Géorgie : journal d'une observatrice moldave aux élections législatives (octobre 2012)
2013-01-17

Suite à une mission d'observation des élections législatives en Géorgie, Doina Marinescu, une jeune Moldave, fait part de son expérience.

J'ai eu la chance d'être admise par une ONG danoise qui œuvre en faveur de la démocratie et de la liberté. Ces mois de septembre et octobre, elle avait prévu un programme intéressant, impliquant 35 jeunes responsables en provenance de 5 pays, dont la Moldavie, afin qu'ils soient « observateurs internationaux » à l'occasion des élections législatives 2012 en Géorgie.

Dans ce programme, il y avait des cours, des ateliers, et des présentations ayant pour objet les différents types, variétés et traditions d'élections, la démocratie en Europe et bien évidemment cet enjeu pour l'Europe : les élections en Géorgie.

Nous avons eu la chance de participer à plusieurs rencontres avec des membres et des leaders des deux principaux partis en compétition, ainsi qu'avec des membres du Conseil de l'Europe, ce qui nous a permis de poser toute sorte de questions sur les procédures, les particularités du système appliqué en Géorgie et ce sur quoi nous devrions être attentifs . L'esprit d'ouverture des personnalités politiques qui nous ont reçus m'a étonnée : tout était fait pour nous situer au meilleur niveau européen, et même les personnalités de Géorgie se sont montrées particulièrement disponibles à notre égard, nous qui étions étrangers et observateurs.

Les élections ne constituent pas un événement inédit pour les Géorgiens ; mais des élections honnêtes, libres représentent, suis-je tentée de dire, quelque chose de délicat. Je m'attendais au pire. Voilà pourquoi. Selon moi, la Géorgie a beaucoup de potentiel et regorge de surprises. Le gens, la nourriture le vin sont étonnants, mais il y a aussi des espaces de grande pauvreté, et une part considérable de la population est illettrée. Il y aussi une grande diversité de cultures. Les Georgiens sont impulsifs, et il est très difficile de discuter avec eux ; en un mot, quoiqu'on fasse, quoiqu'on dise, ils agiront « à la manière Géorgienne » !

Ajoutez à cela que ce sont de dangereux chauffards, que leur capitale est surprenante, qu'on peut constater de grandes ressemblances avec la Moldavie, soit autant d'éléments ayant pour effet de me rendre interrogative quant au déroulement des élections.

Le jour du scrutin, nous avons été répartis en 10 équipes. Pour ma part, je fus déléguée dans une région du sud, près de la frontière arménienne afin d'aller observer le plus de bureaux de vote possibles. Toute la journée fut remplie d'émotions, tendue ; elle me donna l'occasion d'appliquer mes aptitudes à observer des élections, à piloter une équipe. Le dernier bureau de vote visité était un des plus problématiques : c'est là que notre rôle d'observateur trouvait le mieux matière à s'exercer. Comme je l'ai fait remarquer plus haut, la préoccupation des Géorgiens et leur manque d'expérience dans des élections honnêtes et transparentes rendaient les tâches d'observation plus délicates. Le membre de la commission électorale ignorait certaines procédures, des insultes verbales troublaient l'atmosphère qu'on est en droit d'attendre dans un bureau de vote, la plupart des votants ne comprenaient pas le sens d'un sondage à la sortie des urnes. Toutefois, dans certains villages, le scrutin était bien organisé, et on pouvait constater combien le personnel s'attachait à faire de son mieux pour respecter toutes les étapes de la procédure et nous permettre de remplir notre mission.

Aussi, le sentiment général que l'on peut retirer de ce jour d'élection est que la vraie démocratie ainsi que la transparence sont de nouveaux concepts en Géorgie, et que sa nécessité s'apparente au besoin de marcher que ressent l'enfant.

Les réformes entreprises dans le pays ont eu un impact formidable, mais elles ne répondent pas encore aux besoins ressentis par la population, ce qui suscite des tensions au plus profond de la société. C'est la raison pour laquelle nous, les Moldaves, nous devons leur manifester notre soutien et notre amitié afin de nouer un partenariat durable, manifester notre intérêt ou être là auprès d'eux, comme d'autres l'ont été pour nous.

Je vis comme un honneur d'avoir eu la chance de visiter ce pays, de pouvoir parler de la Moldavie, de travailler pour la promotion de la démocratie.

Par ailleurs je suis convaincue que les Géorgiens, comme les Moldaves méritent plus que simplement de l'aide financière. Ils méritent un véritable soutien des pays développés afin qu'ils puissent aller vraiment de l'avant. Il faut qu'interviennent de vrais changements. Voyez-les, acceptez-les ! Autrement nous resterons des pays sans système organisé, vivant dans les soubresauts de « révolutions » et n'ayant pas de place dans le concert des nations.

Le 9 octobre 2012.



Source : Portail francophone de la Moldavie



[URL : http://www.moldavie.fr/spip.php?article2347].