Biélorussie : Alexandre Loukachenko, contre-ambassadeur de l'Union eurasiatique
2012-03-01

Le quatrième mandat présidentiel d'Alexandre Loukachenko se poursuit dans un contexte économique dégradé et dans un contexte politique agité : le concept d'Union eurasiatique permettrait de reconstituer un ensemble d'Etats autour de la Russie, ces pays recevant une aide économique plus que nécessaire. La Biélorussie est concernée.

Les aspects économiques



Une succession de décisions prise à Moscou illustre le regain d'intérêt de la Russie pour la Biélorussie :

- une ristourne exceptionnelle sur le prix du gaz russe est accordée en novembre 2011, 165 dollars pour 1000 m3 (l'Ukraine les paye 416 dollars),

- la compagnie nationale biélorusse BELTRANGAZ, et les gazoducs destinés à approvisionner l'Europe, passent sous le contrôle de GAZPROM (à 100%), pour la somme de 2,5 millards de dollars,

- un prêt 10 milliards de dollars est promis par la Russie pour la construction d'une centrale nucléaire sur le territoire biélorusse,

- la compagnie nationale biélorusse BELARUSKALI, productrice d"engrais, est à vendre : la Chine et la Russie se déclarent en concurrence, mais l'issue est connue d'avance.

Pourquoi cette vente subite de bijoux de famille biélorusses ? De fait, l'économie ne s'est réellement jamais désoviétisée : elle est aujourd'hui en faillite. Pour l'année 2012, le remboursement de la dette du pays atteindrait 12 milliards de dollars.

Le plan politique



Sur le plan extérieur

, cet "îlot de stabilité" (1) associé au plan douanier à la Fédération de Russie et au Kazakhstan depuis plusieurs années, fait désormais partie d'un espace économique commun, préfigurant l'Union eurasiatique souhaitée par Vladimir Poutine.

Toutes les anciennes républiques soviétiques y sont cordialement invitées.

Si l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, membres de l'Union européenne, et la Géorgie (avancées dans ses négociations économiques avec Bruxelles), n'en feront pas partie, la Moldavie hésite encore. L'Ukraine penche vers la Russie. Les positions de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie sont difficilement prévisibles. Les 4 autres républiques d'Asie centrale, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan et Turkménistan, regardent vers Moscou, mais aussi vers Pékin.

S'agit-il de reconstituer l'espace soviétique, ou s'agit-il de constituer une série d'Etats tampons entre la Fédération de Russie et une Union européenne adossée à l'OTAN ?

Dans les deux cas, Alexandre Loukachenko en est un curieux ambassadeur. En effet

sur le plan intérieur

, les opposants politiques sont muselés, et la plupart du temps en prison. Les tentatives d'organisation de syndicats indépendants sont réprimées. Les entreprises sont en permanence contrôlées par des dizaines et des dizaines "d'organes", avec pour seul moyen d'y échapper le "bakchich".


Note

:

(1) L'inflation galope en Biélorussie a un rythme supérieur à 100%.