Interview de l'ambassadeur de France en Russie (2003)
2013-03-05

M. Claude Blanchemaison, ambassadeur de France en Russie : "La société civile doit jouer un rôle majeur dans les relations bilatérales"

"Les rapports entre la France et la Russie sont excellents. Ils se sont améliorés dans la période récente de façon constante et l'on peut dire qu'aujourd'hui, ils sont au beau fixe. (...) Et je crois que, des deux côtés, on a une opinion très positive du pays partenaire. Mais peut-être que l'image de la Russie en France et de la France en Russie ne correspond pas toujours à la réalité. Il y a parfois des images un peu vieillies, pas tout à fait actuelles. C'est vrai que la réalité russe évolue très rapidement.

Il y a donc encore pas mal de travail à faire. Il faut notamment accroître les échanges de personnes : étudiants, chercheurs, enseignants et, pourquoi pas, aussi, développer les flux touristiques.

(...) Je crois que dans le formidable changement que la Russie a connu au cours des douze dernières années, l'un des aspects est l'émergence progressive d'une société civile, qui a son autonomie par rapport au pouvoir politique.

Là, je crois qu'il y a un déficit assez important en ce qui concerne les rapports bilatéraux, parce que l'on ne connaît pas suffisamment en France la Russie d'aujourd'hui, ses dernières évolutions. Et peut-être qu'en Russie on a une image qui n'est pas toujours exacte de la France d'aujourd'hui, de la France moderne. Bien sûr, ce que j'ai dit n'est pas vrai pour les gens qui sont au contact de l'autre pays, parce qu'ils ont des rapports d'affaires, parce qu'il voyagent beaucoup et savent parfaitement quelle est la situation. Mais vous avez d'autres personnes qui n'ont pas la possibilité, la chance ou l'occasion de voyager aussi souvent et qui ont une idée un peu traditionnelle de l'autre pays. Il y a un gros effort à faire pour donner de la France une image moderne, peut-être plus technologique", d'un pays avec des technologies de pointe et pas seulement avec des produits de luxe et une culture. Puis de la même manière il faut donner de la Russie une image plus moderne, d'un pays avec une économie de marché dans laquelle il y a des entrepreneurs qui prennent toutes les initiatives.

Bien sûr, pour la partie culturelle, je suis moins inquiet parce que traditionnellement les rapports ont été bons. Quelquefois, là aussi, les rapports n'ont pas été actualisés. Ce qui compte, ce sont les créateurs d'aujourd'hui. C'est bien de révérer la culture classique, il faut continuer à le faire et ne pas perdre cet acquis. Mais il faut ajouter quelque chose, il faut que les créateurs d'aujourd'hui, en Russie, connaissent et voient les créateurs d'aujourd'hui en France. C'est très important et très fécond pour l'avenir, dans tous les domaines : c'est vrai en matière littéraire, cinématographique, théâtrale, d'arts plastiques, de peinture et d'architecture. (...)

Il faut qu'au-delà des rapports gouvernementaux, les sociétés civiles des deux pays aient, elles aussi, des contacts et qu'elles se rencontrent. C'est le cas maintenant pour les entreprises et pour le patronat. Le MEDEF a des rapports avec l'Union des Industriels et Entrepreneurs de Russie, les Chambres de commerce ont des rapports entre elles. On voit que cela se développe bien au niveau institutionnel dans le domaine des affaires et dans le domaine économique, il faudrait que ce soit la même chose entre les milieux juridiques, entre les avocats par exemple, et dans les milieux médicaux, entre les spécialistes de la biologie, de la bioéthique - un sujet contemporain très important pour l'évolution du monde. Il faut que les contacts se développent au niveau des gens qui décident dans ces domaines."


(Extrait de l'interview de M. Claude Blanchemaison, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République Française en Fédération de Russie, donnée à l'agence de presse RIA - Novosti, à l'occasion de la visite du président Poutine en France, du 12 au 14 février 2003)