La tradition militaire géorgienne (XXe siècle)
2014-01-08

Introduction I) Allemagne II) Etats-Unis III) France IV) Pologne V) Russie tsariste et Russie soviétique VI) XXIème siècle VII) Notes Sources

Introduction



Depuis presque 30 siècles les Géorgiens se trouvent dans l'obligation de faire face à de multiples invasions, perses, mongoles, arabes, turques ou russes : ils se perfectionnent ainsi dans l'art de pratiquer la guerre. Tour à tour, l'Empire perse, l'Empire byzantin, l'Empire ottoman ou l'Empire russe, n'hésitent à faire appel à eux, parfois pour commander leurs troupes, souvent pour être en premières lignes. Lorsque l'histoire rend inexorable l'annexion provisoire de leur pays, ou l'exil lointain, les militaires géorgiens servent leur patrie d'accueil avec la même bravoure.

Après la Ière Guerre mondiale, l'invasion de la Géorgie par les armées de la Russie soviétique -en février 1921- est l'un des facteurs du renouveau de cette tradition au XXe siècle.

Les militaires géorgiens s'exilent en grand nombre en Turquie, en Pologne, en Allemagne, en France, voire en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, en Espagne ou en Iran. Certains restent en Géorgie et participent à l'insurrection nationale de 1924. D'autres s'intègrent à l'Armée rouge.

A partir des archives et documentations déjà rendues publiques, un bilan partiel peut en être établi (1).


I) Allemagne



L'Allemagne des années 1940 constitue pour les militaires géorgiens en exil un "casse-tête". Alliée de l'URSS durant un temps, elle pactise avec l'ennemi. Ensuite, adversaire de cet ennemi, elle devrait devenir fréquentable, pourtant par culture les Géorgiens sont peu attirés par les théories nazies.

Finalement, une petite minorité s'y rallie avec l'idée de "libérer la Géorgie de l'occupation soviétique", ainsi que plusieurs milliers de prisonniers de l'Armée rouge qui cherchent d'abord à échapper aux camps allemands.

I-a) Ière Guerre mondiale



- Léo Kéressélidzé (commandant de la Légion géorgienne de l'armée allemande en Turquie), etc ...,

I-b) IIème Guerre mondiale



- Chalva Maglakélidzé (colonel, commandant de la Légion géorgienne de l'armée allemande, sur le front Est), Guivi Gabliani, Guivi Korkia et les émigrés géorgiens en Allemagne en âge de porter les armes, etc ...,

- militaires de l'armée polonaise défaite par les Allemands, ayant accepté de se battre contre l'Armée rouge sur le front Est, dont Aleksander Koniaszwili (général), Dmitri Shalikashvili (capitaine, père de John "Malkhaz" Shalikashvili), etc ...,

- émigrés géorgiens en France, volontaires pour se battre contre l'Armée rouge afin de libérer la Géorgie, une centaine, dont Georges Béridzé, David Karistchirachvili, Solomon Zaldastanichvili, etc...,

- militaires de l'Armée rouge faits prisonniers par l'armée allemande, engagés pour échapper aux camps, envoyés sur les fronts Est et Ouest : plusieurs milliers dont capitaines Chilaschvili et Zereteli, lieutenants Lomatidze et Tkechelashvili, soldat Pétrashvili (795e Bataillon), officiers Bakradze et Kobiaschvili (799e Bataillon), etc...,

- [URL : 3569].

II) Etats-Unis



- John "Malkhaz" Shalikashvili (commandant en chef de l'OTAN, chef d'Etat-Major du président Clinton), etc...,

III) France



III-a) Ière Guerre mondiale



- Joseph Davrichachvili (dit Davri) : pilote de chasse,

- une unité russe envoyée en France par le tsar Nicolas II, (tranchées de Verdun) dont Michel Tsagarelli, etc...,

III-b) Entre deux-guerres et IIème Guerre mondiale



Malgré la présence du gouvernement de la Ière République en exil, la France n'est pas le pays le plus recherché par les militaires géorgiens professionels. Les candidats souhaitent conserver leur nationalité et intègrent la Légion étrangère. En 1939, la déclaration de guerre incite des "civils" d'origine géorgienne à s'engager dans l'armée française afin de défendre leur pays d'accueil.

