Elections législatives ukrainiennes : "de la stabilité au développement ?" (octobre 2012)
2013-03-14

E-Review Ukrainian Business Press : éditorial octobre 2012



Les élections ukrainiennes de renouvellement du Parlement se sont tenues le 28 octobre et si les résultats officiels ne sont pas encore tombés, les premiers résultats donnent le parti présidentiel majoritaire. Le visage de la Verkhovna Rada risque donc de rester sensiblement le même et les changements ministériels devraient être mineurs.

D'ailleurs, avec seulement 58% de participation, il semble que les Ukrainiens ne se soient pas trompés, ces élections ne vont pas chambouler le paysage politique ukrainien. Quelles conclusions peut-on alors tirer de ces élections ?

D'un point de vue démocratique



Ces élections ont été suivies de près par le cortège des nations qui y ont délégué près de 3 800 observateurs. Les rapports font état de fraudes et de violations, mais en aucun cas systématiques et sans conséquences majeures sur le résultat des élections. Bien que les observateurs (notamment européens et russes) divergent sur l'appréciation générale, on peut dire que ces élections se sont bien passées, qu'elles ont été transparentes et généralement équitables, néanmoins des progrès restent à faire sur des points techniques, le financement des partis et la couverture médiatique.

Ainsi l'outil démocratique semble en place, mais peut-on alors parler de démocratie ? L'absence d'idée, le vide politique nous amènent à penser que non. Au lieu de débats d'idées, de projets, les Ukrainiens ont eu droit à une bataille de coqs se lançant des noms d'oiseaux, s'accusant des pires maux et ne portant dans leur programme que des projets populistes pour la plupart irréalisables qui seront pliés, rangés et dormiront dans des tiroirs jusqu'aux prochaines échéances électorales.

Ce n'est donc pas tant le Parti des Régions qui a gagné par ses idées, que l'opposition qui a perdu par son absence.

Au niveau international



Ces élections étaient l'objet de pression de la part de l'UE sur l'Ukraine. L'enjeu : la signature de l'Accord d'Association déjà paraphé avec l'Ukraine. Les représentants de l'UE inquiets de l'état de la démocratie en Ukraine avaient conditionné la signature de cet Accord à la tenue d'élections transparentes, libres et équitables.

Théoriquement, au vu du déroulement du scrutin, la signature devrait donc avoir lieu. Mais l'emprisonnement d'opposants devrait être une raison suffisante (ou un prétexte selon le point de vue adopté) pour reporter cette conclusion. En fait, il est peu probable que cet Accord entre en vigueur tant que Victor Yanoukovicth sera au pouvoir. Les rapports avec la Russie quant à eux ne devraient pas être affectés, l'Ukraine continuant à se rapprocher de la Russie tout en refusant de se faire avaler dans l'Union Douanière.

Statu quo ? Des élections pour rien ?



Peut-être d'un point de vue strictement politique, mais c'est encore sans doute la meilleure des choses. En effet, dans une démocratie présidentielle comme celle de l'Ukraine (c'est aussi le cas de la France ou de la Russie par exemple), un Parlement, qui plus est unicaméral, d'opposition est synonyme de blocage complet du pays. Or l'Ukraine a besoin de réformes. On peut ne pas approuver la politique de Victor Yanoukovitch, mais l'on ne peut pas lui retirer le fait que son gouvernement agit, réforme sur des questions qui ne devraient pas souffrir l'opposition : la modernisation de l'appareil d'État. Avec un Parlement d'opposition, même ces réformes techniques et somme toute apolitiques, auraient été bloquées.

Au niveau international, l'Ukraine devrait donc marquer une pause (voulue et/ou subie) dans le développement politique de ses relations avec l'UE et avec la Russie. Or, dans l'état actuel des choses, l'Ukraine est de toutes les façons coincée entre, d'une part, la Russie qui la menace des pires représailles si elle quitte sa sphère d'influence et l'UE qui, occupée par la crise, raidie par les écarts démocratiques et la montée du courant nationaliste chez certains pays membres, manque de confiance dans les valeurs démocratiques de l'actuel gouvernement. Cette vraisemblable pause pourrait faire du bien à l'Ukraine et lui permettre de préparer l'avenir : s'affranchir de sa dépendance vis à vis de la Russie, notamment au niveau énergétique et profiter de la collaboration technique avec l'UE pour moderniser son administration.

Ainsi, ces élections pourraient être celles « de la stabilité au développement (2) » effectivement actuellement nécessaires en Ukraine.

Pour en savoir plus



Consultez la revue de presse d'octobre 2012 de la E-Review Ukrainian Business Press qui comporte

- en page 4 , un effet de zoom sur ces élections,

- en page 12, une rubrique "Economie",

- en page 19, une rubrique "Tendances",

Voir [URL : http://www.odaess-consulting.com/media/4969/e-review_octobre.pdf]

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Notes



(1) Emmanuel de Bettignies est responable d'Odaessa-Consulting. Téléphone : + 38 06 38 54 69 36. Adresse : Vulitsa Malaya Arnautskaya, Bud 88, Kv 10, 65 007 Odessa, UKRAINA.

Voir [URL : http://www.odaess-consulting.com/]

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(2) "Du développement à la stabilité" est le slogan du Parti des Régions, parti présidentiel.

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