bergmann » (un régiment de l'« Abwehr », le service de renseignements militaires), qu'à la « Luftwaffe » (l'armée de l'air).

En janvier 1943, un Etat-major allemand est constitué pour les « Ostlegionen » : il est confié au général Heinz Hellmich, remplacé 11 mois après par le général Ernst Köstring.

Des officiers supérieurs issus de l'émigration géorgienne des années 1920 en Allemagne servent dans la « Georgische Legion », comme Chalva Maglakelidze : il est considéré comme le chef de cette Légion géorgienne jusqu'à fin 1943 et sera ensuite évincé, transféré dans une unité combattant dans les pays baltes et promu général. Des officiers allemands (Hauptmann ou Oberleutnant) commandent les bataillons géorgiens, secondés par des officiers géorgiens issus de l'Armée rouge.

Selon les sources, l'effectif des légionnaires géorgiens varie entre 20 et 30 000 hommes (2). Les plus précises les estiment à
- 14 000 Géorgiens militairement formés au combat par la « Wehrmacht » entre 1943 et 1945, servant au sein de bataillons (qui comportent plusieurs compagnies et atteignent un millier d'hommes) et d'unités spéciales comme le « Sonderverband Bergmann »,
- 6 000 Géorgiens affectés aux troupes auxiliaires de service, de transport, de garde et de surveillance (soit une trentaine de compagnies).

IV) Le « Sonderverband Bergmann »



Le « Sonderverband Bergmann », est un bataillon de 1 200 hommes, composé de 5 compagnies ethniques (Géorgiens, Nord Caucasiens, Azéris, Arméniens, Géorgiens issus de l'émigration).

A l'été 1942, après sa formation initiale à Neuhammer, il est entraîné aux techniques de sabotage et d'explosifs à Mittenwald, en Bavière : le groupe spécial « Tamara » est composé de 130 volontaires géorgiens.

En août, il rejoint le front du Caucase, en liaison avec la 1ère Division blindée allemande.

Du 25 au 27 septembre, des hommes de la 2ème compagnie, Tchétchènes et Allemands, sont parachutées près de Grozny : l'objectif est de fomenter une rébellion et de préserver les ressources de pétrole. L'opération échoue.

Au contact, les groupes du « Sonderverband Bergmann » parviennent à convaincre des centaines d'hommes de l'Armée rouge à déserter et à s'enrôler : ils doublent ainsi les effectifs en quelques mois.

Le 29 octobre 1942, la 1ère compagnie, composée de Géorgiens anciens de l'Armée rouge, accroche l'Armée rouge à Naltchik (Kabardino-Balkarie).

En parallèle, des hommes de la 5ème compagnie, composée d'émigrés géorgiens des années 1920, s'infiltrent en Géorgie, en haute montagne.

Fin décembre 1942, les divisions blindées allemandes doivent faire route vers le Nord afin de ne pas être coupée du reste de l'armée : l'opération « Caucase » est suspendue. Le « Sonderverband Bergmann » assure l'arrière garde de la retraite et rejoint la Crimée.

En février 1943, la défaite allemande à Stalingrad met un terme définitif au plan allemand.

De février à juin 1943, les compagnies sont regroupées et ventilées en 3 bataillons : le 1er géorgien, le 2ème azéri et le 3ème nord caucasien. La retraite du Caucase atteint le moral des troupes : une mutinerie attribuée à des agents soviétiques se développe et conduit à une douzaine d'exécutions.

Fin 1943, les bataillons du « Sonderverband Bergmann » sont répartis au sein de différentes unités allemandes. Le 1er bataillon combat l'Armée rouge au sein d'une division allemande durant l'hiver 1943/1944 (Isthme de Perekop). En mars 1944, il rejoint la Roumanie et perd la plupart des émigrés géorgiens des années 1920 venus de France, rendus à la vie civile. Il termine la guerre sur le territoire yougoslave, après quelques mois dans le Sud de la Grèce, en charge d'opérations de police.