- lieutenant-colonel Dimitri Amilakvari (mort au combat) et colonel Alexis Tchenkéli (Saint Cyriens),

- commandants Alexandre Kintzourichvili et Georges Odichélidzé (Légion étrangére), Nicolas Tokadzé (Aviation), Jean "Vano" Vatchnadzé (Légion étrangère),

- capitaine Chalikachvili (oncle de John "Malkhaz" Shalikashvili), commandant Toukneff Saïd Soultanoff (lieutenant de l'armée nationale géorgienne, Ecole d'application de Saumur), lieutenant Michel Pridon Tsouloukidze (colonel de l'armée nationale géorgienne), etc...,

III-c) IIème Guerre mondiale



- Bataillon géorgien de l'armée française, à Barcarès, commandé par Georges Odichélidzé (1940) : une centaine d'hommes, dont Evtiki Abouladzé, B. Barkalaia, etc ...,

- Légion étrangère : 22 émigrés géorgiens engagés pour la durée de la guerre,

- Engagés volontaires pour une période (1940 ou 1944) : Dimitri Datiachvili, David Davrichachvili, Othar et Georges Djakéli, Georges "Djamlet" Gvazava, David Karistchirachvili (1940), Georges "Grigol" Lomadzé, Alexandre Méliava, Chota Taktakichvili (mort au combat, en 1940), Georges Togonidzé, Achille Tsitsichvili de Panaskhet, etc ...,

- Résistance : militaires de l'Armée rouge faits prisonniers par l'armée allemande, engagés pour échapper aux camps, envoyés sur les fronts Est et Ouest, ayant rejoint les maquis français, plusieurs centaines, dont

.Cekvachvili, Gabachvili, Hatachvili, Othar Ichkhnéli Inaïchvili, Latsabidzé, Mitchinachvili, Oboladzé, Vakhtang Sekhniachvili (3), Tabagoua (1944, Castres) (4),

.Serge Tartaladzé (1944, Albi),

.Paul Chachiachvili (1944, Moselle),

.Ilia Dartchiachvili, David Ichélidzé, Simon Rotachvili (1944, Hénin-Liétard),

.Dathico Véronachvili (1944, Tulle),

.Ivané Abramidzé, Souliko Abouladzé, Ioseb Alikhanichvili, Grigol Djikhaïa, Eprem Ebralidzé, Niko Marguébadzé, Archil Mirianashvili, Abel Petriashvili, Ivané Tchkenkeli, (1943, Dordogne, fusillés par les Allemands) (5), (6), (7) et (8),

.Alimbarachvili, Choubidzé, Pétré Kitiaschvili, Makharadzé, Patarachvili (1944, Lot-et-Garonne),

.Ambrossachvili, Gvétadzé, Makharadzé (1944, Bon-Encontre),

etc ...

- 2ème Division blindée (général Leclerc Forces françaises libre) : Georges Tourkia, etc...,

- Ière armée (général de Lattre de Tassigny) : Akhaz Andronikachvili (lieutenant de l'armée nationale géorgienne, mort au combat en 1944), etc...

III-d) Indochine



Des légionnaires géorgiens se battent en Indochine, durant la IIème Guerre mondiale et après. Pour cette dernière période, ils se voient renforcés d'anciens soldats géorgiens de l'Armée rouge qui se sont engagés en France afin d'échapper au rapatriement obligatoire en URSS, ou de descendants d'émigrés des années 1920.

- Nicolas Théthradzé, Pétré Kvédélidzé, Charles Sébiskvéradzé.

III-e) Afrique du Nord



A partir de 1954, les descendants des émigrés des années 1920, nés durant les années 1930, sont mobilisés dans le cadre du service militaire obligatoire pour aller combattre en Afrique du Nord. Certains sont simples hommes de troupe, d'autres officiers après avoir suivi leur formation à Angers ou Cherchell (Algérie).

