"En finir avec le despotisme de Mikhaïl Saakachvili en Géorgie" par Salomé ZOURABICHVILI (septembre 2012)
2013-12-08

Article publié par le journal « Le Monde » le 04 Septembre 2012.

Comme souvent en Géorgie et surtout depuis l'arrivée au pouvoir du tandem Mikhaïl Saakachvili - Vano Merabishvili, Byzance n'est jamais loin. On croyait se trouver dans une situation classique : un régime en dérive autoritaire prépare des élections. Les partenaires occidentaux multiplient les mises en garde quant aux violations de plus en plus voyantes.

Rien n'y fait. Mais une chose est certaine et M. Saakachvili le dit : «
Je ne vais quand même pas leur laisser le pouvoir après tout ce que j'ai fait pour le pays » ! Langage connu et déjà entendu sous d'autres cieux ! Et puis ses opposants sont tous encore une fois des « agents de Moscou », des partisans du retour au soviétisme, des traîtres en puissance. Mais cette « complotomanie » devenue coutumière, puisque la Géorgie a connu les espions arrêtés, les militaires accusés d'une tentative de coup d'Etat, les complots déjoués …, ne fonctionne plus.

Le pays veut du changement, croit à la nouvelle figure de l'opposition qui contrairement à la campagne de discrédit, n'est pas vue comme un homme de Moscou mais comme un philanthrope omniprésent, un Bill Gates géorgien, et qui plus est, celui qui jusqu'à la guerre a financé les initiatives les plus visibles du régime de Saakachvili (les casernes, les routes, les infrastructures hospitalières …). A cette époque, l'origine russe de son argent n'était pas questionnée.

La Géorgie veut l'alternance. Depuis la guerre, l'image de Mikhaïl Saakachvili n'a plus jamais retrouvé son éclat en dépit de la propagande schizophrène sur le thème « on a gagné la guerre » ! Elle veut d'autant plus l'alternance que, dans ce pays, la parti du président occupe le pouvoir depuis huit ans avec une écrasante majorité parlementaire qui permet de jouer avec la Constitution au gré des besoins sans s'encombrer de l'opposition de palais à laquelle quelques sièges ont été octroyés. Pas une seule municipalité aux mains d'un parti d'opposition ; pas un seul gouverneur de région, et que dire des nominations aux emplois publics de la magistrature, de la police tenus de main de fer. Un pouvoir sans partage donc, qui a mené la pays à la guerre et à la pauvreté, tout en le décorant de constructions colorées et modernistes à la manière des « villages Potemkine » qui étonnent, voire séduisent l'étranger de passage.

On se dirige donc vers des élections cruciales ; savoir si ce pouvoir va devenir permanent, suivant en cela le modèle instauré plus au nord par Vladimir Poutine. Ou est-ce que le ralliement pour une fois de toute l'opposition autour d'un leader crédible et puissant financièrement (même si en Géorgie tous ses fonds sont bloqués) crée cette fois les conditions d'une alternance démocratique. La multiplication des violations, des pressions, des discriminations montre mieux que les sondages d'opinion peu fiables dans un pays où la peur continue à peser, que le pouvoir n'est pas sûr de gagner et qu'il est prêt comme l'a dit Mikhaïl Saakachvili sans ambages, «
à recourir à tous les moyens ».

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