V) Les bataillons formés en Pologne



De février 1942 à octobre 1943, huit bataillons géorgiens sont formés à Wesola, puis à Kruszyna, sous le commandement du colonel Ralph von Heygendorff : 795e, 796e, 797e, 798e, 799e, 822e, 823e et 824e. Ils reçoivent l'appui de certains officiers issus de l'émigration géorgienne des années 1920, exilés principalement en Pologne et en Allemagne, mais aussi d'autres pays occupés par l'armée allemande (3).

Le 795e bataillon



Il se forme le 8 juillet 1942 à Kruszyna près de Radom : il est composé à 100% de prisonniers de guerre (Oberleutnant Schirr). Il rejoint le 15 juillet Zielonka, part le 13 août pour le Nord Caucase (41 Allemands, 934 Géorgiens dont les capitaines Chilaschvili et Zereteli, les lieutenants Lomatidze et Tkechelaschvili issus de l'Armée rouge). En septembre et octobre, il est affecté à la 23e division blindée (Oberleutnant Ziller). Il participe à l'opération « Caucase » et combat à Naltchik (Kabardino-Balkarie) et à Uruh (Nord Ossétie). Le 4 décembre, il combat à Khasnidon et Tolsgun. En janvier 1943, il rejoint la Crimée.

En mai 1943, le 795e bataillon retourne à Kruszyna (44 Allemands et 246 Géorgiens) afin de renouveler ses effectifs. En juillet, il est affecté à Radzyn (garde de ponts et de voies ferrées).

En septembre 1943, constitué de 90 Allemands et 833 Géorgiens, il rejoint la 709e Division d'Infanterie en Normandie (Turqueville) et devient le IV/ GR 739. Début juin 1944, il combat les armées alliées de débarquement à Saint Marcouf, Sainte Marie du Mont (Utah Beach), Sainte Mère l'Eglise, Ecoquenauville, Audouville-la-Hubert, Carentan. Les survivants se rendent le 7 juin à la 82e Division aéroportée américaine. Ils sont renvoyés en URSS, via les camps de regroupement en Grande-Bretagne.

[... Voir le parcours du soldat Petrashvili (4) ... ]

Le 796e bataillon



Il se forme à l'été 1942 à Kruszyna : il est lui aussi composé à 100% de prisonniers de guerre. Le 796e bataillon (Hauptmann Eismann) rejoint le Nord Caucase et participe à l'opération « Caucase » : il combat à Touapsé avec la 1ère Division allemande de montagne. Après la retraite, il subit de multiples désertions et devient un bataillon turkmène de transport (Major Mertsmann).

Le 797e bataillon



Il est formé en novembre 1942 (Hauptmann Billesfeld). En avril 1944 (Hauptmann Masberg), il rejoint la 709e Division d'infanterie allemande en Normandie (Coutance) et devient le I/GR 739. En juin 1944, le 797e bataillon géorgien combat les armées alliées du débarquement à Coutainville, Gouville et Barneville. Le 30 juin, la quasi totalité de la division allemande donne sa redition à la 4e Division d'infanterie américaine. Les survivants des « Osttruppen » sont renvoyés en URSS, via les camps de regroupement.

[ ... Certaines sources affirment que le 797e bataillon fut anéanti dans les combats à Cherbourg ... ]

[ ... Un ouvrage sur la résistance signale la présence d'une unité géorgienne entre Arromanches et l'Orne (sans avoir été identifiée comme une compagnie du 797e bataillon) au combat contre le corps expéditionnaire britannique le 6 juin 1944 avec la 716e Division d'infanterie allemande. L'unité, ainsi que la division, sont ensuite mises au repos dans la région de Perpigan, avant de combattre à nouveau en Provence. Les Géorgiens capturés sont renvoyés en URSS via les camps de regroupement ...]

Le 798e bataillon



Il est formé en décembre 1942. En avril 1944 (Hauptmann Kulke et Kobiashvili), il rejoint le Morbihan, en Bretagne. En juin 1944, le 798e bataillon combat les armées alliées (4e Division d'infanterie américaine) avec la 265e Division d'infanterie allemande. Deux compagnies atteignent l'Alsace en novembre 1944 (19e Armée allemande) et se replient en Allemagne.

