Renaissance religieuse en Albanie (2003)
2012-12-27

Après la terrible persécution marxiste, l'Eglise renaît peu à peu et joue un rôle essentiel dans la vie du pays. Elle construit avec l'Eglise orthodoxe et la communauté musulmane des rapports positifs pour le pays.

Renaissance religieuse en Albanie



Terre d'asile



Les retombées des tragiques événements qui se sont déroulés de l'autre côté de la frontière, au Kosovo, ont profondément perturbé la vie de l'Albanie actuelle.

A peine remis du scandale des pyramides, ces prétendues banques qui promettaient des intérêts de 21 à 23 %, et de la guerre civile qui s'ensuivit, les Albanais ont vu déferler sur leur territoire des masses de Kosovars chassés de leur pays par les Serbes. Certes, ces malheureux réfugiés n'étaient pas agressifs, mais leur masse a longtemps bouleversé campagnes et villes, parsemées de campements de fortune, où les contacts n'étaient pas toujours cordiaux, bien que la plupart des Albanais aient su réserver à leurs cousins Kosovars un accueil fraternel, que ceux-ci ont apprécié avec reconnaissance.

Mais dans cette cohue difficilement contrôlable, les lois et l'Etat avaient disparu, laissant pénétrer de nouvelles plaies, comme la drogue et la prostitution, féminine et masculine, dont les origines étaient à rechercher plus à l'Est et les clients plus à l'Ouest.

La communauté internationale n'a pratiquement rien fait pour dédommager l'Albanie des dégâts matériels par une aide quelconque. Enfin, bien des médias ont profité des événements du Kosovo pour raviver les haines et les ressentiments accumulés au cours des siècles passés contre les Albanais, «la terreur des Balkans» durant l'occupation turque, en les accusant de vouloir, comme aux périodes les plus noires de l'occupation ottomane, exterminer les Serbes, les chasser et détruire leurs églises et leurs monuments.

Si telle apparaît la tragique réalité du Kosovo, on ne peut que se réjouir de constater que ce vent de folie meurtrier n'a pas gagné l'Albanie elle-même, qui demeure dans cette poudrière balkanique, un exemple encourageant de coexistence religieuse pacifique.

(AED-Info, 28/02/2002)

Coexistence religieuse pacifique



L'archevêque orthodoxe d'Albanie, Anastasios, (70 ans), a été nommé en 1991 par le patriarche Bartholomeos Ier de Constantinople pour réorganiser la communauté orthodoxe du pays, qui représente 18 % de la population. Théologien de renom et spécialiste de la mission et des relations oecuméniques, il a su en peu de temps reconstituer les structures pastorales de son Eglise.

Lors d'une visite officielle en Grèce, en novembre 2001, l'archevêque de Tirana et primat de l'Eglise orthodoxe d'Albanie a dressé un rapide tableau de la situation religieuse du pays, déclarant entre autres : «Une chose caractérise l'Albanie, c'est la coexistence pacifique que nous avons réussie entre les différentes communautés religieuses, ainsi qu'avec ceux qui ne veulent pas appartenir à une communauté religieuse».

Mgr Anastasios a souligné que «cela est très important pour les Balkans et représente un référent très créatif pour l'avenir. Dans le débat qui se tient aujourd'hui sur le conflit de civilisations, nous répondons : dialogue de civilisation, développement créatif des possibilités de chacun et apport commun pour toute l'humanité», a-t-il ajouté.

Le primat a apporté son soutien à l'initiative de M. Papandreou et du patriarche oecuménique Bartholomeos Ier pour réunir, avec l'aide de l'Union européenne, une conférence de dialogue inter-religieux.

«Il faut de plus en plus de réunions, a-t-il affirmé. La violence au nom de la religion viole la religion, a-t-il lancé ajoutant que les terroristes ne peuvent pas détruire la volonté de s'élever». «Nous n'entrerons pas dans la logique de la violence, nous les orthodoxes, ni vous les musulmans", a dit Mgr Anastasios, affirmant que ce message était passé dans la société albanaise.

De plus, Mgr Anastasios, dès 1994, a fait entrer l'Eglise orthodoxe d'Albanie comme membre du COE (Conseil Oecuménique des Eglises), dont lui-même a été élu, en 1998, un des membres du Comité central. Enfin, en juillet 2001, le secrétaire général du COE, le pasteur Konrad Raiser, a effectué une visite de quatre jours en Albanie, au cours de laquelle il a rencontré des représentants de l'Eglise catholique romaine et des communautés musulmanes - sunnite et bektashi, ainsi que le président albanais Rexhep Mejdani et le premier ministre Ilir Meta.

