Minorités religieuses inquiètes en Biélorussie
2004-07-08

Une nouvelle législation religieuse favorisant la majorité orthodoxe a créé de vives inquiétudes chez les minorités catholiques et surtout protestantes du pays. Mais la perspective d'une visite du Pape apaiserait sans doute les tensions.

Biélorussie : minorités religieuses inquiètes



Vers la fin de l'indépendance ?



Conséquence de l'éclatement de l'URSS, la République de Biélorussie a proclamé son indépendance le 27 juillet 1990, entériné par le Parlement le 25 août 1990, après le putsch de Moscou.

Commence alors une période où la Biélorussie et la Russie créent un "espace économique commun", abolissant les barrières commerciales et gardant le rouble comme monnaie commune.

Mais, le 23 juin 1994, l'élection au suffrage universel du premier président de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, inaugure une nouvelle ère accentuant la politique d'intégration avec la Russie et un régime autoritaire nettement dictatorial, à tel point que dès juillet 1998, le président biélorusse et tous les officiels de haut rang sont interdits de séjour dans les pays de l'Union européenne et aux Etats-Unis.

Cela n'empêche pas le processus ubuesque de "déclaration en vue de l'union des deux pays", d'être signée par les deux président Loukachenko et Eltsine, le 25 décembre 1998. Cette union, aussi disproportionnée que celle d'un pâté d'alouette - de cheval, ne pouvait sérieusement se réaliser, même après que le 26 janvier 2000, Alexandre Loukachenko ait été élu président de l'Union Russie-Biélorussie et réélu président de Biélorussie le 9 septembre 2001. Mais l'arrivée du président de Russie, Vladimir Poutine, a accéléré le processus du divorce de ce mariage utopique et le retour à la case départ, c'est à dire à la perspective de revoir la Biélorussie perdre son indépendance éphémère pour être purement et simplement rattachée à la Fédération de Russie.
En effet, le 14 août 2002, Loukachenko a été acculé à accepter, en mai 2003, un référendum sur un éventuel rattachement à la Russie et en mai 2004, à de nouvelles élections présidentielles. Au-delà de l'avenir politique du président, c'est l'avenir de l'indépendance de ce malheureux et courageux petit pays qui va se décider dans les mois à venir.

(AED-Info, 04/2003)

Au ban de l'Europe



Le froid dans les relations avec Vladimir Poutine semble inciter Alexandre Loukachenko à jouer en représailles la carte d'un rapprochement avec l'Europe. Mais celle-ci n'est pas prête à lui répondre, tant les droits de l'Homme et des libertés fondamentales sont quotidiennement bafoués en Biélorussie.
C'est ainsi que, réunis à Bruxelles le 19 novembre 2002, les 15 ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont pris une mesure d'importance à l'égard de cet Etat. Celle d'interdire l'obtention de visas pour une cinquantaine de dignitaires de ce pays, en l'occurrence le président de la République lui-même, l'ensemble des ministres, l'administration présidentielle et toutes les personnes occupant des postes importants dans les organes de l'Etat.
Les réactions enragées d'Alexandre Loukachenko ne se sont pas fait attendre et se sont vite transformées en virulentes menaces : "Les Européens, a-t-il clamé, ramperont jusqu'à nous pour demander notre coopération dans la lutte contre le trafic de drogue, et l'immigration illégale".

La République tchèque ayant refusé de délivrer un visa au président Loukachenko, pour qu'il puisse assister à une réunion de l'Alliance atlantique à Prague, celle-ci l'a prise à partie sur sa télévision locale : "les Tchèques perdront toutes leurs positions en Biélorussie pour longtemps, si ce n'est pour toujours".
Quant aux raisons qui invitent les responsables de la Communauté européenne à mettre Loukachenko au ban de l'Europe, elle continuent de s'aggraver dans le domaine des atteintes aux droits de l'homme. C'est ainsi que le président s'est choisi Dzerjinski, le fondateur de l'appareil répressif soviétique, comme modèle. Il a instauré une nouvelle "Journée" nationale, celle des Kgbistes, qui n'existait pas au temps de l'Urss. Depuis 1996, plusieurs opposants au régime ont disparu - toujours juste après des déclarations hostiles à Loukachenko. Parmi eux, Tamara Vinnikova, ancienne présidente de la Banque centrale, Youri Zakharenko, ancien ministre de l'Intérieur, Viktor Goutchar, ancien proche du Président, Anatoli Krasovski, un éditeur. D'autres opposants sont en prison : l'ancien premier ministre Mikhaïl Tchiguiv, le député Andrei Klimov, l'ancien ministre de l'agriculture Mickhaïl Leonov.

(AED-Info, 21/02/2003)

Législation discriminatoire



Le président Alexandre Loukachenko a ratifié le 31 octobre 2002 une nouvelle loi sur la religion. Celle-ci impose l'enregistrement des groupes religieux et des activités des étrangers travaillant à leur service. Les défenseurs des libertés religieuses dénoncent cette discrimination légale, qui touche la moitié du clergé catholique du pays.