[ ... Un ouvrage sur la résistance signale la présence en Bretagne d'une unité géorgienne à partir de janvier 1943 (sans qu'elle soit formellement identifiée comme appartenant au 798e batallion). Se succèdent exactions (vols, agressions et meurtres de civils), désertions en avril 1944 à Vannes, Lochrist et Damgan (aide de la population bretonne), rafles en mai à Molac et Pleucadec, combat le 9 juin contre des maquisards et des parachutistes alliés, exécution d'otages le 24 juin à Pluherlin, redition en juillet à une unité américaine de 200 Géorgiens à Saint Nazaire, redition le 20 août à une unité américaine de 80 Géorgiens encerclés dans la poche de Lorient, ultime redition le 10 mai 1945 à une unité américaine de Géorgiens encerclés dans la poche de Lorient (parmi les 24 400 soldats de la « Wehrmacht ») ...]

[ ... Un autre ouvrage signale la redition râtée le 17 août 1944 à Saint Brieuc d'une unité géorgienne (3e bataillon géorgien de l'« Ostmitte », commandé par le capitaine Murzin) et la mise à sac de Plélo malgré la résistance des FFI ... ]

Le 799e bataillon



Il est formé en décembre 1942 (Hauptmann Asmuss). En septembre 1943, il rejoint Périgueux (Hauptmann Schmidt). Le 10 décembre, neuf évadés sont repris et fusillés par les Allemands au champ de tir de Rampinsolle. En février 1944, une partie du bataillon (environ 200 hommes) déserte et passe dans le maquis « Jacquou le Croquant ».

Le 26 mars, le bataillon est mis à disposition de la « 325e Sicherung Division » forte de 6 000 hommes et commandée par le général Brehmer, dont la mission est la répression des actes de résistance et de sabotage contre l'armée allemande dans le Centre Ouest occupé : la population civile du Périgord est victime d'exactions (arrestations, tortures, déportations, exécutions).

Le 17 avril, les compagnies du 799e bataillon sont retirées de la division. Le 23 avril, 80 hommes désertent et passent dans le maquis. Le 3 mai 1944, le bataillon est désarmé par les Allemands et envoyé à Sissonne (Champagne) comme bataillon de sécurité (occupation et sûreté, opérations anti-insurrectionnelles).

En août, le bataillon prend part aux combats contre les armées alliées. Fin 1944, il est rapatrié à Neuhammer (Silésie) pour se reformer (Hauptmann Bakradze). En février 1945 (Hauptmann Kobiachvili), il est affecté au « 1607e Caucasian Regiment » à Viborg au (Danemark). Après la capitulation allemande, le corps expéditionnaire britannique renvoie la plupart des hommes en URSS, via les camps de regroupement : une centaine réussit à s'y soustraire.

Le 822e bataillon



Il est formé à Kruszyna au printemps 1943 (Hauptmann Breitner). En août, il est affecté aux Pays-Bas, à Zandvoort, à une division de la « Lutwaffe » puis à la 219e Division allemande pour la lutte contre la Résistance
En février 1945, il rejoint l'île de Texel. Le 5 avril 1945, les hommes se mutinent : le bataillon prend le contrôle de l'île. Le 9 avril, aidé par des maquisards néerlandais, 4 Géorgiens s'emparent d'un bateau et gagnent la Grande-Bretagne (Norfolk) : ils ont pour mission de convaincre les Alliés de faire bombarder les batteries allemandes. Ils n'y parviennent pas. Quinze jours après, la contre-attaque allemande réussit à partir des côtes. Au final, 812 Allemands sont tués, ainsi que 565 Géorgiens (dont le lieutenant Chalva Loladze) et 120 Néerlandais. Le 20 mai, le corps expéditionnaire canadien trouve 226 Géorgiens survivants, cachés par les Néerlandais ou dans le maquis : ils sont renvoyés en URSS via les camps de regroupement.

