Les propositions du Centre russe des droits de l'homme Mémorial
2009-01-26

Nous publions des extraits d'une lettre adressée le 29 octobre 2002 au président Poutine par l'ONG russe Mémorial, relayée par la FIDH (accessible sur le site web www.fidh.org )

"(…) L'ONG Mémorial a publiquement déclaré à plusieurs reprises que le règlement de la question tchétchène ne peut pas être effectué seulement par des moyens militaires, en tout cas pas uniquement par les armes. La politique militaire conduite actuellement en Tchétchénie s'engage dans une voie sans issue. Il est inutile de chercher la sortie de cette voie dans l'usage de la force armée. Les conditions même d'une guérilla enlèvent tout son sens au concept de la "force militaire écrasante", et la terreur déployée par l'Etat contre la population civile en réponse à des actes de sabotage n'atteint pas son objectif et ne fait qu'augmenter le soutien aux combattants.

Nous connaissons bien la situation actuelle dans la République et nous sommes convaincus de l'inutilité de ces mises en scènes semi-légitimes de type "référendum" ou "élections", auxquelles nous avons assisté dans un passé proche. Ces mises en scène, dans un pays en guerre, ne trompent personne et ne parviennent qu'à aggraver une situation déjà explosive. En tout cas, ces mascarades n'empêcheront pas Baraev ou Basaev d'agir à nouveau.
Mémorial est convaincu que le premier pas à effectuer dans le règlement du conflit concerne l'obtention d'accords communs entre les séparatistes et le pouvoir fédéral sur l'arrêt des combats et des opérations de "nettoyage", d'une part, et des actes de sabotage et terroristes, de l'autre.

Nous comprenons qu'une telle initiative puisse exiger de vous un grand courage politique. Nous comprenons ce que vous demandent les Iastrièby qui exigent "le règlement final de la question tchétchène " par le langage des armes. D'après les déclarations publiées dans les médias, une partie de la société partage ce point de vue.

Malgré cela, c'est justement maintenant, après le règlement de la crise des otages, que s'est créé un climat socio-politique unique, favorable aux initiatives pacifiques. C'est justement dans la situation actuelle que personne n'osera dire que le gouvernement russe aura été forcé de prendre de telles initiatives sous la menace des fusils des bandits et que le mouvement vers la paix est une humiliation nationale pour la Russie.

Aujourd'hui, comme jamais, l'Etat russe peut se permettre de penser à une solution raisonnable et responsable à la question tchétchène. En outre, une régulation pacifique de ce problème porterait un coup fatal au terrorisme.
Permettez-nous de décrire brièvement le point de vue de Mémorial sur les principes généraux d'une possible régulation dans la République Tchétchène.
Une première étape de régulation pourrait prendre forme dans des accords, issus des négociations entre les participants directs au conflit.

L'abandon des revendications séparatistes ainsi que l'acceptation a priori de la part de la Russie de ces revendications ne peuvent pas être fixés comme des conditions préalables aux accords. Les séparatistes qui n'ont pas participé aux actes terroristes commis contre la population civile et qui sont prêts à renier la résistance militaire pour défendre leur vision sur le futur de la Tchétchénie par des procédés pacifiques et légaux ne peuvent pas être mis dans le même sac que des bandits ou des terroristes. L'unique condition préalable aux négociations devrait être l'arrêt de la terreur militaire et policière contre la population civile tchétchène, ainsi que de celle qu'utilisent les combattants contre les forces fédérales, les fonctionnaires gouvernementaux et municipaux, et les opposants au séparatisme dans la Tchétchénie même, et ajouté à tout cela, bien entendu, la condamnation des actes terroristes commis en dehors du sol tchétchène. La force militaire ne peut être utilisée que contre ceux qui ont refusé d'emprunter le chemin des négociations et qui continuent sur celui de la violence.

Les deux parties engagées dans les négociations préalables sur l'arrêt de la violence et des massacres devraient être, bien entendu, des représentants du gouvernement politique et militaire de la Fédération de Russie d'un côté, et de l'autre les chefs des séparatistes tchétchènes, en premier lieu ceux qui représentent le pouvoir tchétchène élu en 1997 (il fut un temps où la Russie reconnaissait les résultats de ces élections). (…) Les problèmes fondamentaux, dont la question du futur statut de la République, doivent être réglés par l'élargissement des négociations et par la participation des représentants de tout le spectre socio-politique tchétchène, des sympathisants du séparatisme à ses opposants. Il est probable que la deuxième étape de régulation pourrait prendre la forme d'une "assemblée pacifique", proposée par certains hommes politiques russes. Les principes de la mise en place d'une telle assemblée peuvent être discutés lors des négociations de la première étape, tout de suite après l'arrêt de la guérilla et de la violence des deux côtés.

Nous comprenons que le schéma que nous proposons ici n'est pas l'unique possibilité. Mais nous pensons qu'il est extrêmement important que vous déclariez rapidement et publiquement l'intention du gouvernement russe d'agir en faveur d'une régulation pacifique. Nous sommes convaincus qu'une telle initiative de la part du Chef de l'Etat russe marquerait le début d'une nouvelle époque, non seulement dans l'histoire du conflit tchétchène, mais aussi dans l'histoire de la Russie."