Peuvent être cités, en particulier, Georges Akhvlédiani, Alexis Kobakhidzé, Georges Kobakhidzé, Arséne Liadzé, Luc Méloua, Thamaz Naskidachvili, Charles Takaichvili.

IV) Pologne



Les militaires géorgiens en exil étaient volontaires pour rejoindre la Pologne d'entre-les-deux-guerres pour sa capacité à les accueillir et à les former, et pour sa volonté de résistance à la pression de la Russie soviétique.

- accueil de 48 officiers et de 42 cadets géorgiens à l'origine (1922), 108 officiers géorgiens formés dans les Ecoles militaires polonaises,

- généraux : Zakaria Bakradze (commandant en second de la 15e Division d'infanterie / mort accidentellement, 1938, Bydgoszcz), Aleksandre Chkheidze (commandant en second de la 16e Division d'infanterie / exécuté à Katyn par les Soviétiques, 1940), Ivane Kazbegi (mort au combat, Varsovie, 1944), Aleksandre Koniashvili (rejoint l'armée allemande / mort naturellement, 1955, Argentine), Kirile Kutateladze (mort naturellement, Varsovie, 1929), Aleksandre Zakariadze (mort naturellement, 1956, France),

- officiers de commandement pour la défense de Varsovie (1939) : Général major Artemi Aronishidze (Commandant du 63e Régiment d'infanterie, emprisonné et exécuté par les Soviétiques), Colonels Vladimir Makharadze (exécuté par les Soviétiques) et Valerian Tevzadze (rejoint la clandestinité et meurt naturellement en Pologne), Major Constantine Teriashvili (exécuté par les Soviétiques), Capitaine Nikoloz Matikishvili,

- officiers de commandement de la marine polonaise : Victor Lomidze, Jerzy Tumanishvili (croiseurs de guerre),

- officiers exécutés par les Soviétiques à Moscou (après transfert et séjour à la prison du NKVD, la Lubianka) (1940) : Alexander Kipiani, Mikheïl Rusiashvili, Alexander Tabidzé (en Pologne depuis 1919),

- officiers exécutés par les Soviétiques à Katyn (1940) : dont le Major Guiorgui Mamaladzé (sous le nom de Malinowski), le capitaine Archadéus Schirtladzé et beaucoup d'autres,

- officiers arrêtés par les Allemands : capitaines Geno Chundadze (tué au combat ou exécuté), Vitali Ugrekelidze (libéré après quelques mois),

- officiers : dont Aleksander Bagrationi, Michel Datiani, Dimitri Shalikashvili, Kukuri Tokadze, Louka Ugrekelidze, David Vatchnadze, avec une liste complète accessible à partir de la Note (9).

La Note (10) permet d'accéder à une vidéo retraçant l'histoire des officiers géorgiens en Pologne.

V) Russie tsariste et Russie soviétique



A la veille de la Ière Guerre mondiale, un général russe de la cour de Nicolas II déclarait avec humour qu'il y avait certainement plus d'officiers supérieurs en Géorgie que de soldats de 2ème classe !

V-a)

L'histoire de la Géorgie lui donne partiellement raison : constitué de principautés, le royaume géorgien fut à une certaine époque une monarchie élective à laquelle les différents princes postulaient. Une fois ce système révolu, les familles aristocratiques consacrèrent traditionnellement l'un de leur fils à l'art de la guerre. Après l'annexion russe, cette tradition se traduit par une présence renforcée de cadets géorgiens dans les Ecoles militaires de Saint Pétersbourg.

V-b)

Durant la Ière Guerre mondiale, sur le front de Pologne, le front de Crimée, le front ottoman, le front perse, le front extrême-oriental, voire le front français à Verdun, les officiers et les soldats géorgiens font partie des troupes impériales russes : ils appartiennent parfois à des régiments caucasiens, particulièrement redoutés de leurs adversaires.

V-c)

Durant la IIème Guerre mondiale, les troupes géorgiennes sont intégrées à l'Armée rouge, souvent en 1ère ligne comme les autres minorités ethniques : des estimations -non vérifiables- donnent 350 000 Géorgiens morts dans les combats entre 1941 et 1945.

