Séminaire 2012 / 2013 : "Non-lieux de l'exil" (FMSH)
2013-02-15

Virginie Symaniec & Alexandra Galitzine-Loumpet.

Bâtiment Le France, 190 avenue de France, 75013 Paris


Descriptif



Dans ses définitions les plus communes, l'exil est le résultat d'une sanction, d'un bannissement, d'une condamnation à quitter sa terre. Qu'il s'agisse de fuir la menace d'une persécution, d'une déportation ou de la recherche d'un mieux vivre économique et social, l'exil est souvent implicitement associé au deuil de la patrie ou de la famille perdues, à la nostalgie de l'âge d'or qui l'aurait précédé, au sentiment de perte identitaire et de déracinement. L'exil s'articule selon des temporalités distinctes (pré-exil, exil, post-exil). Inventée au XXème siècle, la notion d'« exil intérieur », signifie en outre que le déplacement physique de l' « exilé » n'est pas une condition sine qua non de sa mort politique et sociale. Enfin, l'exil peut être revendiqué comme une identité spécifique, ou comme une condition du multiculturalisme, c'est-à-dire patrimonialisé : il est ainsi possible, au sein des mémoires créées par les descendants d'exilés, « de nourrir la nostalgie d'un pays que l'on a jamais connu, d'éprouver le manque d'une langue que l'on a jamais parlée » (Alexis Nouss).

C'est dire qu'à la fois notion ample et élément constitutif de toute pensée du lieu et du lien, l'exil n'est pas réductible à ses seuls aspects historiques et sociaux. Il paraît donc intéressant d'explorer ce qu'il recèle d'immatérialité, de « non-lieux ». L'exil peut en effet se percevoir dans la simultanéité d'un ici et d'un là-bas, de lieux concrets et de territoires métaphoriques. En ce dernier sens, les lieux de l'exil sont d'abord des non-lieux : espaces affectifs de l'ailleurs et de ses périphéries mouvantes, seuils éphémères entre témoignages et à venir ; mais aussi bien, ils sont des lieux nouveaux, espaces renouvelés par l'expression artistique, littéraire, dramaturgique ou musicale. Dans tous les cas, ces lieux / non-lieux singuliers engagent une façon d'être au monde, interrogeant distances et attentes, sensations d'incomplétude ou utopies de rassemblement, inventant des citoyens de nations sans frontières. Dans cette perspective, l'exil devient valeur et héritage, transmission d'un vécu constamment revisité et recomposé par une pluralité d'acteurs et d'expériences, de l'artiste au traducteur, de la photographie à la musique, en passant par l'écriture, le théâtre et le cinéma : que nous offrent ces images et imaginaires de l'exil ? Que se joue-t-il dans la permanence et la diversité de ces non-lieux ?

Calendrier et axes de recherche



La rencontre mensuelle initiée par le groupe de recherche POexil (Université de Montréal) en partenariat avec le Réseau Asie - Imasie (FMSH / CNRS) et avec la collaboration du Cardiff Research Group on Politics of Translating (Cardiff University) et des Editions Non-lieu se propose d'interroger les expressions de l'exil dans une perspective transversale et pluridisciplinaire associant à chaque séance, chercheurs de différents champs disciplinaires, traducteurs, dramaturges, artistes et acteurs.

Pour la première année de réflexion et de recherches, la diversité des expressions de l'exil sera principalement abordée au travers des expressions dramatiques, les Scènes de l'exil (axe 1), les questions de multilinguisme et de traduction, Langues de l'exil et exil des langues (axe 2).
La seconde année du séminaire sera plus particulièrement consacrée aux expositions de l'exil (arts contemporain, cinéma, patrimonialisations).

Chaque séance mensuelle du séminaire comprendra l'intervention d'un écrivain, d'un artiste ou d'un chercheur, un débat animé par deux discutants, et enfin, un échange avec l'assistance. Des lectures de textes suivront certaines rencontres.

Les éditions Non-lieu ([URL : http://www.editionsnonlieu.fr]) sont associées à la publication des actes dès à présent.

Programme



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17 septembre 2012

: table ronde Festival d'Ile-de-France/Non-lieux de l'exil.

