Bref apercu de la communauté russe en France (avril 2003)
2012-11-22

Les chiffres les plus couramment avancés font état de la présence en France de soixante mille à soixante-dix mille Russes, de souche et d'origine.

S'attachant aux représentants des différents flux migratoires ainsi qu'à leurs descendants (cinquante mille personnes environ), aux conjoints de mariages mixtes (dix mille personnes), ainsi qu'aux anciens réfugiés politiques (entre mille et deux mille personnes), cette estimation ne tient pas compte de l'émigration économique, souvent clandestine, de la "quatrième vague", ni des Russes venus en France dans le cadre d'études, de stages de formation ou de contrats de travail délivrés par des entreprises mixtes. Certainement très en-deçà du nombre réel, elle doit être considérée avec prudence.

L'histoire de l'émigration russe en France distingue plusieurs vagues, de nature essentiellement politique.
- Au lendemain de la Révolution de 1905, un premier flux se dessin, venant s'ajouter aux quinze mille aristocrates, écrivains et intellectuels fortunés (Tourgueniev, Marie Baschkirtsev...), installés en France à la fin du siècle dernier. En 1908, vingt-cinq mille émigrés politiques russes, de diverses tendances (dont Lénine), résident à Paris, essentiellement dans les treizième et quatorzième arrondissements.
- Les années 20 connaissent l'émigration la plus massive. Un million et demi de "Russes blancs" quittent la Russie, le plus souvent devant la poussée des armées rouges. Parmi eux, quatre cent mille personnes gagnent la France, notamment dans les années 23-24, chassés de leurs premiers pays d'accueil par la crise économique allemande et l'arrivée en Turquie de Mustapha Kémal.
Politique avant tout, cette émigration est également déterminée par les bouleversements économiques consécutifs à la Première Guerre Mondiale et à la Guerre Civile (désorganisation du commerce et de l'industrie, extrême difficulté du ravitaillement, paralysie des transports...). Ces circonstances expliquent le terrible dénuement matériel des émigrés.

Si les Russes blancs sont bientôt rejoints par un certain nombre d'intellectuels, hommes de lettres, scientifiques (Berdiaeff, Boulgakoff, Ossorguine, Chestov...), expulsés par le pouvoir soviétique ou volontairement exilés, les membres de l'armée (officiers issus de la noblesse ou soldats d'origine paysanne) constituent la part la plus importante de la population émigrée (le quart). Les militaires de carrière (cadets, généraux, cadres de différents régiments) seront très actifs au sein des associations de l'émigration. Cette forte présence de l'armée explique l'infériorité numérique des femmes (35 % seulement). Cinq à dix pour cents du clergé russe émigrent, ainsi que quatre mille nobles recensés, des enfants et des personnes âgées.

Numériquement peu importante (la présence russe en France à la veille de la Seconde Guerre Mondiale est évaluée à une centaine de milliers de personnes, représentant 3 % de la population étrangère), cette émigration se caractérise par son extrême hétérogénéité (toutes les couches sociales de la Russie prérévolutionnaire sont représentées) et son inégale répartition géographique. Une installation massive est observable dans le département de la Seine (notamment à Paris) où réside plus de la moitié des émigrés russes. Elle est plus faible dans quatre ou cinq départements (Seine-et-Oise, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Moselle...). On assiste surtout à une extraordinaire diffusion dans le reste du pays, puisqu'il n'existe pas de département dont les Russes soient absents durant les années 20-30.

Pour être la plus importante, cette vague migratoire n'est pas la dernière.
- Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, trente-huit mille personnes déplacées (travailleurs forcés réquisitionnés par les Allemands pour soutenir leur économie de guerre, prisonniers politiques, déserteurs souhaitant ne pas rentrer en URSS...) gagnent la France. Pour la première fois, l'émigration blanche se trouve en contact avec des Russes nés sous le régime communiste.
- Dans les années 70, se dessine un nouveau flux, avec l'arrivée d'émigrés politiques soviétiques : les fameux "dissidents". Composée essentiellement d'intellectuels, juifs pour un grand nombre, cette vague s'installera rarement en France de façon définitive. Elle se dirigera massivement vers les Etats-Unis et le Canada, consacrant le déclin de Paris comme capitale de l'émigration russe, au profit de l'Amérique, qui apparaît depuis la seconde moitié des années 40, comme un pôle plus attractif et plus dynamique.


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