X) Les retours d'émigration vers la Géorgie
2013-11-12

Dixième partie du [->1099]. - Les retours avant la Ière Guerre mondiale - Les retours avant la IIère Guerre mondiale - Les retours après la IIème Guerre mondiale - Les retours après la restauration de l'indépendance - Les retours en France d'émigrés (ou de leurs descendants) retournés en Géorgie.

Les retours avant la Ière Guerre mondiale



A partir de 1912, le tsar Nicolas II accepte de facto le retour de certains révolutionnaires des années 1905 qui sont réputés ne pas avoir commis de crimes politiques "de sang".

Un certain nombre de sociaux fédéralistes et de sociaux démocrates géorgiens exilés à Paris en profite pour regagner le territoire géorgien : ils n'en préparent pas moins les évènements de 1917 et de 1918, et repartiront en exil définitif en 1921.

L'un des plus actifs dans la clandestinée est le jeune Grigol Ouratadzé, social démocrate, agitateur et propagandiste : il tente de convaincre Lénine à Longjumeau (Essonne) de ne pas couvrir les actes terroristes de Staline dans le Caucase et s'en retourne à Tbilissi.

En

1915

, le poète Paolo Iachvili (1893-1937), regagne Tbilissi après son exil à Paris : il meurt dans les purges staliniennes en 1937.

Voir

:

- [URL : 2501].

Les retours avant la IIère Guerre mondiale



Certains artistes, écrivains et peintres, venus s'imprégner de l'explosion culturelle parisienne, ressentent le mal du pays et retrouvent leur patrie malgré le régime soviétique.

En

1920

, l'écrivain Mikhaïl Djavakhichvili (1880-1937), regagne Tbilissi après un exil à Paris et à Genève : il meurt dans les purges staliniennes en 1937.

En

1926

, le peintre Lado Goudiachvili (1896-1980) regagne Tbilissi après un exil de 6 années à Paris.

En

1927

, les peintres Eléné Akhvlédiani (1901-1975) et David Kakabadzé (1889-1952) regagnent Tbilissi après 3 années d'exil à Paris.

Les retours après la IIème Guerre mondiale



De

1945 à 1947

, il convient de signaler le cas des anciens soldats géorgiens de l'Armée rouge, déserteurs ou faits prisonniers par l'armée allemande, enrôlés dans la Wehrmacht ou travailleurs civils aux ouvrages militaires allemands, présents sur le territoire français lors des débarquements des Alliés et objets d'un retour obligatoire en URSS selon l'accord entre Staline et Roosevelt à Yalta. Ils peuvent être estimés à plusieurs milliers, ayant eu peu de contacts avec la communauté géorgienne en France. Leur destin est connu, travaux forcés au mieux, déportation en Sibérie souvent et exécution dès le retour sur le territoire soviétique pour certains.

A contrario, à partir de

1945

, les autorités soviétiques appellent les émigrés politiques géorgiens -et leurs descendants- au retour volontaire : ils se compteront en quelques dizaines.

[... Généralement, le retour s'effectue par bateau, à partir de Marseille avec pour destination Batoumi. Nelly Niébéridzé -née à Paris en 1930- raconte comment l'arrivée au port s'effectue dans une liesse organisée par les autorités soviétiques et comment la situation se dégrade vite avec la menace permanente d'une déportation en Sibérie (1947, journal « La Vie en Géorgie », N° 14, janvier 2003). Les plus « chanceux » retrouvent la Géorgie après avoir purgé leur peine. Une partie parvient à exercer un métier et à survivre : la suspicion est toujours présente sur eux et sur leur famille ...]

Le cas d'Ekvtimé Takhaichvili, ancien vice-président national démocrate du Parlement géorgien, est à dissocier des autres : âgé de 82 ans, accompagnateur du Trésor national géorgien lors de sa venue en France en 1921, il estime de son devoir d'en organiser la restitution. En

1945

, en accord avec le gouvernement géorgien en exil, les autorités françaises et les autorités soviétiques, il le convoie en retour vers Tbilissi : il n'y est pas inquiété.

Le cas du Prince Michel Tchavtchavadzé, filleul d'Ilia Tchavtchavadzé, est plus dramatique. Retourné en Géorgie en

1946

avec sa nombreuse famille, trois enfants, une belle-fille, un beau-fils et sa seconde épouse, il connaît l'arrestation par le NKVD (pour espionnage), l'emprisonnement et le goulag. Sa famille est déportée au Kazakhstan. Il les retrouvera en 1956.

Le cas du général Spiridon Tchavtchavadzé, ancien commandant en chef du Centre militaire clandestin préparant l'insurrection nationale géorgienne de 1924, miraculé de la répression soviétique, réfugié en France et retourné en Géorgie sur le même bateau que Michel (dont il était un lointain parent) est tout aussi dramatique : il finit au goulag, accusé d'espionnage.

