Lente renaissance de la religion en Hongrie
2003-04-24

Les Eglises ont été profondément blessées par le pouvoir communiste, mais elles reprennent une place active dans la vie de la nation. Elles retrouvent peu à peu leurs moyens matériels pour subsister et interviennent dans les débats qui secouent la société.

Lente renaissance de la religion



Gouverner au centre



Les élections législatives du 21 avril 2002, après une campagne électorale houleuse et une forte participation (73 %), ont fait basculer le pays de la droite libérale de l'"Alliance des démocrates libres" (SZDSZ) à la gauche socialiste (MSZP). Cependant, le score très serré de 51,3 % contre 48,7 % des voix montre bien que le nouveau gouvernement est obligé de mener une politique beaucoup plus "centriste" et d'unité nationale que de stériles affrontements.

Succédant à Viktor Orban, premier ministre conservateur au pouvoir depuis 1998, le nouveau chef du gouvernement, Peter Medgyessy, 59 ans, est un ancien vice-premier ministre communiste des années 80 qui, après l'effondrement de l'Union soviétique, s'est reconverti dans le privé, prenant la direction de la filiale hongroise de Paribas.

Revenu en politique tout récemment, c'est son expérience plus d'économiste que de politicien qui a joué en sa faveur, contre Viktor Orban, dont certains discours nationalistes et "populistes" à propos des minorités hongroises "de l'extérieur" avaient suscité des tensions, en particulier avec les voisins de Slovaquie, de Roumanie et de Yougoslavie.

Quoi qu'il en soit, le choix des hongrois en faveur d'un économiste plutôt que d'un politicien renforce la volonté du nouveau premier ministre Peter Medgyessy de faire de son gouvernement celui du "centre national", c'est à dire de "gouverner pour dix millions de Hongrois, et non pas pour cinq plus cinq".

D'autant plus qu'un gouvernement modéré et une situation politique et économique stable sont les meilleurs atouts pour espérer une meilleure intégration à l'Union européenne prévue, si tout va bien, pour 2004.

(AED-Info, 04/2003)

Respect des minorités



Le pape Jean-Paul II a reçu le 4 juillet 2002 le premier ministre hongrois Peter Medgyessy. Le 20 juin précédent, le Pape avait déjà accordé audience au président de ce même pays.

L'entretien entre Jean-Paul II et Peter Medgyessy a duré une quinzaine de minutes. Les deux hommes se sont entretenus de la situation de l'Eglise en Hongrie. Le Pape a particulièrement insisté sur la nécessité d'un dialogue "constructif" entre l'Etat et l'épiscopat local "pour le progrès matériel et spirituel du pays".

Trois mois plus tard, le 24 octobre 2002, le pape Jean-Paul II a reçu en audience le nouvel ambassadeur de Hongrie auprès du Saint Siège, Gabor Erdödy, venu présenter ses lettres de créance. Le Pape a notamment appelé au respect des minorités dans ce pays qu'il a visité à deux reprises.

Le Pape a relevé que l'histoire de la Hongrie l'a rendue "particulièrement sensible au respect des minorités, puisque beaucoup de citoyens d'origine et de culture hongroises vivent aujourd'hui dans d'autres pays que le leur".
C'est pourquoi Jean-Paul II a demandé à la Hongrie de "porter attention et respect à ceux qui, sur le sol hongrois, peuvent appartenir à des minorités culturellement différentes".

Le Pape a ainsi rappelé que le Saint Siège "ne cesse d'appeler les responsables des pays mais aussi les chefs religieux, à un dialogue courageux, seul capable de surmonter les conflits entre les hommes".

La Hongrie et l'Europe



Au sujet de l'intégration à l'Union européenne, les Hongrois aiment à rappeler qu'ils ne demandent pas à "entrer" mais à "rentrer" dans l'Europe, dont il font intégralement partie depuis un millénaire, depuis le 15 août de l'an 1001, quand le prince Vajk s'est fait baptiser sous le nom d'Etienne et sacré roi de Hongrie avec une couronne royale envoyée par le pape Sylvestre II.