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25 Octobre 2012

: Langages de l'exil II, « Textes, images et rites : l'exode évoqué en exil dans les haggadoth sépharades du XIVe siècle »,

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21 Novembre 2012

: Langages de l'exil III « Paradigmes du déplacement », rencontre associée au séminaire "Décolonisation et géopolitique de la connaissance",

[URL : http://decolonisationsavoirs.wordpress.com/],

coordonné par Orazio Irrera, Daniele Lorenzini, Matthieu Renault (Université Paris-Est Créteil (ED CS - EA LIS)/ Fondation Maison des Sciences de l'Homme (Programme Migrations Internationales) pour une longue rencontre (14h-18h30) spécifiquement dévolue à l'analyse critique des paradigmes du déplacement
(1).

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19 Décembre 2012

: Langages de l'exil IV,

Séance consacrée à l'oeuvre de l'intervenante, Nurith Aviv, et plus précisément à son film "D'une langue à l'autre" (1), projeté lors de la rencontre, en sa présence.

"Parfois je me réveille avec l'angoisse que l'hébreu appris avec tant de peine s'évanouisse disparaisse" (Aharon Appelfeld).

"Du moment où j'ai voulu pénétrer l'hébreu et écrire, j'ai dû assassiner la langue russe, l'éliminer" (Meir Wieseltier).

"Je parle de mon hébraïté et mon arabité comme de deux essences que relie un point aveugle" (Haviva Pedaya).

L'hébreu qui, pendant des siècles, fut une langue sacrée, langue d'écriture et de prière, est désormais une langue du quotidien en Israël. Mais si cet hébreu a pu s'imposer en quelques décennies cela n'a pas toujours été sans violence envers les langues parlées avant.

Neuf personnes - poètes, chanteurs, écrivains - évoquent la relation entre l'hébreu et l'autre langue, la langue de leur enfance, dont la musique résonne encore, même quand on ne la parle plus
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Discutants : Léda Mansour (Paris-Ouest Nanterre) et Eloi Recoing (MCF, Paris 3 Sorbonne Nouvelle).

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15 janvier 2013

: Laurier Turgeon (Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique et professeur d'ethnologie et d'histoire à l'Université Laval, Québec, Canada) sur "Objets en exil chez les immigrants du Québec". Rencontre reportée.

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31 Janvier 2013, 14 h 30 à 18 h 00, salles 638-640

: Langage de l'exil V. Habib Tengour, poète, sociologue, "L'exil est mon métier", Rencontre autour de son oeuvre. Modératrice : Catherine Bouthors-Paillart (LSP Sèvres). Discutants : Pierre Oster (poète), Mourad Yelles (Inalco).

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21 Février 2013, 14 h 30 à 18 h 00, salles 638-640

: Objets de l'exil II. Debesh Goswami, séance consacrée à son oeuvre. Discutantes : Catherine Servan-Schreiber (CEIAS, CNRS-EHESS), Laure Worlmark (Comede).

GOSWAMI Debesh vit et travaille entre Rennes, Paris et Calcutta. Formé à la Rabindra Bharati University, Kolkata, Inde (Bachelor of Arts, 1994) et à l'Université de Rennes 2 (doctorat en 2001), il est professeur à l'Ecole des Beaux-Arts de Rennes. Son oeuvre interroge le corps et les frontières, et plus largement, le déplacement, territorial et culturel. Il a réalisé de nombreuses expositions personnelles, en Inde et en Europe, depuis 1996.

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21 Mars 2013, 14 h 00 à 18 h 30, salles 638-640

: Objets de l'exil III « La culture matérielle de l'exil : une autre vie des objets ». Association avec séminaire "La deuxième vie des objets" coordonné par Elisabeth Anstett et Nathalie Ortar (IRIS, EHESS et LET/ ENTPE) :

À la fois objets disjoints de leurs contextes d'origine et objets acquis/inventés au cours d'un déplacement volontaire ou imposé, les objets de l'exil en viennent à incarner l'expérience même du déracinement. Ressortant de l'ordinaire, de l'identitaire et du mémoriel, ils sont à la fois traces et supports et peuvent être tour à tour chéris, perdus, fantasmés, hérités, patrimonialisés. C'est dire la singularité et la pluralité des régimes de valeur que cette culture matérielle en déplacement convoque dans l'analyse, sinon son potentiel heuristique pour penser les vies de l'objet et les modalités de ses recyclages, symboliques ou matériels.