Le cas de Samson Pirtskhalava, ancien vice-président social fédéraliste du Parlement géorgien, en

1948

, est similaire : il meurt à 80 ans sur le chemin des camps d'Asie centrale.

Le cas du docteur Serge Tsouladzé, fils d'un notable social démocrate, résistant contre l'occupation allemande en France, trouble l'émigration géorgienne. Il retourne en Géorgie en

1958

, avec sa jeune famille, pour y exercer son métier de psychiatre et publier en langue française plusieurs traduction d'ouvrages géorgiens.

Les cas d'Othar Djakéli -né en Géorgie arrivé en France à l'âge de trois ans, diplômé d'une école d'architecture française et engagé dans l'armée française pour lutter contre l'occupation allemande- et de sa femme Ethéry Roukhadze (ou Rouchadze), concertiste et professeur de piano, accompagnatrice de la chanteuse Barbara, en 1952, à Bruxelles, sont tout aussi singulier. Ils rejoignent Tbilissi en

1967

, avec leurs trois enfants, Othar estimant son expérience professionnelle utile à la Géorgie et Ethery estimant pouvoir y exercer son art.

Voir

:

- [URL : 2082]

- [URL : 4651]

- [URL : 2851]

- [URL : 3510]

- [URL : 4095].

Les retours après la restauration de l'indépendance



Les émigrés géorgiens des années 1920 et 1940, et leurs descendants

.

Certains choisissent de terminer leur vie en Géorgie, comme Chota Bérégiani ou Michel Kavtaradzé.

Parmi les descendants de ces émigrés, certains s'installent provisoirement à Tbilissi et tentent de faciliter l'action d'associations caritatives, la promotion de la culture française ou le flux d'affaires franco-géorgien, comme Irène Havard et Thina Kéressélidzé.

Salomé Zourabichvili, fille d"émigrés géorgiens en France des années 1920, ambassadrice de France, devient en 2004, pour un temps, ministre géorgien des Affaires étrangères.

Voir

:

- [URL : 2785]

- [URL : 1060].

Les émigrés géorgiens des années 1990 et 2000

.

Certains retournent en Géorgie afin de veiller à ce que leur descendance ne perde pas leur "géorgianité" : c'est le cas par exemple d'Irakli Thodua, docteur en médecine, ancien vice-président de l'Association géorgienne en France.

D'autres y retournent parce que la vie à l'étranger ne leur convient pas, ou parce que la crise financière et économique mondiale a restreint les perspectives.

Certains obéissent à des ambitions politiques.

En 2004, Bidzina Ivanishvili -futur Premier ministre issu de l'opposition au président Saakachvili- reprend contact avec la Géorgie après avoir elevé ses enfants dans l'Ouest parisien et après avoir obtenu pour eux la nationalité française.

En 2010, Thorniké Gordadzé, émigré en France à la fin des années 1990, universitaire français, retourne en Géorgie pour devenir vice-ministre des Affaires étrangères, chargé des affaires européennes, puis ministre d'Etat, avant de perdre ses fonctions officielles avec les législatives du 1er octobre 2012.

Le 20 novembre 2012, Irakli Okrouachvili, ancien compagnon et ministre du président Saakachvili, -condamné par la justice géorgienne et bénéficiaire d'un droit d'asile en France-, est arrêté à son retour à Tbilissi.

Enfin pour un grand nombre d'émigrés géorgiens entrés sans autorisation dans l'espace Shengen, principalement par la Pologne ou par la Grèce, n'ayant pu faire régulariser en France leur situation, le retour est la plupart du temps inévitable.

Pour l'année 2011, les autorités géorgiennes ont recensé globalement un flux de retour d'émigration supérieur de 20 800 personnes au flux de départ. Il est probable que plusieurs centaines de ces retours concernent des émigrés ayant résidé en France.

Voir

:

- [URL : 2177]

- [URL : 3582]

- [URL : 3414]

- [URL : 2200].

Les retours en France d'émigrés (ou de leurs descendants) retournés en Géorgie



Plusieurs familles, dont la première génération géorgienne avait émigré en France durant les années 1920, dont la seconde génération était retournée en Géorgie durant les années 1950, voient certains membres de la troisième génération revenir en France durant les années 1990 / 2000 : c'est le cas pour les familles Djakéli, Sardjvéladzé et Tsouladzé par exemple.

La démarche est facilitée, et avait parfois été anticipée à la fin de l'ère soviétique, si l'un des ascendants était de nationalité française.

Voir

:

- [URL : 3762].






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