Ce qu'a rappelé l'ambassadeur de Hongrie en France, son Excellence Dezs Kékessy, à l'occasion de sa visite en France, en juin 2001 : "Notre existence européenne, tout comme notre Etat et nos liens avec la France, remontent à mille ans. La conversion à la chrétienté occidentale, au catholicisme, a été un choix de valeur d'importance historique. Le président Ferenc Mádl, lors de sa visite d'Etat en France, les 12-15 juin 2001, s'est rendu à Aurillac s'incliner devant le monument de Gerbert, le futur pape Sylvestre II, dont notre roi Etienne Ier - saint Etienne, fondateur de l'Etat hongrois - a reçu, en l'an 1001, la couronne royale. C'est alors que les Hongrois se sont inséparablement liés avec la civilisation 'occidentale', et ce n'est pas notre faute si nous nous en sommes éloignés pour quelques décennies, celles du communisme, sous la contrainte.

"Il y a dix ans, un fois de plus, l'histoire a permis à la Hongrie de choisir librement ses valeurs. Et comme chaque fois que nous pouvons choisir librement, nous avons, une fois de plus, bien choisi : nous avons opté pour la liberté et la démocratie ainsi que les valeurs européennes.

"L'élargissement de l'Union européenne est une chance historique que nous a offert la disparition du rideau de fer. Nous devons la saisir pour parachever l'unification de l'Europe. C'est une chance pour la Hongrie comme pour l'ensemble des pays d'Europe centrale et orientale".

(APIC, 04/07 et 24/10/2002)

Nouveau primat



Mgr Peter Erdö, ancien évêque auxiliaire de Szekesfehervar, âgé de 50 ans, est désormais le nouveau primat de l'Eglise catholique de Hongrie. Il a été installé dans ses fonctions le 11 janvier 2003, au cours d'une célébration solennelle en la basilique d'Esztergom, siège du primat de Hongrie depuis plus d'un millénaire. Il succède au cardinal Lazslo Paskal, archevêque d'Esztergom-Budapest, atteint par la limite d'âge en mai 2002.

Mgr Peter Erdö, qui était également recteur de l'Université catholique Peter-Pazmany de Budapest, devient le 82e archevêque d'Esztergom et ainsi porte le titre de primat de Hongrie. Le nouveau primat, spécialiste de droit canon, passe pour appartenir au courant conservateur de l'Eglise. Il est né le 25 juin 1952 à Budapest dans une famille dont les ancêtres appartenaient à la minorité catholique de Transylvanie, aujourd'hui en Roumanie.

En présence d'une foule de dignitaires ecclésiastiques, des représentants des autorités politiques et de plusieurs milliers de fidèles, l'ancien nonce apostolique en Suisse, Mgr Karl-Josef Rauber, nonce apostolique en Hongrie et Moldavie, a lu la bulle de nomination écrite par le pape Jean-Paul II.

Les autorités politiques hongroises étaient représentées notamment par le chef de l'Etat, les quatre premiers ministres qui se sont succédé depuis la chute du communisme, la présidente du parlement, le président de l'Académie des sciences, et plusieurs recteurs d'universités ont honoré par leur présence l'installation du nouveau primat.

Dans son homélie, évoquant le sécularisme ambiant, le primat a souligné qu'aujourd'hui, dans l'œuvre d'évangélisation, l'Eglise dispose des instituts d'enseignement, comme les écoles, les universités, mais aussi des activités culturelles, sociales ainsi que de l'influence des médias. Parlant de l'élargissement de l'Union européenne, il a rappelé que sans l'héritage chrétien, le cœur pourrait manquer à l'Europe.

(APIC, 13/01/2003)

Relations Etat-Eglises



L'Etat hongrois a signé le 30 janvier 2002 un accord avec les responsables des quatre grandes familles religieuses, s'engageant à les soutenir financièrement dans les zones rurales.

