Entretien avec Armin Zeco, consul de Bosnie-Herzégovine en France : "Le cendrillon de la diplomatie" (2012)
2013-01-15

Après 4 années passées à Paris, au poste du consul de l'Ambassade de Bosnie-Herzégovine en France, Armin Zeco s'apprête de rentrer à Sarajevo, pour une nouvelle mission au Ministère des Affaires étrangères. Avant de quitter ses fonctions, le jeune diplomate a accepté d'accorder à BH Info un entretien, pour expliquer son travail, les difficultés qui s'imposent mais aussi le plaisir d'être à la disposition et au service de son peuple à l'étranger.

BH Info - Pourriez vous nous dire en quoi consiste le travail d'un consul ?

Armin Zeco - Le terme consul n'a pas été pratiqué chez nous, on parlait plutôt du chef de la section consulaire, mais il s'agit bien d'une seule et même fonction. Pour décrire le travail de consul, j'utiliserai le terme employé par un de mes collègues qui dit qu'un consul, c'est un cendrillon de la diplomatie. Pourquoi ? Parce que nous agissons en général dans des situations très difficiles pour nos citoyens à l'étranger, soit dans un hôpital, dans une prison ou suite à un accident. Un consul, il est rarement présent dans une cérémonie, un cocktail des diplomates ou dans les fêtes, mais malgré ce côté désagréable de cette fonction, j'aime beaucoup ce travail, il me donne tellement de satisfaction car il s'agit souvent d'aider les gens, de les sortir des difficultés, de les protéger en quelque sorte, en bref d'être à leur service.

BH Info - Vous avez déjà été en mission en Slovénie et en Italie. Est-ce que la France a ses spécificités par rapport à ce travail ?

Armin Zeco - Ljubljana, Rome, Paris... C'est à chaque fois une expérience très différente, même si les obligations sont les mêmes. Les pays d'accueil sont différents et les problèmes sont différents. La France est un grand pays et ce n'est pas toujours évident de se déplacer, d'être sur place quand il faut. En ce qui concerne l'administration, parfois elle est assez proche à la nôtre, elle n'est pas toujours bien informée lorsqu'il y a un changement ou sur le plan des conventions bilatérales... Il nous arrive parfois d'avoir une réponse négative le matin et positive dans l'après-midi au sujet de la même question. Bien sûr, cela n'arrive pas très souvent, et on arrive toujours à se comprendre. Les relations sont en général très bonnes.

BH Info - Pour vous, qu'est-ce qui est le plus dur dans ce travail de "cendrillon" ?

Armin Zeco - Ce sont les cas de décès, sans aucun doute. C'est triste de se retrouver avec la famille du défunt, de gérer des sentiments dans ces situations-là. Parfois, nous sommes également confrontés à des cas de violence ou d'arnaque. Il arrive qu'on promet un travail par exemple et que tout se révèle être un mensonge, les gens se retrouvent sans argent, sans abri, désespérants, ils s'adressent alors au consulat pour être rapatriés chez eux. Nous ne sommes pas un consulat qui a de grands moyens mais nous arrivons quand même à les aider, en faisant des papiers nécessaires et en s'arrangeant avec avec les agences touristiques, pour les renvoyer au pays.

BH Info - Avec la suppression du régime de visa, le nombre de demandeurs d'asile en France a-t-il augmenté ?

Armin Zeco - Nous n'avons pas les données exactes, c'est plutôt l'administration française qui gère cela. D'après nous, le nombre n'est pas important, mais s'il y a des cas, nous avons l'accord avec la préfecture pour leur retour au pays.

BH Info - Les élections municipales approchent et la question du vote de la diaspora est de nouveau posée. La diaspora bosnienne est obligée de passer par un système d'enregistrement aux élections très complexe. Est-ce que le processus pourrait bientôt changer ?

Armin Zeco - Pour les élections municipales, il n'y aura pas de possibilité de voter dans les ambassades et les consulats. C'est vrai que le système d'enregistrement est compliqué, mais nous ne sommes pour rien, c'est le ressort de la Commission Centrale Électorale. La diaspora devrait peut-être en faire une exigence de changement, je soutiendrais cette demande ainsi que l'initiative de créer un Ministère de la Diaspora qui pourrait s'occuper des questions comme celle-ci. Un citoyen bosnien m'avait dit une fois que c'est plus facile monter une "buregdzinica" à côté de la Tour d'Eiffel que de s'enregistrer pour voter. Il faut absolument faire quelque chose pour faciliter ce devoir citoyen. La diaspora occupe une place importante, il faut la soutenir pour qu'elle garde un bon contact avec le pays, pour transmettre aux générations qui grandissent à l'étranger la langue, la culture et les coutumes. Pour le pays comme la Bosnie-Herzégovine, la diaspora peut apporter son expérience à l'international, ses projets innovants, ses compétences. Nous avons de nombreux artistes, scientifiques, dirigeants issus de la diaspora qui sont actifs dans le Conseil des associations bosniennes en France avec lequel le consulat a une très bonne relation.

BH Info - En France, nous n'avons toujours pas d'écoles bosniennes où les enfants pourraient apprendre la langue et l'histoire ? Quel est l'obstacle ?

Armin Zeco - Nous avions une école bosnnienne à Sélestat, dans la région d'Alsace qui compte le plus grand nombre de nos compatriotes en France. Là-bas, il y a beaucoup d'enthousiastes qui ont réussi à réaliser ce projet. Mais, l'école ne fonctionne plus malheureusement.

Avec la France, nous avons signé un accord bilatéral (programme ELCO) nous permettant de monter les écoles dans les locaux français. La France voudrait qu'on respecte cet accord en envoyant les cadres de Bosnie-Herzégovine ou de France qui dispose d'un diplôme adéquat. Donc, les possibilités existent mais le problème lié à l'éducation est encore un chantier même en Bosnie-Herzégovine.

BH Info - Combien de Bosniens vivent-ils en France ?

Armin Zeco - Selon les statistiques, entre 30 et 35.000 Franco-Bosniens vivent en France et quelque 7.500 Bosniens qui possèdent uniquement le passeport de Bosnie-Herzégovine. La plupart d'entre eux vivent en Alsace et autour de Lyon.

BH Info - Quelles sont les relations entre eux, entre les différentes associations bosniennes ?

Armin Zeco - Plutôt respectueuses. Le consulat collabore aussi bien avec l'église catholique (Hrvatska misija) qu'avec le Conseil des musulmans (Dzemat) ou église orthodoxe (Udruzenje gradjana Srpske).

BH Info - Y a-t-il des rencontres et des gens qui ont marqué votre travail ici ?

Armin Zeco - Oui, bien sûr beaucoup de rencontres avec les gens extraordinaires que je n'oublierai jamais. C'est pour cela que c'est difficile de citer des noms. Je suis très reconnaissant pour le soutien que le consulat a reçu lors des journées consulaires par exemple en Alsace ou des gens comme Fadil Busevac, Bico Becir. Des rencontres avec nos sportifs et artistes m'ont également beaucoup touchées et enrichies. Je dois aussi citer notre photographe Milomir Kovacevic Strasni dont les expositions organisées partout en France sont un lien précieux entre la France et La Bosnie-Herzégovine.

BH Info - Alors, mission remplie ?

Armin Zeco - Oui, je suis content mais je pense que j'aurai pu faire encore plus. Je donne toujours de mon mieux mais je continue de penser que j'aurais pu donner encore plus.

Propos recueillis par Zdenka Brajkovic

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