Le problème des prisons en Russie (2003)
2013-12-09

Le problème des prisons en Russie



La surpopulation carcérale pose un réel problème à la Russie. Le président Poutine lui-même a reconnu que la Fédération n'avait pas les moyens d'entretenir un million de détenus. En mai 2000, le Parlement avait adopté une loi d'amnistie pour 250.000 personnes. Mais au début 2001, la population carcérale n'avait diminué que de 136.000 détenus, et au début de cette année elle avait augmenté de 52.000. Le processus de la réduction de la population pénitentiaire demande un changement radical de la politique de l'Etat.

Une des principales conséquences de cette surpopulation est d'ordre sanitaire.

Une nouvelle maladie mortelle, une tuberculose multirésistante se propage dans les maisons d'arrêt et les prisons russes. Les médicaments actuels se révèlent impuissants face à cette nouvelle maladie. La Russie est considérée comme une des principales sources de l'apparition et de la propagation de cette maladie dans le monde entier. 300.000 personnes sortent tous les ans des prisons russes. Parmi elles, 30.000 sont tuberculeuses. Un prisonnier sur quatre est porteur de la forme incurable est susceptible de contaminer cinquante personnes par an.
Selon les experts, si cette nouvelle forme de tuberculose n'est pas rapidement endiguée, bientôt deux millions de détenus en seront porteurs.

Depuis quatre ans, la Communauté Européenne et les organisations internationales, inquiètes de cette situation, aident la Russie à lutter contre la tuberculose pénitentiaire.

Le pouvoir russe a pris conscience des lourdes conséquences qu'entraînerait une telle catastrophe. Le budget fédéral pour le système pénitentiaire a été multiplié par deux (0,5 milliards de dollars en 2000, 1 milliard en 2002). L'approvisionnement en médicaments s'est beaucoup amélioré, les sommes allouées aux repas des détenus ont augmenté. Grâce à ces mesures, le nombre de malades de tuberculose est passé de 97 pour 1000 en 1999, à 90 pour 1000 en 2002. Mais le nombre de séropositifs est fortement en augmentation (4.000 en 2000 pour 33.000 en 2002). Le sida affaiblissant les capacités de résistance de l'organisme, la tuberculose se propage dangereusement. De plus, il est pratiquement impossible de déceler la tuberculose chez les séropositifs.

(Extraits du bulletin n° 107 de juin 2002 de l'ACER-Russie consacré aux prisons russes, repris par la Lettre du COLISEE n° 36, p. 15).

Les traitements dégradants et inhumains sont toujours récurrents dans les prisons russes, comme l'a constaté la Cour européenne des droits de l'Homme qui a condamné la Russie le 15 juillet 2002 pour ce motif. Le Comité de l'ONU contre la Torture, dans ses conclusions en mai 2002, a également condamné la perpétration généralisée d'actes de torture contre les détenus et au sein de l'armée à l'égard des appelés, actes restant très largement impunis. Par ailleurs, ni le terme de torture, ni les actes qui lui sont assimilés, ne sont actuellement définis en droit russe.