VI) XXIème siècle



La tradition militaire nationale géorgienne perdure au XXIème siècle, même si en août 2008, la petite armée nationale géorgienne de 20 à 25 000 hommes, n'a pu faire face à une armée russe 5 à 10 fois supérieure en nombre, contrôlant l'espace aérien de combat et possédant le monopole des blindés.

En 2013, en Afghanistan, dans le cadre de l'OTAN, elle déployait encore un millier d'hommes, après l'avoir fait en Irak quelques années auparavant.

Par contre, la tradition militaire géorgienne en exil s'est peu à peu éteinte avec la fin de la guerre froide.

VII) Notes



(1) Les listes de militaires géorgiens ainsi constituées, ainsi que l'orthographe des noms, sont modifiables par la rédaction en cas d'erreur ou d'omission.

(2) Les listes d'émigrés d'origine géorgienne civils, ou leurs descendants, appelés en France en temps de guerre par mobilisation (ou en temps de paix pour leur service militaire) sont constituées à partir d'informations déjà rendues publiques : elles sont certainement incomplètes.

(3) [URL : 3573]

(4) Résistance dans le Tarn : "Les désertions continuèrent et furent très importantes, sur la garnison de Carmaux où le 4 août 101 Géorgiens rejoignirent, les rangs de la Résistance, juste avant la libération de Carmaux le 15 août 1944",

[URL : http://resistancecarmaux.monsite-orange.fr/].

(5) [URL : 5157].

(6) La Dordogne libérée du 19 au 22 août 1944 : "Ainsi la désertion des Géorgiens enrôlés dans l'armée hitlérienne se poursuit depuis le mois d'octobre 1943 et, en avril 1944, ce sont plusieurs centaines d'entre eux qui, en liaison avec la Résistance, ont déserté leur garnison de Périgueux".

[URL : http://www.anacr.com/htfr/0043.htm].

(7) Résistance, maquis et libération de la Dordogne : "04.03.1944. Mais au four de Marty, près de Bars, le détachement FTP affronte les GMR de Périgueux et de Limoges pendant 3 heures d'horloge. Des déserteurs géorgiens de la Wehrmacht participent à ce combat aux côtés des maquisards".

[URL : http://www.ww2-derniersecret.com/Aquitaine/24-2.html].

(8) Tamara Volkonskaïa, Princesse rouge, égérie des FTP du Limousin et du Périgord : "Sa mère, Natalia Cherwachidzé, était d'origine géorgienne, ce qui expliquerait les rapports privilégiés que Tamara entretiendra plus tard avec les Géorgiens passés à la résistance en Dordogne",

[URL : http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/des-hommes/tamara-volkonskaia%C2%A0%C2%AB%C2%A0princesse-rouge%C2%A0%C2%BB-egerie-des-ftp-du-limousin-et-du-perigord-8408].

(9) Voir la liste complète jusqu'en 1944 (langue polonaise) :

- [URL : http://www.youtube.com/watch?v=T2EkChubUCs&feature].

(10) Voir l'histoire jusqu'en 1944 (sous-titrée anglais, 56 minutes) :

- [URL : http://www.youtube.com/watch?v=K9COA1bunBs].


Sources



- Archives familiales

- Archives de l'Office des réfugiés géorgiens en France


- "Des Géorgiens pour la France" par Françoise et Révaz Nicoladzé, Editions L'Harmattan, Paris, 2007

- "Les combats indépendantistes des Caucasiens entre URSS et puissances occidentales. Le cas de la Géorgie (1921-1945)" par Georges Mamoulia, Editions L'Harmattan, Paris, 2009

- "The soldiers of Georgia in Poland (1923-1939)" by Dmitri Shalikashvili

- Résistance dans le Tarn, Jean-Pierre Prybylski

- Résistance, maquis et libération du département de la Dordogne, 4 juillet 2011

- Deux vidéos pré-citées sous Youtube, accessibles le 19 février 2013

- Mémoire Résistance-Déportation de la Dordogne, Jean-Paul Bedoin, novembre 2013
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