122 euros par mois et par personne, tel est le montant qui serait distribué aux responsables religieux catholiques, réformés, évangéliques et juifs dans les villes de moins de cinq mille habitants. Cela correspond à 3,98 millions d'euros pour l'Eglise catholique et 1,1 million d'euros pour l'Eglise réformée.
Dans ce pays où 62 % de la population est catholique et 18 % réformée, les Eglises ont un poids de plus en plus important depuis la chute du régime communiste en 1990.

Un an plus tard, et à la suite du changement gouvernemental, la Conférence épiscopale hongroise a accusé le gouvernement de ne pas respecter une convention conclue avec le Vatican. Un projet de loi sur le financement des cultes risque, selon l'Eglise catholique, de compromettre son travail pastoral.
Le nonce apostolique à Budapest, l'archevêque Karl-Joseph Rauber, a adressé une lettre de protestation au Premier ministre Peter Medgyessy. Il lui annonce que l'Eglise catholique ferait appel auprès du tribunal constitutionnel si cette loi était acceptée.

"Douze ans après la transition de la Hongrie (du communisme vers la démocratie), l'indépendance des opérations de l'Eglise est menacée", s'inquiète Mgr Andras Veres, porte-parole de la Conférence des évêques hongrois. Selon lui, le gouvernement de centre gauche (sociaux-démocrates et libéraux-sociaux) envisage de changer le mode de financement des cultes dans le budget 2003 actuellement en discussion au parlement.

Le gouvernement a rejeté l'accusation, affirmant que, dans le projet de budget, le financement des cultes progresse de 30 % par rapport à 2002.

Pour apaiser les craintes du clergé, le gouvernement a récemment indiqué qu'il verserait 2,9 millions d'euros supplémentaires à l'Eglise catholique, en plus des dons qu'elle recevra. "Dans ce projet de budget, l'Eglise catholique recevra plus de soutien (financier) de l'Etat qu'elle n'en a jamais reçu", déclare Szalay, le secrétaire d'Etat responsable des questions religieuses au cabinet Medgyessy.

Défense des valeurs



Autre sujet de préoccupation : les responsables d'Eglise de Hongrie condamnent le projet du gouvernement de ne plus infliger d'amendes pour la possession de petites quantités de cannabis et autres drogues "douces". "C'est la dernière étape d'un effort pour libéraliser la vie publique qui détruit progressivement la population hongroise", a déploré l'évêque Lorant Hegedus, de l'Eglise réformée hongroise.
Le projet de loi a été présenté par le gouvernement socialiste du premier ministre Peter Medgyessy. Il a été soumis une première fois au Parlement à la fin novembre 2002 et devait être à nouveau débattu au début de 2003.

"Il semble que les membres du gouvernement associent la drogue au style de vie occidental", a fait remarquer l'évêque Hegedus à l'agence d'information œcuménique ENI. Les responsables de l'Eglise réformée ont annoncé qu'ils continueraient de "prêcher et de prophétiser" contre ce projet. "Nous sommes convaincus que ce ne sont pas des politiques utilitaires libérales qui vont résoudre les problèmes de notre société, pas plus, d'ailleurs, que des politiques totalitaires", a-t-il ajouté en se référant au régime communiste qui a dirigé le pays jusqu'à 1990.

La proposition a aussi été critiquée par la Conférence épiscopale catholique. "Toute libéralisation de la loi autorisant la production, la distribution et la consommation de stupéfiants met en danger la personne humaine et toute la société", soutiennent les évêques.

D'autre part, devant les dérives des émissions de télévision - comme les "lofts" - les responsables d'Eglise ont dénoncé les programmes en ces termes : "Nous protestons contre ces programmes de télévision qui ont des visées purement commerciales. Ils commettent des dégâts sur la personne humaine et maltraitent des valeurs morales. Nous dénonçons les émissions qui blessent les sentiments moraux de l'être humain. Nos jeunes générations sont ainsi mises en danger", déclarent les évêques.