Le 823e bataillon



Il est formé au printemps 1943. En avril 1944 (Hauptmann Schmidt et Muller), le 823e bataillon est intégré à la 319e Division d'infanterie allemande, dans les îles anglo-normandes (Jersey, Guernesey, Serk) et devient le IV/GR 583. En 1945, après l'armistice, la division se rend aux alliés sans combat : la totalité des troupes et des prisonniers de l'Est chargés de la construction des ouvrages militaires, est renvoyée en URSS via les camps de regroupement en Grande-Bretagne.

Le 824e bataillon



Il est formé en août 1943. Son dernier combat est livré à Lviv, en Ukraine, en février 1944.

Les bataillons formés en Ukraine



De juin 1942 à juin 1943, quatre bataillons géorgiens sont formés en Ukraine (Gadjatsch), avec les légionnaires généralement capturés en Ukraine, sous le commandement du colonel Oskar Ritter von Niedermayer :

- bataillon I/9 en juillet 1942 (Hauptmann Kraus, puis Oberleutnant Stack) ,

- bataillon II/4 (ex-I/298) en août 1942 (Hauptmann Bartsch),

- bataillon I/1 en octobre 1942 (Hauptmann Moerler), dissous en novembre 1943,

- bataillon II/198 en octobre 1942 (Major Excer, puis Hauptmann Schultz).

Les bataillons III/9 et II/125 sont formés en décembre 1942 et dissous en mai 1943.

En 1942 / 1943, les bataillons I/9 et II/4 prennent part à l'opération « Caucase », le bataillon I/9 à Anapa et Novorossisk, le bataillon II/4 à Anapa et Termjuk.

A partir d'avril 1944, les « Georgien Feld bataillones I/9 et II/4 » sont mis à disposition du « Freiwilligen Stamm Regiment 1 » dont la mission, en zone Sud occupée, est la répression des actes de résistance et de sabotage contre l'armée allemande. Le bataillon II/4 stationne à Castres (protection des barrages hydro-électiques) et à Albi, le bataillon I/9 à Carmaux (protection des mines de charbon).

Début août, une section du I/9 déserte pour le maquis.

Fin août 1944, l'Etat-Major allemand décide de battre en retraite du Sud Ouest de la France vers l'Est, engageant une course de vitesse avec les armées alliées au Nord et au Sud, sous le feu des maquis FFI et FTP. Le « Freiwilligen Stamm Regiment 1 » -dénommé parfois « la colonne mongole » car il compte des unités des « Osttruppen » d'Asie centrale- se replie vers la vallée du Rhône. Il est immobilisé à proximité d'Aubenas et de Privas, d'abord à Darbres, ensuite à Chomérac, par les maquisards et des blindés de la 1ère Armée de Delattre de Tassigny. Encerclée, la dernière compagnie combattante du bataillon I/9 dépose les armes au hameau de Louyre, le 30 août.

VI) « Le Kaukasischer Waffen-SS Verband »



La division de cavalerie SS caucasienne, « Kaukasicher Waffen-SS Verband », devait être créée début 1945 sous le commandement de Michael Pridon Tsouloukidzé (2 bataillons pour chaque nationalité caucasienne, arménienne, azerbaïdjanaise, géorgienne, nord-caucasienne). Selon le Sénat américain, cette formation n'a pas eu lieu : « les bataillons de la Légion géorgienne ont tous servi dans l'armée régulière allemande » (délibération du 23 septembre 1993, lors de la nomination du général John Shalikashvili comme commandant en chef de l'OTAN).

[ ... Selon certains historiens de la IIème guerre mondiale, un bataillon « Georgien SS Waffengruppe » a néanmoins été créé le 1er décembre 1944 ...]

Les anciens de la Légion géorgienne passés aux maquis



Certains membres de ces bataillons désertent et entrent dans les maquis, dans le Tarn, en Corrèze ou en Dordogne en particulier.

Le 10 décembre 1943, à Périgueux, 9 déserteurs du 799e bataillon sont repris par les Allemands et fusillés au champ de tir de la Rampinsolle (une stèle sera érigée en souvenir au cimetière Nord de Périgueux).

