Pays de l'Est : "Elles se vendent pour étudier" (2012)
2012-12-18

Source : le Petit Bleu du Lot-et-Garonne, 19 février 2012

Anne est journaliste. Et décide de réaliser une enquête sur la prostitution étudiante*. Mais les choses ne vont pas se passer comme elle pensait qu'elles se dérouleraient. Les deux jeunes femmes qu'elle va rencontrer vont ébranler ses certitudes. Lui renvoyer des interrogations. L'atteindre…

La prostitution étudiante ? Un fantasme, comme peut le dire Eva Clouet qui en a fait un sujet d'étude pour son mastère II. Ou bien une situation tout à fait réelle ? Sans doute un peu des deux, tant il est vrai que la prostitution est un phénomène en pleine expansion. Selon la Fondation Scelles, qui lutte contre le trafic d'être humains, elle pourrait toucher 40 à 42 millions de personnes à travers le monde, des femmes à 80 %. Les raisons de l'explosion de la prostitution ? Sans doute, en premier lieu, la précarité, la pauvreté, et en un seul mot, la faim. En Moldavie, un des pays les plus miséreux de l'Europe, 70 % des femmes de 15 à 25 ans se seraient prostituées au moins une fois, selon la fondation Scelles. Un chiffre proprement effarant. En France, on constate facilement que les « filles de l'Est », les femmes d'Afrique noire, ou les Maghrébines sont bien présentes le long des trottoirs, et qu'elles sont là, poussées par des raisons économiques.

La seconde raison serait l'hypersexualisation de notre société. Le sexe est partout, la pornographie déferle sur internet et selon l'expression de la Fondation Scelles, l'époque est à la « marchandisation des corps ». Pour cette association, la prostitution est une « affaire d'argent », qui profite aux mafias organisées, qui dégradent et asservissent les femmes : cet organisme veut la mettre hors la loi. Elle est dans le camp de ce que l'on appelle les abolitionnistes.

Ce n'est pas la position d'une association comme Grisélidis à Toulouse, ou comme le Strass, le syndicat des travailleurs du sexe. Ces associations, elles, revendiquent une sorte de libre droit à la prostitution. Si effectivement, elles s'opposent aux mafias, à la violence, à la domination et au proxénétisme en général, elles font observer que vendre son corps, cela peut être aussi un choix personnel. Un choix d'ordre économique : certaines femmes peuvent venir en France pour se prostituer en toute connaissance de cause, mais cela vaut mieux pour elles que de mourir de faim ailleurs. Une étudiante peut préférer faire dix « passes » par mois que de bosser 120 heures dans un fast-food.

Enfin, et c'est ce que suggère « Elles », ou ce que peut décrire la sociologue Eva Clouet, la prostitution peut parfois aussi, curieusement, être une sorte d'aventure personnelle. Sans doute investie d'une part d'autodestruction, mais délibérée.

Le film nous montre que de toute façon personne n'est tout à fait à l'aise avec sa propre sexualité. Et qu'il ne faut peut-être pas chercher du côté des opinions tranchées les réponses miracle à un problème vieux comme le monde.

Dominique Delpiroux



* Le film «Elles» de Malgorzata Szumowska, avec juliette Binoche, est sorti le 1er février 2012.

Pour en savoir plus :

[URL : http://www.ladepeche.fr/article/2012/02/19/1287375-elles-se-vendent-pour-etudier.html#].