Les militants des libertés religieuses dénoncent ces "mesures draconiennes" prises à l'encontre des minorités religieuses. Selon eux, à cause de cette loi, les Eglises minoritaires de Biélorussie sont menacées. Ils avertissent : un grand nombre de leurs communautés pourraient bien disparaître. Les orthodoxes, largement majoritaires, sont satisfaits de cette loi, faite à leur mesure, s'insurge-t-on côté protestant. Côté gouvernement, on se défend, en arguant qu'il entend ainsi lutter contre la prolifération des sectes. Pour le porte-parole du Département d'Etat des USA, M. Riker, la nouvelle loi contredit les principes internationaux de la liberté religieuse et des droits de l'homme.

Satisfaction orthodoxe



L'Eglise orthodoxe de Biélorussie, par la voix de son primat, le métropolite Philarète de Minsk, exarque du patriarche de Moscou pour ce pays, s'est déclarée "extrêmement satisfaite" de la nouvelle législation sur la liberté de conscience et les organisations religieuses, adoptée en seconde lecture par les deux chambres du parlement biélorusse, le 27 juin et le 2 octobre 2002. Dans une déclaration à l'agence de presse russe Blagovest-Info, le métropolite Philarète a rejeté les critiques émises par les responsables des Eglises protestantes de Biélorussie qui s'inquiètent des conséquences d'un texte de loi qui accorderait un statut privilégié à l'Eglise orthodoxe. "Il n'y a rien d'anti-démocratique dans le préambule de la loi", a-t-il souligné, avant de souligner que l'article de ce préambule qui reconnaît "le rôle fondamental de l'Eglise orthodoxe dans l'histoire et la culture du peuple biélorusse", de même que le "rôle significatif" de l'Eglise catholique ainsi que la place du protestantisme et du judaïsme en Biélorussie, "ne contrevient en aucune façon aux normes du droit des pays de la Communauté européenne". Commentant la réaction négative des responsables des Eglises protestantes, le métropolite de Minsk a jugé que "tout ce bruit est en fait l'œuvre de certaines personnes qui ont peur que la Biélorussie se rattache à la Russie et que cela ne devienne un exemple à suivre pour d'autres ex-républiques de l'Urss".

Craintes catholiques



C'est avec réserve que l'archevêque de Minsk, le cardinal Kazimierz Swiatek, a accueilli la nouvelle loi sur la religion signée le 31 octobre 2002 par le président biélorusse Alexandre Loukachenko, annonce l'AED (Aide à l'Eglise en Détresse). Cette loi sur la religion est l'une des plus répressives des états de l'ex-Union soviétique.

La nouvelle loi interdit toute activité d'associations religieuses non enregistrées au niveau gouvernemental et prévoit une censure pour la littérature religieuse. Par ailleurs, selon la loi, aucun étranger n'a le droit d'être à la tête d'une organisation religieuse.

Après des décennies de persécution et d'oppression de l'Eglise du temps de l'Union soviétique et dans les années qui ont suivi sous le régime quasi-soviétique du président Loukachenko, le cardinal Swiatek, qui sous la domination communiste fut d'abord condamné à mort puis passa dix années en prison, a appelé les croyants à préserver leur foi comme autrefois. "Je ne vois pas d'amélioration à venir dans la vie des catholiques en Biélorussie, déclare-t-il. Mais nous devons espérer que la situation n'empire pas".

Le cardinal Swiatek précise que les catholiques ne sont pas le groupe le plus visé par ces restrictions. "Certains groupes, dont les protestants, qui ne sont pas encore bien installés, sont encore plus durement atteints". D'après les plus récentes estimations, le nombre de catholiques en Biélorussie s'élèverait à deux millions, sur une population totale d'environ dix millions d'habitants.

Le cardinal s'est félicité d'avoir pu bénéficier d'aides de l'étranger notamment de l'Aide à l'Eglise en Détresse. En 2001, l'AED a attribué plus de 900 000 € à des projets pour la Biélorussie. L'aide aux 130 candidats à la prêtrise, étudiant dans les deux séminaires de Grodno et de Pinsk, fondés récemment, a été un domaine d'aide particulièrement important. Le cardinal Swiatek a conclu en demandant aux catholiques du monde entier de prier pour leurs frères biélorusses.

(SOP, 11/2002 ; Zn, 18/11/2002 ; APIC, 24/09, 04/10 et 08/11/2002)

Encouragements du Saint Père



Recevant les évêques de Biélorussie en visite ad limina le 10 février 2003, Jean-Paul II les a invités à poursuivre leur travail en faveur des jeunes, de la famille et en particulier des couples mixtes orthodoxes-catholiques. Il a par ailleurs insisté sur l'importance de la présence des religieux et des prêtres polonais dans le pays, pour "consolider la communauté catholique".