Le 26 février 1944, à Périgueux, un groupe de 200 hommes du 799e bataillon rejoint le maquis « Jacquou le Croquant » : il combat aux côtés des FTP au four de Marty, près de Bars, le 4 mars.

En avril, à Egletons, un groupe de 12 hommes rejoint le maquis FTP « Dix de der ».

Le 23 avril, à Périgueux, un groupe de 80 hommes du 799e bataillon rejoint le maquis.

Le 4 août, à Jouqueviel, un groupe de 101 hommes rejoint le maquis FTP.

Ces légionnaires géorgiens de l'armée allemande -enrôlés à l'origine afin de libérer leur pays du régime soviétique- s'intègrent aux maquis FTP d'obédience communiste, ultime paradoxe. C'est pour eux, à l'approche de la défaite allemande, une nouvelle tentative de sauver leur peau. C'est pour les responsables des maquis FTP, observer la consigne des représentants de l'URSS, installés clandestinement sur le territoire français et prônant une désertion massive des rangs allemands des anciens soldats de l'Armée rouge.

VII) Les camps de regroupement sur le territoire français en prélude au retour en URSS



Dans un deuxième temps, sur un territoire français libéré -à côté d'une administration française balbutiante- des officiers soviétiques battent pavillon de l'ambassade d'URSS : leur mission officielle est d'organiser le rapatriement des anciens soldats de l'Armée rouge via des camps de regroupement (certains historiens en dénombrent 70). Ils ont l'aval des autorités françaises, en conformité avec l'une des clauses des accords de Yalta entre Roosevelt et Staline, et installent deux postes de commandement à Tulle et près de Brive.

En 1944 / 1945, les populations soviétiques concernées par ces camps de regroupement relèvent de quatre catégories :
- les véritables antifacistes, enrôlés dans les « Osttruppen » pour sauver leur peau, ayant déserté pour les maquis FTP en 1944 par idéal communiste (certainement minoritaires),
- des citoyens soviétiques, se disant antifascistes et communistes, enrôlés dans les « Osttruppen » pour sauver leur peau, ayant déserté pour les maquis à l'approche de la défaite allemande pour sauver une nouvelle fois leur peau (8 000 hommes environ, dont plusieurs centaines de Géorgiens),

[ ... En mai 1945, une photographie prise à Toulouse permet de dénombrer près de 300 soldats géorgiens. Le plus célèbre d'entre eux est Vakhtang Sekhniachvili : voir son parcours (5) ... ]

- des citoyens soviétiques, ni spécialement fascistes, ni spécialement communistes, enrôlés dans les « Osttruppen » pour sauver leur peau, ayant porté l'uniforme allemand jusqu'à leur capture par les armées américaines, britanniques et canadiennes (dont la totalité du bataillon 823, les survivants des bataillons 795 et 797), par l'armée française (15 000 hommes dont la quasi totalité du bataillon II/4 et la majorité du bataillon I/9 avec l'aide des maquis),
- des citoyens soviétiques, ni spécialement fascistes ou communistes, enrôlés dans les « Osttruppen » pour sauver leur peau, ayant porté l'uniforme allemand jusqu'à leur désertion (20 000 hommes environ).

Au total, ce sont plus de 100 000 anciens soldats de l'Armée rouge qui se retrouvent ainsi en France. Ils avaient commis des exactions sur la population civile française dans les bataillons des « Osttruppen », sous autorité allemande. Ils avaient parfois continué lors de leur tentative de retraite vers l'Est, poursuivis par les maquisards et les armées alliées. Ils continuent, déserteurs livrés à eux-mêmes sur un territoire mal contrôlé par les nouvelles autorités françaises. Ils continuent aussi autour des camps de regroupement sous autorité soviétique : des dizaines d'entre eux sont passés par les armes pour l'exemple. Toutes les nationalités des « Osttruppen » sont représentées, y compris les Géorgiens. Ils seront totalement évacués vers l'URSS en 1947.

