Séminaire 2012 / 2013 : "Ethno-histoire de l'Asie centrale" (EHESS)
2013-01-18

Vincent Fourniau, maître de conférences à l'EHESS.

- Le mercredi de 11 h à 13 h, du 14 novembre 2012 au 12 juin 2013,

- EHESS, salle 3, RdC, Bât. Le France, 190 av de France 75013 Paris
.



Présentation



L'aire historique appelée Asie centrale est située au centre de l'Asie mais à la marge de nombre de domaines de recherches. On marginalise trop l'intérêt que peut représenter son étude pour mieux comprendre les grands systèmes politiques et sociaux auxquels elle a appartenu. C'est en particulier le cas de l'histoire des identités collectives dans ses sociétés entre les XVe et XXe siècles. La recherche qui sera menée en 2012-2013 dans ce séminaire explorera cette longue période, les discours endogènes et les travaux disponibles sur ces questions. Deux paradoxes en particulier doivent retenir notre attention: les travaux occidentaux depuis 1945 sur l'Asie centrale ont accordé une attention très vive à la Politique soviétique des nationalités dans cette région, sans déveloper nullement de recherches historiques sur les identités collectives avant la colonisation russe; enfin, un discours national très ethno-centré se développe dans les républiques indépendantes actuelles, en l'absence de travaux majeurs sur les identités collectives entre les XVe et XXe siècles.

Les sources, par exemple au XVIIIe siècle, locales, ottomanes et iraniennes, et à travers elles l'orientalisme occidental, ainsi que les sources russes, utilisent massivement des mots tels qu' « ouzbek », « turkmène », « karakalpak », etc., sans oublier les centaines d'autres termes endogènes d'appartenance ayant cours en Asie centrale. Beaucoup d'entre eux ont disparu des usages officiels au XXe siècle mais continuent d'y être utilisés. Il n'existe cependant pas de synthèse de l'état de nos connaissances sur la diversité de l'emploi de ces termes à différentes époques ou sur la formation des appartenances collectives en Asie centrale avant la conquête coloniale, puis la transformation de certaines d'entre elles en « nationalités » dans le système soviétique.

La distribution des entités politiques aux XVIe-XVIIIe siècle dans cette région n'était pas conditionnée par les grands empires environnants, bien qu'on réduise trop souvent l'histoire de l'Asie centrale à l'influence qu'y eurent ces empires. Aucun de ses espaces, tels que « la steppe kazakhe », ou la Transoxiane avec Khiva, Boukhara, puis Kokand, ne fut unifié politiquement. Cependant, dans plusieurs de ces entités politiques, le système dynastique fut, au moins au XIXe siècle, de plus en plus associé à l'une des grandes affiliations de la région.

Au XXe siècle, la territorialisation des identités collectives a pris de nouvelles formes. Dans des républiques dites nationales, l'indigénisation a joué un rôle fondamental : une grande majorité des postes de responsabilité et jouissant d'un fort prestige social, en particulier dans l'éducation et la culture, avaient pour titulaires des représentants de la nationalité dont la république tirait son nom. Ainsi, l'indigénisation et la soviétisation de la culture sont indissociables l'une de l'autre pour analyser le discours sur soi et la vision de l'histoire des nationalités suivant le modèle de l'État-nation développés dans les sciences sociales en Asie centrale depuis 1945.

Pour en savoir plus



[URL : http://www.ehess.fr/fr/enseignement/enseignements/2012/ue/949/].

Retour à



[URL : 3966].