Concernant les engagements à venir de la Conférence des évêques biélorusses, Jean-Paul II a insisté en premier point sur la famille "qui traverse, hélas, une période de profonde crise en Biélorussie". Pour lui, l'annonce de l' "Evangile de la vie" est essentielle pour répondre à la "crise de la démographie sans précédent qui touche le pays", mais aussi "au phénomène de l'alcoolisme qui s'est aggravé" ainsi qu'au problème du chômage qui touche de plus en plus les jeunes. Une situation qui nécessite des réponses "urgentes et efficaces".
Pour cela, le Pape a estimé que "la collaboration du clergé et des religieux provenant de la Pologne voisine est aujourd'hui une nécessité, qui contribuera certainement à la consolidation de la communauté catholique".

Jean-Paul II a enfin insisté sur la collaboration de l'Eglise catholique "minoritaire" avec l'Eglise orthodoxe, surtout en ce qui concerne les couples mixtes. Le Pape a ainsi appelé à une recherche d'un "respect réciproque et d'une collaboration mutuelle".

(APIC, 10/02/2003)

Visite d'Alexis II



Le patriarche de Moscou, Alexis II, primat de l'Eglise orthodoxe russe, a effectué une visite pastorale en Biélorussie, du 18 au 20 mai 2002. Accueilli par le métropolite Philarète de Minsk, exarque patriarcal pour la Biélorussie, le patriarche de Moscou a tout d'abord présidé la bénédiction de la "Maison de la Charité", un orphelinat fondé par l'une des paroisses de la capitale biélorusse. Il a ensuite visité différentes paroisses et plusieurs églises en construction à Minsk et dans les villes de Slonime et de Baranitchi, avant de gagner le monastère de la Dormition-de-la-Mère-de-Dieu, à Jirovitsy, près de Slonime. Là, il a présidé, le 19 mai, la liturgie eucharistique dominicale, entouré des évêques de l'Eglise de Biélorussie, puis il a visité le séminaire de théologie qui est installé dans l'un des bâtiments du monastère et a rencontré les enseignants et les étudiants. Au cours de son séjour à Minsk, le patriarche Alexis II a également rencontré le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, avec lequel il devait avoir un entretien en tête à tête. Le patriarche Alexis II s'était déjà rendu en visite en Biélorussie à trois reprises, en 1991, 1995 et 1998. L'exarchat de Biélorussie a reçu en octobre 1989 un statut particulier d'autonomie au sein du patriarcat de Moscou qui lui permet de gérer par lui-même toute les questions d'ordre administratif et pastoral. Il comprend aujourd'hui dix diocèses, plus de 980 paroisses, 135 églises en cours de construction, 17 monastères, une faculté et une académie de théologie, ainsi qu'un séminaire.

(SOP, 08/2002)

Invitation surprenante



Le président Loukachenko a invité le Pape à se rendre dans son pays. Il veut également promouvoir un dialogue d'éclaircissement entre Jean-Paul II et le patriarche orthodoxe de Moscou Alexis II. Selon radio Vatican, le président biélorusse a notamment invité le Pape à participer à une émission télévisée. Le patriarche de Moscou n'a pour l'heure donné aucune suite.

Dans la perspective d'une telle visite, qualifiée de "possible", le président Loukachenko a déclaré : "Je sais qu'un jour le Pape viendra nous rendre visite. Je crois que nous pourrons bientôt le saluer, et je serais heureux si le chef de l'Eglise catholique et le patriarche orthodoxe se rencontraient ici". Selon radio Vatican, le patriarcat de Moscou n'a émis aucune réaction sur l'offre biélorusse.
Le président Loukachenko a en outre témoigné de sa sympathie pour la personne de Jean-Paul II et a précisé que l'invitation s'adresse au chef de l'Eglise catholique, mais également au chef d'Etat de la Cité du Vatican.
De son côté, le cardinal Kasper a annoncé début décembre 2002 qu'il se rendrait prochainement à Minsk pour y rencontrer le métropolite Philarète, exarque du patriarche de Moscou pour la Biélorussie et membre permanent du saint synode de l'Eglise orthodoxe russe.

Les relations entre le Vatican et le patriarcat de Moscou sont tendues depuis l'ouverture, en février 2002 de quatre diocèses catholiques en Russie, mais il n'en est pas de même avec l'exarchat de Biélorussie, a souligné le cardinal Kasper, insistant sur l'esprit d'ouverture et l'engagement œcuménique du métropolite Philarète qui pourrait favoriser la reprise du dialogue. "Il y a de nombreux problèmes qui nous divisent encore, mais nous sommes prêts à les résoudre", a-t-il déclaré. Mais "nous ne pourrons pas les résoudre sans dialogue", a-t-il ajouté. Le cardinal a estimé qu'avec l'aide du métropolite, il pourrait être possible de "mettre fin à ce dur épisode de nos relations et ainsi permettre de tourner une nouvelle page de l'histoire".

(APIC, 26/08/2002 ; SOP, 01/2003)



Source : "L'Eglise dans le monde" n° 118 publié par :

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