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29 mars 2013, 14 h 00 à 18 h 00, Médiathèque Marguerite Duras, 11 rue de Bagnolet, 75 020 Paris

: Langages d'exil V : « "Le théâtre et l'exil" en partenariat avec le Laboratoire international de recherche sur les Arts (LIRA, Paris 3) et le Théâtre aux mains nues.

Après-midi d'étude, organisée par Eloi Recoing, membre du programme Non-lieux de l'exil et du laboratoire LIRA (Paris 3) et Alexis Nuselovici (directeur programme Non-lieux de l'exil).

Deux tables rondes :

1) Solitude de Kleist (14h15),

2) La scène comme exil (16h30).

20 h 00 : Représentation de la pièce « "Käthchen, mon amour" d'après l'oeuvre de Kleist (traduction et mise en scène Eloi Recoing) , Théâtre aux mains nues. Réservation obligatoire au 01 43 72 19 79, [URL : rp.mediation.tmn@wanadoo.fr]
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25 Avril 2013, 14 h 30 à 18 h 00, salles 638-640

: Objets de l'exil IV « Le corps-objet de l'exil ». Intervenant : Ibrahima Thioub (professeur d'histoire à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar , Chaire Collège d'Etudes mondiales (FMSH), responsable du programme La route des esclaves, Unesco) "Le corps exilé: un lieu de marquage identitaire". Discutantes : Olga Odgers Ortiz ( El Colegio de la Frontera Norte, Departamento de Estudios Sociales, Tijuana, Mexico/ Visioconférence), Eugenia Villela (Université de Porto , Dpt de Philosophie & Esthétique.

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22 mai 2013, 10 h 00 à 12 h 30, salles 638-640

: Objets de l'exil V « Objets des exclus / objets perdus ».
Intervenant : Octave Debary (Maître de conférences, Université Paris Descartes, LAHIC) "Objets perdus, mémoires retrouvées : Jochen Gerz et l'art contemporain". Discutants : Marie Morelle (Prodig, Paris I), Sébastien Ledoux (Paris I).


Pour en savoir plus



- [URL : http://nle.hypotheses.org/1].

Contact



[URL : marine.sam@asie-pacifique.cnrs.fr].

Note



(1) A partir de quels lieux - géographiques, disciplinaires, épistémologiques - penser aujourd'hui les paradigmes du déplacement territorial et conceptuel, apparemment caractéristiques de la post-modernité ? Jamais les notions de déplacement, de circulation, de diaspora, d'exil, d'espace, de traduction, d'hybridité ou de métissage, mais aussi d'universalisme ou de race, n'ont parues si prégnantes, au point de se diluer parfois en lieux communs. Leur historicité même reste au c¦ur des débats et participe étroitement à leur (ré)élaboration. Elle est également devenue inséparable d'une géographie conceptuelle soulevant la question des lieux - sinon des non-lieux -, des ancrages et des nouvelles limites/frontières de la connaissance et partant, de ses transformations. Ce séminaire conjoint se propose donc de retracer l'"histoire immédiate" de concepts dont l'émergence ou la redéfinition ont constitué, ces dernières années, un enjeu crucial pour la recherche en sciences humaines. Un concept sera soumis à l'analyse d'un chercheur, puis mis en débat, afin d'interroger autant ce qu'il saisit que ce qu'il laisse échapper et de proposer, au-delà de toute profusion de références et pensées tutélaires, les éléments de son possible renouvellement.

Avec Stéphane Dufoix "Diaspora" (Université Paris-Ouest Nanterre), Rada Ivekovic "Traduction" (GTM, CNRS, Paris 8), Claire Hancock "Terrains" (Université de Créteil), Alexis Nuselovici (Nouss) "Exil" (Cardiff University), Dominique Rolland "Métissage" (Inalco).

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