Les religions en Russie : législation, rapports Églises/État
2004-06-01

Une vie religieuse plus ouverte

Le renouveau religieux



En dépit de l'intense propagande antireligieuse et des efforts déployés par le PCUS pour promouvoir l'adoption de "rites socialistes" destinés à remplacer les rituels religieux, la religion a survécu dans toute l'ancienne Union soviétique.

Depuis la perestroïka, on a assisté à un renouveau religieux observé parmi toutes les différentes communautés confessionnelles reconnues (christianisme, Islam, judaïsme et bouddhisme). Cette période particulière de l'histoire soviétique a inauguré, en effet, une nouvelle ère de normalisation des relations entre les Eglises et l'Etat.

En rencontrant le patriarche Pimène au Kremlin, à l'occasion des célébrations du millénaire du baptême de la Russie, le 29 avril 1988, Mikhaïl Gorbatchev avait promis de "corriger les erreurs commises à l'égard de la religion et des croyants dans les années 30 et celles qui ont suivi". Déjà, en 1986, la presse avait commencé à prendre la défense des croyants et les interdictions sont alors tombées une à une avant même que la nouvelle législation sur la "liberté de conscience" ne soit soumise à un vote au Parlement russe le 1er octobre 1990.

La nouvelle législation religieuse



Adoptée le 26 septembre 1997 et entrée en vigueur le 1er octobre 1997, la nouvelle loi fédérale "sur la liberté de conscience et les associations religieuses" concerne l'ensemble des activités des associations religieuses.
- Elle reconnaît la liberté de conscience et de religion pour tous les citoyens et résidents de la Fédération de Russie.
- Elle réaffirme la séparation de l'Eglise et de l'Etat et stipule qu'aucune religion ne peut se prévaloir d'un statut d'Eglise d'Etat, tout en soulignant le "rôle particulier de l'orthodoxie dans le développement de la nation russe et dans sa culture ".
- Par contre, elle mentionne le christianisme dans son ensemble, et non seulement l'orthodoxie comme dans le premier projet rejeté par le président Eltsine, en tant que "partie intégrante de l'héritage historique du peuple russe ", au même titre que l'islam, le judaïsme et le bouddhisme.
- La législation fait la distinction entre, d'une part, les "organisations religieuses", qui ont le statut de personne morale et bénéficient ainsi d'une totale existence légale en Russie et, d'autre part, les "groupes religieux", qui ne disposent pas de ce statut et dont la situation reste précaire.
- Les organisations religieuses se voient reconnaître des droits et des privilèges, notamment en matière fiscale et dans le domaine de l'instruction religieuse, tandis que les autres groupes religieux sont assujettis à certaines limitations dans leurs activités et devront passer périodiquement des procédures d'enregistrement.

Autre distinction, seules les organisations religieuses qui peuvent prouver leur existence légale sur le territoire russe depuis cinquante ans au moins, ont le droit d'utiliser dans leur titre l'adjectif (russe. Les organisations qui n'avaient pas d'existence légale sous le régime soviétique et celles fondées plus récemment se voient ainsi privées de cette possibilité. Celles qui ne peuvent prouver leur présence sur le territoire russe depuis quinze ans au moins, ne peuvent obtenir de statut définitif qu'au terme de ce délai. Dans l'intervalle, elles doivent, pour bénéficier du droit de personne morale, déposer une demande d'enregistrement chaque année. Par l'article 27, alinéa 3, ces organisations, durant un délai de quinze ans, se voient privées du droit d'enseigner la religion dans les écoles publiques et de fonder leurs propres écoles religieuses ; d'assurer des services d'aumônerie dans les prisons, les hôpitaux et les maisons de retraite ; d'importer et de diffuser de la littérature religieuse ; d'être propriétaires d'imprimeries et d'autres médias ; d'inviter des clercs étrangers et d'ouvrir en Russie des antennes représentatives d'organisations religieuses étrangères.

(SOP, 11/1997)

Les associations religieuses qui avaient été créées avant l'entrée en vigueur de la loi de 1997 devaient être enregistrées avant le 31 décembre 2000. Toutes celles qui ne se sont pas faites enregistrer avant ce délai ont été dissoutes à la demande de l'organe chargé de l'enregistrement (ministère de la justice ou ses représentations dans les sujets de la Fédération).

17.400 organisations religieuses, représentant 57 confessions différentes ont été comptabilisées

. Les principales concernent l'Église orthodoxe russe (9.200), l'Église protestante (4.000), l'Islam (3.100). La présence des autres confessions est plus marginale : l'on dénombre seulement 240 associations catholiques, 200 associations bouddhistes et 130 judaïques.

En application de la loi de 1997, le ministère de la Justice a également adopté les textes normatifs suivants :
- sur les règles d'examen des demandes d'enregistrement des associations religieuses au sein des organes judiciaires de la Fédération de Russie (arrêté n° 19-19 du ministère de la justice en date du 15 février 1998)
- sur les modalités de la réalisation de l'arrêté du gouvernement de la Fédération de Russie en date du 3 juillet 1998 n° 565 "sur les modalités d'expertise religieuse publique "

L'enseignement religieux à l'école



Cherchant à offrir un système de valeurs à une jeunesse déboussolée, le gouvernement russe a proposé d'introduire à l'école l'enseignement de la culture orthodoxe, soulevant des critiques jusque parmi les hauts fonctionnaires.

Le ministre de l'Education, Vladimir Filippov, a adressé aux organes régionaux de son département une lettre de trente pages décrivant cette nouvelle matière et précisant qu'elle peut être incluse dans les programmes scolaires à titre régional ou par décision de chaque établissement. "À la lecture de ce programme, il devient clair que les écoliers apprendront le catéchisme et non la culture orthodoxe" , a commenté le quotidien Nezavissimaïa Gazeta. "Ses points principaux correspondent à l'enseignement dispensé dans les séminaires orthodoxes ", a affirmé le journal, assurant par ailleurs que l'enseignement obligatoire du catéchisme dans la Russie tsariste avait formé une génération "indifférente à l'égard de la religion et agressive vis-à-vis de l'Eglise ".

Une critique bien plus virulente est venue d'un porte-parole officiel, Alexeï Voline, numéro deux des services du Premier ministre. "Etat laïc, la Fédération de Russie ne devrait pas autoriser un enseignement religieux à l'école publique. Je pense que ce document sent le Moyen Age et l'obscurantisme ", a-t-il dit au quotidien Gazeta. M. Voline a suggéré d'inclure dans les programmes scolaires une initiation à toutes les confessions et l'histoire de l'athéisme.

Des représentants d'autres religions présentes en Russie, tels le secrétaire général de la Conférence épiscopale catholique, le père Igor Kovalevsky, et le mufti de la partie européenne de l'ex-Urss, Talgat Tadjouddine, ont insisté pour que cet enseignement ne se limite pas à l'orthodoxie. L'école qui "ne transmet pas les principes éthiques de base, ne fait que renforcer la désintégration de la société ", avait dit le patriarche Alexis II, lors d'une conférence prononcée à l'occasion de Noël orthodoxe, l'an dernier. Pour G. Poltavchenko, proche du président russe, "il faut consolider les bases spirituelles de la société en faisant appel aux traditions russes. L'économie et l'ordre ne sont pas suffisants pour développer un Etat de droit. Les raisons de la crise démographique ne sont pas économiques mais morales". Pour Viktor Kazantsev, représentant du président dans le Caucase, il est impossible d'inculquer le patriotisme sans éducation religieuse.

(AFP, 11/09 et 20/11/2002)