Dossier : un attentat par jour dans le Nord Caucase russe, à moins de douze mois des J.O. de Sotchi (février 2013)
2013-02-07

A) Une présence russe de moins de deux siècles. B) Les attentats du territoire nord-caucasien (cités par les médias russes RIA Novosti et La Voix de la Russie). C) Un terrorisme changeant. D) Une lutte anti-terroriste changeante. E) Des résultats contrastés. F) La région de Sotchi cible privilégiée ?

A moins de 12 mois des Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi, ville aujourd'hui sur le territoire russe mais naguère sur le territoire abkhaze, les services russes agissent afin de sécuriser la région. Pourtant la vague d'attentats dans le Nord Caucase perdure.

A) Une présence russe de moins de deux siècles



La présence russe a été régulièrement contestée par la mosaïque de peuples qui s'étend du Daghestan à l'Adyghée, en passant par la Tchétchénie, l'Ingouchie, la Kabardino-Balkarie et la Karatchaevo-Tcherkessie. L'Ossétie du Nord a été, historiquement, un point d'appui pour la Russie.

De Chamil qui contesta la conquête par l'Empire russe au milieu du XIXème siècle aux émirs islamistes qui conteste aujourd'hui l'appartenance à la Fédération de Russie, ces peuples résistèrent aussi à la soviétisation (et le payèrent parfois cher).

Les Tchétchènes connurent deux périodes de relative indépendance, avant la première guerre qui les opposèrent à la Russie de 1994 à 1996 (1) et avant la seconde en 1999 (2).

Les faits démontrent que cette résistance s'est radicalisée avec l'implication islamiste.

Le 30 mars 2010, le journaliste français Alexandre Billette titrait sur RFI :

"La presse russe dénonce l'échec de la politique du Kremlin dans le Caucase"

(3).

B) Les attentats du territoire nord-caucasien



Après la Ière et la IIème guerres de Tchétchénie, après la normalisation engagée par Ramzan Kadyrov en 2007 -avec l'appui de Vladimir Poutine-, d'autres nations caucasiennes se sont embrasées (Ingouchie, Daghestan, Kabardino-Balkarie, ...). L'Ossétie du Nord, où stationne l'Etat-Major de l'armée russe pour la région, est la moins touchée.

"Les données officielles sur les attaques terroristes sont invérifiables et peu fiables, et les informations recueillies par les médias et les organisations non gouvernementales (ONG) ne peuvent rendre compte des attaques manquées ou déjoués et de tous les accrochages militaires. Cependant, il est clair que les embuscades et assassinats quotidiens, et en premier lieu les attentats suicides, font du Caucase du Nord la zone la plus « terrorisée » d'Europe et l'un des pôles de terrorisme les plus dangereux au monde" (4).

Par l'intermédiaire des médias russes (en l'occurence RIA Novosti et La Voix de la Russie), il est possible néanmoins d'en avoir une certaine idée :

I) [URL : 2705]



- [URL : 4251]
- [URL : 3816]
- [URL : 3817]
- [URL : 3477]
- [URL : 3476]
- [URL : 3005]
- [URL : 2971]
- [URL : 2570].

II) [URL : 2712]



- [URL : 4315]
- [URL : 4243]
- [URL : 4244]
- [URL : 4245]
- [URL : 4367]
- [URL : 3137]
- [URL : 3037]
- [URL : 2928]
- [URL : 2887]
- [URL : 2859]
- [URL : 2824]
- [URL : 2792]
- [URL : 2440].

III) [URL : 2710]



- [URL : 4319]
- [URL : 4247]
- [URL : 4369]
- [URL : 4248]
- [URL : 3041]
- [URL : 2886]
- [URL : 2856]
- [URL : 2791]
- [URL : 2701]
- [URL : 2315].


IV) [URL : 2709]



- [URL : 4316]
- [URL : 4246]
- [URL : 4368]
- [URL : 3814]
- [URL : 2549].

V) [URL : 2646]



- [URL : 4366]
- [URL : 4318]
- [URL : 2700]
- [URL : 2647]
- [URL : 1932].

VI) [URL : 2711]



"Loin d'être pacifiée, la Tchétchénie est aujourd'hui contrôlée avec une brutale efficacité par Ramzan Kadyrov, et le terrorisme est devenu un phénomène plus complexe sous l'effet de la profonde crise de gouvernance qui touche la région" (5).

- [URL : 4317]
- [URL : 4250]
- [URL : 3815]
- [URL : 4249]
- [URL : 3346]
- [URL : 2888]
- [URL : 2857]
- [URL : 2823]
- [URL : 2644]
- [URL : 2546].


C) Un terrorisme changeant



"Le gouvernement russe reconnaît l'escalade terroriste dans le Caucase du Nord, sans toutefois donner d'explication à cette tendance, et se contente de traiter les rebelles de « bandits » ou de « criminels » (Kadyrov privilégie le terme arabe de « shaitan »). Le discours officiel avance que le développement des réseaux terroristes est exclusivement imputable à des soutiens extérieurs. Dans ce contexte, les services de sécurité occidentaux sont d'ailleurs bien plus souvent cités qu'Al Quaida.

En réalité, les flux de financement étrangers de la deuxième guerre de Tchétchénie se sont pratiquement taris et aucun mouvement de fond correspondant à la flambée actuelle de violence n'a pu être constaté. Il est cependant indéniable que les rebelles n'éprouvent aucune difficulté à recruter,
ce qui compense leurs lourdes pertes, et que leur image de résistants luttant fièrement contre une force brute rencontre un écho favorable au sein de la population malgré la propagande des autorités
" (6).

