Généralités sur la vie associative en Asie Centrale (2003)
2012-12-18

Généralités sur la vie associative en Asie Centrale



De l'organisation traditionnelle à la vie associative



Tout l'enjeu de l'évolution de la vie sociale et politique des pays d'Asie centrale est de dépasser un système traditionnel reposant sur une base ethnique, pour développer des formes d'organisation citoyenne privilégiant des critères affinitaires ou fonctionnels : syndicats, associations, partis politiques, coopératives, etc.

Le poids des formes traditionnelles d'organisation sociale



La vie sociale dans les pays d'Asie centrale reste encore très imprégnée des formes d'organisation héritées des traditions historiques. Qu'il s'agisse de tribus (Turkménistan), de Mahallas (Ouzbékistan), de Jouzes ou Hordes (Kazakhstan), de "régions" (Tadjikistan), ces regroupements à base " ethnique " restent des lieux de référence, aussi bien dans la vie publique qu'à l'échelon politique.

Officiellement, le caractère "républicain" des Etats interdit aux citoyens comme aux autorités publiques d'en tenir compte pour la répartition des responsabilités ou l'attribution de droits. Mais dans les faits, ces appartenances sont loin d'être neutres.

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Au Turkménistan

, par exemple, les citoyens sont répartis en tribus, qui sont surtout des formes de solidarité familiale et qui, officiellement ne doivent jouer aucun rôle dans la vie politique. Il est même déconseillé, sous peine d'arrestation, de mettre en avant des conflits à caractère tribal.
Mais, dans les faits, les Teké jouent un rôle prépondérant pour trois raisons :
- Ils sont les plus nombreux
- Ils sont implantés dans la capitale et sa région environnante
- C'est aussi la tribu du président
Toutefois, ce dernier veille à ce qu'un certain équilibre tribal s'établisse au sein du gouvernement et dans l'administration.

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Au Kazakhstan

, la société est répartie en couches sociales hiérarchisées entre elles, regroupant les descendants de trois frères mythiques. Le système social kazakh distingue ainsi la Jouz ainée, la Jouz seconde et la Jouz cadette. Il faut y ajouter les Tore (descendants de Gengis Khan, qui constituaient la classe dirigeante avant la période soviétique) et les Koja (descendants des saints de l'islam). Il se trouve là encore que la Jouz aînée, à laquelle appartiennent le président et une bonne partie du gouvernement, joue un rôle majeur dans la vie sociale politique et économique. Un hasard étrange fait que la quasi-totalité des opposants appartient à la Jouz seconde...

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En Ouzbékistan

, les Mahallas jouent un rôle social encouragé par les pouvoirs publics. (Mahalla, mot d'origine arabe désigne "l'endroit où l'on pose ses affaires, ses bagages"). Il s'agit d'une communauté, aussi bien sociale (famille élargie) qu'administrative (la plus petite unité administrative reconnue par le gouvernement), spatiale et architecturale (communauté de voisinage). Existant en Asie centrale méridionale sédentaire depuis son islamisation, dans les zones rurales et urbaines, c'est en Ouzbékistan qu'elle est investie d'un statut légal d'une importance croissante depuis 1991. Le pouvoir soviétique s'est attaqué à ce haut lieu de sociabilité et de contrôle social en déplaçant certaines activités, notamment hors du quartier pour en favoriser le décloisonnement et en créant des lieux publics comme les places, les cinémas, les restaurants, les cafés, les théâtres, les jardins publics. Cependant, même si elle a contribué à réorganiser l'espace urbain, la mahalla persista comme référence sociale majeure au Tadjikistan et en Ouzbékistan, où la fonction d'Aksakal était occupée par le secrétaire du Parti communiste du district. En octobre 1992, le gouvernement ouzbek recrée la mahalla , la dotant d'un statut officiel réévalué et d'un fond gouvernemental spécifique. Elle est présentée au monde occidental comme le symbole d'une forme orientale de démocratie communautaire et d'entraide.

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Au Tadjikistan

, la solidarité sociale et politique s'exerce surtout au niveau de la région (Khudjand, Karatéguine, Kouliab, Badakhshan, etc). Avant l'indépendance, depuis des décennies, la suprématie politique était exercée par des " Hommes du nord " (de la région de Khudjand, ancienne Leninabad et de la vallée de Ferghana). Avec l'avènement du président Rakhmonov, ce sont les Kouliabis (habitants de la région de Kouliab, au sud, qui occupent le devant de la scène.

Une vie associative en plein développement



Les associations existent dans tous les pays d'Asie centrale et à tous les niveaux de la société. Beaucoup de ces organisations interviennent non seulement à l'échelon local, mais jouent également un rôle moteur pour faire avancer leur cause à l'échelon national. Elles couvrent des secteurs variés comme les soins de santé, le sida, les droits des femmes et des enfants, la protection de l'environnement et la conservation du patrimoine, les problèmes religieux, etc. Elles ne limitent pas leurs activités à l'organisation de services sociaux, mais se préoccupent de plus en plus de dossiers " à risques ", tels que les atteintes aux droits de l'homme et la vigilance en matière politique.

Dans l'ensemble, les gouvernements d'Asie centrale n'inquiètent pas les associations quand elle ne s'engagent pas sur le terrain politique et qui évitent de critiquer les politiques officielles. Par contre, ils s'acharnent souvent sur les organisations politiquement actives.

Les associations impliquées dans l'éducation citoyenne, dans la surveillance des élections et l'appui aux partis politiques ont la vie dure. Par exemple, au Kazakhstan, le Gouvernement continue à inquiéter les ONG et les journaux indépendants qui ont fait du "lobbying" contre le projet de loi sur les médias. La police fiscale a saisi des documents financiers et des ordinateurs, posant des questions aux organisations concernées au sujet de leur "financement par l'étranger" et leurs liens avec l'Institut National Démocratique et l'OSCE. Le Gouvernement a déclaré que les ONG se mettaient en infraction avec la loi sur les "associations publiques" en acceptant de faire financer leurs activités par des fondations étrangères, même si cette loi ne s'applique qu'aux syndicats et aux partis politiques. De même, en Ouzbékistan, la pression s'est renforcée sur les associations de droits de l'Homme. Cependant, au Tadjikistan, les ONG font part d'une bonne coopération avec l'administration, notamment à l'occasion de la préparation d'une nouvelle loi sur les associations.