Ils ont mis en garde les familles et appelé les responsables de ces émissions "à prendre des mesures pour les humaniser en y ôtant les provocations totalement inacceptables".

(APIC, 06 et 15/12/2002 ; 29 et 31/01/2003)

Gréco-catholiques



Selon le recensement de l'année 2001, le nombre des membres de l'Eglise gréco-catholique en Hongrie a pu être déterminé à environ 300 000 personnes. Jusqu'à présent, on avait estimé que le nombre de ses fidèles était de l'ordre de 200 à 250 000. C'est ce dont l'évêque de Hajdudorog, Mgr Szilárd Keresztes a fait part lors de sa visite à l'AED : "Nous avons pour tout le pays 174 prêtres diocésains, sept religieux membres d'un ordre (les Pères de saint Basile) et 13 religieuses (les Sœurs de saint Basile). Les vocations aussi ne manquent pas : 64 séminaristes se préparent en ce moment à la prêtrise". Mgr Keresztes a qualifié de très bonnes les relations de son Eglise avec les catholiques du rite latin tout comme aussi les rapports œcuméniques avec les chrétiens orthodoxes et protestants dans le pays.

Egalement, les rapports Eglise-Etat sont satisfaisants sous le gouvernement actuel, toutefois l'Eglise souffre encore des suites de la persécution et répression qui ont duré des décennies. Il est d'importance toute particulière de reconstruire de nombreuses églises et autres bâtiments ecclésiastiques détruits ou tombés en délabrement dans le passé ; ce qui entraîne des frais élevés. "Maintenant encore, nous sommes reconnaissants de tout soutien venant de croyants à l'étranger", a précisé Mgr Keresztes, et il a cité comme exemple la Haute Ecole Théologique de Nyiregyháza, en construction actuellement. Une aide de subsistance pour les séminaristes continue à être tout aussi importante que les honoraires de messe pour les prêtres, vu que l'Eglise en Hongrie, malgré les améliorations économiques globales, est toujours encore pauvre "en biens terrestres".

(AED-Info, 02/2002)

Eglise et gitans



Le Saint Siège organise un congrès mondial sur la pastorale des gitans, du 30 juin au 7 juillet 2003 en Hongrie. Mgr Agostino Marchetto, secrétaire du Conseil pontifical de la pastorale pour les migrants et les itinérants, est rentré le 13 décembre 2002 de Hajdudorog, à quelques kilomètres de Budapest, où l'événement se prépare.

La rencontre concentrera les débats autour de la lettre apostolique de Jean-Paul II, "Novo Millennio Ineunte", publiée à l'issue du jubilé de l'an 2000. Le thème principal, "Eglise et gitans, pour une spiritualité de communion", sera l'occasion de conférences, de tables rondes et de discussions qui devraient aboutir à l'élaboration d'un document de base pour la pastorale des gitans "au niveau général et universel".

150 délégués gitans seront présents en Hongrie, provenant de toute l'Europe, d'Inde, du Brésil, du Mexique et des Etats Unis. On compte aujourd'hui plus de 35 millions de gitans à travers le monde, dont près de la moitié viennent d'Inde, selon Mgr Marchetto.

Le Congrès mondial sur la Pastorale des gitans sera le 5è du genre. Ce sera la première fois qu'il n'aura pas lieu au Vatican.

Interrogé, à son retour de Hongrie, par Radio Vatican sur l'objectif d'un tel rassemblement, Mgr Marchetto a souligné l'importance de ce congrès alors que l'Union européenne vient de créer un "Forum de consultation" concernant les gens du voyage. La Conférence épiscopale hongroise ainsi que le gouvernement du pays participent à l'organisation.

(APIC, 15/12/2002)


Source : "L'Eglise dans le monde" n° 118 publié par :

Aide à l'Eglise en détresse
B.P. 1
78750 Mareil-Marly

Tél : 01 39 17 30 10