La Moldavie dans l'impasse (selon la Voix de la Russie, janvier 2013)
2013-11-12

par Valentin Myndresescu

Après 20 ans d'indépendance, la Moldavie s'est retrouvée dans une voie géopolitique sans issue. Mais les experts de Chisinau préfèrent voir la situation sous un autre angle. De leur point de vue, la Moldavie est à la croisée des chemins entre la Russie et l'Union européenne, et son intégration dans l'Europe ou dans l'Eurasie n'est qu'une question de temps. Cependant, le scénario d'intégration est le moins probable pour la Moldavie, qui restera dans une position éternellement indécise. La république risque de se retrouver prise entre deux blocs politiques opposés, sans tirer aucun profit de cette situation de quasi-neutralité.

Malgré des campagnes politiques et médiatiques régulières des partisans de l'unification avec la Roumanie, ce scénario semble presque impossible pour la Moldavie à l'heure actuelle. Bucarest ne prend pas de décisions indépendantes et Bruxelles ne souhaite pas voir une zone de tensions ethniques à l'intérieur des frontières de l'Union européenne. Car toute modification des frontières de l'UE risquerait d'ouvrir la boîte de Pandore, en créant un précédent dont les autres pays ne manqueraient pas de profiter. Il est peu probable que Bruxelles ait envie de jouer ce scénario, avec des enjeux beaucoup plus importants, car dans le cas de la Moldavie ce sera non pas une simple reconnaissance d'indépendance, mais une reconnaissance d'annexion, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles possibilités aux concurrents géopolitiques de l'UE.


L'annexion de la Moldavie va à l'encontre de la tendance européenne, orientée sur la fragmentation des Etats-nations. Les « euro-bureaucrates» sont plutôt bienveillants envers les tentatives séparatistes de la Catalogne ou de l'Écosse. Dans ce contexte, Bucarest devra sans doute contrer les tentatives d'autonomie de la Transylvanie et d'autres régions de la Roumanie, n'ayant plus de forces et de moyens pour annexer la Moldavie. Au maximum, la Roumanie peut compter sur le maintien de son influence sur la politique intérieure de Chisinau.


L'intégration de la république de Moldavie dans l'Union européenne s'avère donc impossible. Dans le contexte de la crise économique, le prix politique de l'adhésion de ce pays, l'un des plus pauvres d'Europe, serait trop élevé, sans que l'UE puisse en tirer des avantages stratégiques. L'élite moldave ne souffrira pas de l'absence de gestes diplomatiques, de déclarations bruyantes et de l'aide financière ponctuelle, mais aucune mesure concrète ne sera prise par Bruxelles.

Quant au scénario d'intégration dans l'Union douanière eurasiatique, il semble difficilement réalisable, vu la conjoncture actuelle. Malgré une rhétorique prorusse, le Parti communiste moldave à réussi à saper à tout jamais les relations avec la Russie en sabotant le plan de règlement pacifique du conflit en Transnistrie proposé par Moscou. Personne ne peut garantir qu'un possible retour des communistes au pouvoir ne soit pas marqué par une nouvelle trahison des intérêts des électeurs russophones et de nouvelles intrigues avec l'UE. Les autres forces politiques qui se prononcent pour la participation aux processus d'intégration eurasiatique ne bénéficient pas d'un large soutien auprès des leaders reconnus. C'est un paradoxe : une frange de l'électorat est favorable à l'intégration dans l'Union douanière, mais il n'existe pas de force politique capable de travailler avec cet électorat de manière constructive.

Les résultats d'un récent sondage ressemblent à un verdict de mort pour l'élite politique moldave. Personne parmi les dirigeants du pays ne bénéficie d'un fort soutien des électeurs. Le premier ministre Vlad Filat jouit de la confiance de 19% des électeurs, contre seulement 17% pour le leader communiste Vladimir Voronine. La mauvaise surprise pour les partisans de la « Voie européenne », c'est la forte cote de popularité de Vladimir Poutine au sein de la population (74,6%). Il est difficile d'expliquer ce soutien par « les intrigues de Kremlin », comme le fait la presse roumaine, car ce sondage a été réalisé par le cabinet IPP, financé par des organismes américains qui travaillent sur la «démocratisation» des pays de l'Europe de l'Est. Aucun homme politique européen ou américain ne bénéficie d'un tel niveau de confiance. Le président roumain Traian Basescu est soutenu par 37,8% des électeurs, et Barack Obama par 48,9% des Américains.

La Moldavie se trouve vraiment dans une situation difficile. L'élite dirigeante veut que le pays intègre l'Union européenne, mais elle est incapable de le faire. L'intégration dans l'Union douanière est possible, mais difficilement réalisable, tant qu'une force politique forte, bénéficiant de la confiance des eurosceptiques, n'est pas créée en Moldavie. Il n'y aucun progrès au niveau national, et les citoyens de la Moldavie sont obligés de s'occuper des questions de l'intégration au niveau individuel. Les uns partent travailler comme migrants en Europe, d'autres s'en vont en Russie. Le principal problème de la république de Moldavie, c'est que la situation actuelle arrange le gouvernement du pays.



Source : la Voix de la Russie, 24/12/2012 :

[URL : http://french.ruvr.ru/2012_12_24/La-Moldavie-dans-l-impasse/]
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