La nouvelle administration française et les officiers représentants l'URSS (même secondés par les services secrets militaires soviétiques, le SMERSH), ne peuvent traquer les réfractaires sur tout l'hexagone. Un tissu d'émigrés politiques originaires de l'Est européen, fondamentalement opposé à l'URSS, existe : certains n'hésitent pas à venir en aide aux ressortissants de leur ethnie, sans pouvoir statuer sur leur véritable parcours. C'est le cas pour certains émigrés géorgiens : ils parviennent à cacher plusieurs centaines de « compatriotes » ou à les faire régulariser. Des « nouveaux » émigrés géorgiens s'installent en France,

[ ... Voir le parcours de Pierre Kitiaschvili (6) ... ],

ou s'engagent dans la Légion étrangère française (et combattront en Indochine), ou s'expatrient vers l'Amérique.

Pourtant, la très grande majorité des anciens soldats géorgiens de l'Armée rouge, enrôlés dans les « Osttruppen » et présents sur le territoire français (plusieurs milliers) regagne l'URSS. Elle connaîtra au mieux la déportation, au pire le peloton d'exécution, y compris pour ceux qui avaient rejoint les maquis FTP. Certains reviendront du travail forcé et pourront témoigner des décennies plus tard, comme Vakhtang Sekhniachvili (7).

VIII) Notes



(1) Parmi les émigrés géorgiens de Berlin, qui voient dans la constitution de la Légion géorgienne une opportunité de libérer la Géorgie du régime soviétique et de former le noyau d'une armée nationale, peuvent être cités : Vladimir Akhmetéli, Zourab Avalichvili, Mikheil Kedia, Spiridon Kedia, Léo Keresselidze, Guiorgui Magalachvili, Alexandre Manvelichvili, Alexandre Nikouradze, Mikheil Tseretheli, Alexandre Tsomaia. Ils ont des rôles et des poids très différents.

(2) Au total l'effectif des anciens soldats de l'Armée rouge ayant combattu aux côtés des Allemands se situe autour de 800 000 hommes. Les effectifs des « Ostlegionen » non-slaves (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Nord Caucase, pays d'Asie centrale, régions autonomes de Russie...) sont estimées à 250 000 hommes. La Légion russe rebaptisée "Armée russe de Libération" en 1944, commandée par l'ancien général soviétique Andreï Vlassov) est la plus importante suivie de la Légion ukrainienne.

(3) Outre la Pologne (pays d'accueil en 1921 d'un contingent d'officiers géorgiens et d'intégration à l'armée de Pilsudski), les pays occupés par l'armée allemande fournissent à la Légion géorgienne des émigrés géorgiens des années 1920 : ils constituent moins d'un centième de ses effectifs. Pour la France, les émigrés des années 1920 représentent un effectif d'une centaine de personnes. Salomon Zaldastanichvili est le plus connu : il s'astreint à sortir des camps les prisonniers géorgiens, y contracte une méningite et meurt en décembre 1941.

(4) Le parcours du soldat Petrashvili est décrit dans l'ouvrage « Wehrmacht et SS. Caucasien, Muslim, Asian troops », page 64.

(5) [URL : 3573].

(6) Pierre Kitiaschvili raconte son parcours dans l'ouvrage « Du Caucase à l'Atlantique ».

(7) Les sources très diverses, et parfois contradictoires, et la sensibilité du sujet ne pemettent pas de dresser en 2009 un tableau complet de la Légion géorgienne (1941-1945). Seules ont été prises en considération, les informations déjà rendues publiques.






IX) Sources



- archives familiales,

- « Du Caucase à l'Atlantique. De l'Armée rouge aux maquis de la France » de Pierre Kitiaschvili, Biscaye Imprimeur, 1985,

- « Des Géorgiens pour la France. Itinéraires de résistance (1939-1945) » de Françoise et Révaz Nicoladzé, Editions l'Harmattan, Paris, 2007,

- « Wehrmacht and SS. Caucasian, Muslim, Asian troops » de J.F. Borsarello and W. Palonckx, Editions Heimdal, Barcelone, 2007,

- « Les combats indépendantistes des Caucasiens entre URSS et puissances occidentales. Le cas de la Géorgie (1921-1945) » de Georges Mamoulia, Editions l'Harmattan, Paris, 2009,

- multiples Websites.