D) Une lutte anti-terroriste changeante



"Ces quinze dernières années, le FSB (service de sécurité fédéral) et les autres organes de maintien de l'ordre ont acquis une solide expérience en matière d'anti-terrorisme. La propagande officielle présente l'image d'une série d'opérations efficaces qui anéantit les groupes terroristes le plus souvent sans faire de prisonniers. Les données recueillies par les ONG révèlent une tout autre réalité, celle d'un harcèlement permanent teinté de brutalité et d'incompétence.

...

Bien que les bases et les convois militaires soient souvent pris pour cible, l'armée s'est progressivement dégagée des opérations anti-terroristes au cours des deux dernières années.

...

La plupart des opérations anti-terroristes incombent à des
structures policières placées sous le contrôle du ministère de l'Intérieur qui subit lui aussi une réforme, moins radicale que celle de l'armée, mais qui pénalise sérieusement son fonctionnement.

Entre les unités de la police spéciale déployées dans le Nord-Caucase (comme les OMON, unités anti-émeutes), et les forces de police locales, le différentiel de performances est flagrant, et les tensions fréquentes. Cependant, il est de plus en plus difficile de maintenir la relève des forces spéciales en raison de la contestation qui enfle
dans leurs régions d'origine et du mécontentement des
professionnels, qui affrontent des risques exponentiels.

Quant à la police locale, elle contribue plus au problème qu'elle n'aide à le résoudre par les relations étroites qu'elle entretient avec les différents clans politiques se disputant le pouvoir
" (7).

Les méthodes de répression, dénoncées par les organismes internationaux depuis deux décennies, semblent perdurer :

-

[URL : 4320]

.

E) Des résultats contrastés



"Il ne fait aucun doute que de nombreux chefs rebelles ont été exterminés ces dernières années et que le nombre des pertes a augmenté parmi les terroristes/insurgés. Cependant, cela n'a ni affaibli leurs forces ni perturbé leurs instances dirigeantes (8).

Selon l'éditorial de "Gazeta.ru" du 10 septembre 2010, qui reste d'actualité début 2013 :

"En dix ans de remise en ordre dans le Caucase du Nord, le pouvoir russe n'a pas réussi à fondamentalement changer la tendance dans cette région : la géographie et l'ampleur des attentats terroristes de ces derniers mois contredisent tous les discours des autorités fédérales sur le fait que le Caucase serait en train de passer peu à peu d'une guerre terroriste latente à une amorce de développement économique".

F) La région de Sotchi cible privilégiée ?



"La région de Sotchi, qui accueillera les Jeux olympiques
d'hiver de 2014, a entrepris la construction de stades, d'hôtels et d'infrastructures. Seule l'Abkhazie devrait profiter de la manne que représente le financement, en grande partie à fonds perdus, de ce projet, ce qui provoque la jalousie de nombreux clans et d'élites « non invités ».

...

Vladimir Poutine s'est investi personnellement dans le mégaprojet olympique, dont la sécurité reste une question sensible. Sotchi est une cible de choix pour les terroristes. Il suffira donc peut-être de quelques mois avant qu'une attaque qui, même si limitée, sera très médiatisée, ne relance le débat sur le transfert des jeux dans un lieu plus sûr
" (9).

En attendant l'année 2012 a vu 326 attentats au Caucase du Nord en 366 jours ; le mois de janvier 2013 ne semble pas comptabiliser un meilleur score.

Il est probable que l'activité des services russes s'accentue en 2013, que l'information sur les attentats -et sa vérification- soient rendues encore plus difficiles afin de ne pas effrayer la communauté internationale.

Notes



(1) En novembre 1991, l'ex-général soviétique d'origine tchétchène Djokhar Doudaïev déclare l'indépendance de la Tchétchénie (Itchkérie). La langue russe et l'alphabet cyrillique sont abandonnés dans les écoles. Une monnaie nationale est décidée. En décembre 1995, l'armée russe envahit la Tchétchénie. Une guérilla tchétchène s'organise. Djokhar Doudaïev est tué le 21 avril 1996 : il aurait été atteint par 2 missiles alors qu'il utilisait un téléphone satellitaire.

(2) En janvier 1997, l'ex-colonel soviétique d'origine tchétchène Aslan Maskhadov est élu président de la Tchétchénie lors d'un scrutin contrôlé par les Nations Unies et l'OSCE. Le 12 mai 1997, il signe un traité de paix avec la Russie (Boris Eltsine). En octobre 1999, l'armée russe envahit à nouveau la Tchétchénie sous l'impulsion du Premier ministre (Vladimir Poutine). La guérilla tchétchène se scinde en plusieurs tendances, dont une tendance fondamentaliste dirigée par Chamil Bassaiev. Aslan Maskhadov est tué le 8 mars 2005 par les forces spéciales russes.

(3) En avril 2010, la presse russe dénonce l'échec de la politique du Kremlin dans le Caucase :

- [URL : http://www.rfi.fr/contenu/20100330-presse-russe-denonce-echec-politique-kremlin-le-caucase].

(4), (5), (6), (7), (8) et (9). Selon Pavel Baev, professeur à l'Institut de recherche sur la paix (PRIO) à Oslo, "Les mutations du terrorisme au Caucase du Nord", juillet 2011.

Sources relatives aux attentats



- Médias russes : RIA Novosti, La Voix de la Russie.

Pour en savoir plus



-

Les mutations du terrorisme au Caucase du Nord

(2011) par Pavel Baev :

[URL : http://www.ifri.org/?page=detail-contribution&id=6686],

-

[URL : 2727]

.