(AFP, 06/11/2001 ; APIC, 11/07/2001)

Cathédrale Saint Paul



Dix ans après la chute du régime stalinien en Albanie - qui était proclamé en 1967 le "premier Etat athée du monde" - la nouvelle cathédrale catholique de Tirana a été consacrée le 26 janvier 2002, par le cardinal et secrétaire d'Etat du Vatican, Angelo Sodano. Elle est dédiée à Saint Paul, fondateur de la communauté de Dyrrhachium (Dürres), sur la côte Illyrienne.

Les travaux de construction ont débuté en novembre 1998 sous la direction de l'architecte Dortmund Winfried Hinz, qui a offert ses services gratuitement. L'AED, qui a soutenu l'Eglise albanaise au cours de ces dix dernières années à travers des projets d'une valeur de cinq millions d'euros, a fait don de plus de 600 000 euros pour l'édification de la cathédrale.

La communauté catholique a fait part de son immense satisfaction pour ce nouveau signe de renaissance de l'Eglise qui, sous la dictature d'Enver Hoxha, fut victime de l'une des plus sévères persécutions perpétrées par les régimes communistes en Europe de l'Est.

Cette cathédrale est pour le numéro deux du Vatican «le symbole d'un nouveau chapitre de l'histoire nationale», et pour l'archevêque de la capitale albanaise, Mgr Rrok Mirdita, «le couronnement d'une décennie de travail pour la reconstruction de l'Eglise en Albanie».

«La longue nuit de la douloureuse persécution est désormais dépassée et un jour lumineux s'est levé dans ce bel angle de l'Europe où se prépare une ère nouvelle dans la vie de la patrie», a affirmé le cardinal Sodano dans son homélie. Pour lui, cette cathédrale qui doit être «le symbole d'une présence mystique», est aussi le lieu où les Albanais formeront leur communauté, «une communauté de prière et de foi, mais aussi une communauté de solidarité et d'aide mutuelle». «Vous entrez dans cette cathédrale pour aimer Dieu, a-t-il conclu, et vous en sortez pour aimer les hommes. C'est un message de grande actualité que je vous laisse, au nom du Pape qui m'a envoyé».

Par ailleurs, dans une interview du 26 janvier 2002 à l'Osservatore Romano, le quotidien du Saint Siège, l'archevêque de Tirana, Mgr Rrok Mirdita, a souligné que la dédicace solennelle de la cathédrale revêt une triple signification. Elle est tout d'abord le couronnement d'une décennie de travail pour la reconstruction de l'Eglise en Albanie, a-t-il affirmé en remerciant les «Eglises-soeurs» - particulièrement l'Eglise catholique italienne - qui ont contribué au financement de l'édifice.

Ensuite, a poursuivi l'archevêque, cet acte permet de renouer symboliquement avec la longue tradition catholique de cette terre qui, après avoir résisté à plus de 500 ans d'occupation turque, «a été interrompue par cinquante années de dure dictature communiste». La troisième signification, a affirmé Mgr Rrok Mirdita, est la présence de cette cathédrale à Tirana où ont eu lieu les plus terribles persécutions contre les catholiques. «Elle est un signe visible de la présence de ce Dieu qui a été expulsé pendant un demi siècle et qui appelle notre peuple à se tourner vers lui».

Le président de la République albanaise, Rexep Meidani, a participé à la célébration - retransmise en direct par la télévision nationale -, ainsi que le premier ministre Ilir Meta, le président du Parlement et de nombreux représentants du corps diplomatique. Par ailleurs sont aussi venus l'archevêque orthodoxe Ianullatos - qui était à Assise le 24 janvier - et deux chefs de la communauté islamique du pays. En 1992, le Saint-Siège a établi des relations diplomatiques avec l'Albanie et le 25 avril 1993, Jean-Paul II est venu y effectuer une visite. A cette occasion, il avait ordonné quatre évêques, dont Mgr Rrok Mirdita.
Plus récemment, le 15 novembre 2001, le pape Jean-Paul II avait reçu Ilir Meta, le président du Conseil des ministres d'Albanie, au Vatican.

A l'issue de la rencontre, le premier ministre avait été reçu par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d'Etat du Vatican, puis par le cardinal Zenon Grocholewski, président de la Congrégation pour l'éducation catholique. Il avait enfin rencontré les responsables de la communauté Sant'Egidio, qui avait joué un rôle important entre 1997 et 1999 dans le soutien des réfugiés albanais venant du Kosovo.

(APIC, 15/11/2001, 25 et 27/01/2002)



Sources : AED (Aide à l'Eglise en Détresse)