Ilia Zdanevitch (1894-1975), éditeur et homme de lettres russe, dit Iliazd
2013-03-08

Ilia Zdanevitch naît le 21 avril 1894, dans une famille russe, à Tiflis.

La Russie : les études, le droit



En 1911, étudiant à l'Université de droit de Saint-Pétersbourg, il rejoint les cercles avant-gardistes.

En 1912, à Tiflis, avec Mikhaïl Le Dentu (1) et avec son frère Kirill Zdanevitch, il s'intéresse au peintre naïf géorgien Niko Pirosmanichvili (2), l'aide à exposer et à se faire connaître (3).

En 1914, il promeut la théorie « futuriste » -mouvement littéraire et artistique né en Italie- à Moscou avec l'un de ses partisans Filipo Marinetti.

Début 1917, après avoir obtenu sa licence en droit, il est engagé comme juriste à la Douma et rédige un temps des rapports pour le ministère de la Guerre dirigé par Kerenski.

La Géorgie : le mouvement futuriste



En mai, Il revient à Tiflis chez ses parents. Il participe à l'expédition archéologique du Professeur Evktimé Takhaïchvili (4), sur le territoire turc -rendu accessible par le recul des armée ottomanes- afin d'étudier les églises chrétiennes (5).

En novembre, de retour à Tiflis, il fonde avec les poètes Igor Terentiev et Alexei Kroutchonykh « la Compagnie du 41 degré », « l'Université du 41 degré » et « les Editions du 41 degré », la latitude de la capitale géorgienne étant le 41e degré.

De 1918 à fin 1920, emporté par le mouvement futuriste et la « zaoum » -sorte de poésie phonique-, il édite une quinzaine d'œuvres.

En février 1921, l'Armée rouge envahit la Géorgie, après avoir envahi l'Azerbaïdjan et l'Arménie. En octobre, Il obtient son visa, gagne d'abord Constantinople, puis Paris.

L'exil en France : des débuts difficiles



Selon Régis Gayraud : Il arrive à Paris en novembre, retrouve ses « parents et amis », se lie au « dadaisme », organise des conférences, fonde le groupe Tcherez … Mais très vite, viennent les déceptions et désillusions : « J'ai trouvé ici ce que je comptais ne pas trouver. Le milieu artistique, par lequel j'ai été si fortement attiré, est décoloré et impuissant. Le modernisme dans l'art, pour lequel j'ai combattu toute ma vie, a évolué, s'est transformé en nouvel académisme, en art sec et cellulaire. Il n'y a ici ni gens frais, ni idées nouvelles … » écrit-il à un ami en 1921 (6).

Iliazd œuvre dans les tissus et la mode, de 1922 à 1936 avec Sonia Delaunay, de 1927 à 1935 avec Coco Chanel (dirige même une de ses usines) et jusqu'en 1948 avec François Victor-Hugo connu chez Chanel.

L'œuvre : édition



De 1923 à 1974, il édite 25 livres (avec gravures ou eaux-fortes), au « 41 degré », illustrés par les artistes majeurs de l'art moderne, dont

- 1923 : « Le Dentu le Phare » (dernier de ses livres futuristes) ,
- 1940 : Premier d'une série de 9 ouvrages illustrés par Picasso,
- 1949 : « Poésie de mots inconnus » (anthologie de poésie phonétique illustrée par Picasso, Chagall, Matisse, Ernst, Giacometti, Miró),
- 1965 : « Maximiliana » (hommage à l'astronome Tempel, illustré par Max Ernst),
- 1968 : « Hommage à Lacourière » (illustré par treize artistes),
- 1974 : « Le Courtisan grotesque » (texte d'Adrian de Monluc, gravures de Joan Miró).

Selon le Commissaire de l'exposition "Iliazd" des 26, 27 et 28 novembre 2010 à Paris : Ses recherches sur le livre sont la partie émergée de sa vie, comme le point d'orgue qui en résumerait l'essentiel. Il désorganise les règles typographiques, utilise le Gill, typographie droite industrielle. La graphie devient oeuvre à part entière intégrant le travail de l'artiste, mélangeant les supports pour une vision globale de la page. Tout concourt à un art visuel et sonore. La page s'équilibre, se structure comme un tableau. Le livre devient une installation où tout se met en oeuvre, comme chez Duchamp ou Beuys. Iliazd sait théoriser, créer, synthétiser en un seul point, ici le livre (6).

Diffusées en petit nombre d'exemplaires, ses éditions sont recherchés aujourd'hui et conservés dans les bibliothèques des musées et des universités.

L'oeuvre : l'écriture



Parmi les oeuvres écrites par Iliazd et traduites en français, peuvent être citées,

-1987 : « Le Ravissement », traduction Régis Gayraud, Alinéa,
-1990 : « Lettres à Morgan Philips Price », traduction Régis Gayraud, Clémence-Hiver,
-1990 : « La Lettre », traduction André Markowicz, Clémence-Hiver,
-1990 : « Sentence sans paroles », traduction André Markowicz, Clémence-Hiver,
-1995 : « Nathalie Gontcharova-Mikhaïl Larionov », traduction Régis Gayraud, Clémence-Hiver,
- 1995 : « Le Dentu le phare » suivi de « Promenade autour de Le Dentu le Phare » par Régis Gayraud, Allia, 1995.

L'homme



Plusieurs vies s'entrelacent : ethnologue, historien, archéologue, géographe, philologue, mathématicien, créateur de tissus. Vies traversées par l'écriture, comme juriste, journaliste, romancier, poète, créateur de langue, typographe (8).

Il participe à l'organisation des Bals et de soirées russes de Montparnasse qui réunissent l'ensemble du milieu artistique de l'entre-deux-guerres.

Il se lie d'amitié avec Coco Channel, qui deviendra la marraine de sa fille.

Il épouse, en 1968, Hélène Douard, à Vallauris : Picasso est leur témoin.

S'il vit au Quartier Latin à Paris, il réside le plus souvent possible dans le Haut-Var, à Trigance, dont il compare volontiers les paysages à ceux de son enfance. Il s'y enracine au point de mener des recherches sur l'histoire médiévale de la région et sa vie traditionnelle.

Il est aussi un spécialiste des églises byzantines , qu'il arpente en Géorgie, en Turquie, en Grèce et en Crète, et dont il parle dans les congrès internationaux : en 1931, il retrouve le Professeur Evktimé Takhaichvili, lui-même en exil, lors d'un congrès au Musée des Arts décoratifs de Paris.

Iiazd a considéré toute sa vie la Géorgie comme sa terre natale : il est inhumé en 1975 dans le « carré géorgien » du cimetière de Leuville-sur-Orge (9), terre d'accueil des sépultures de plus de 500 émigrés géorgiens des années 1920.

Notes



(1) Mikhaïl Vassilievitch Le Dentu (1891-1917), peintre et théoricien russe de la « toutité » dans les arts plastiques, est mort de retour du front, dans un accident de chemin de fer.

(2)

[URL : 2559]

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(3) La disparition des oeuvres de Pirosmani eut été probable sans les frères Zdanevitch et Le Dentu : la collection constituée est aujourd'hui dispersée entre les musées géorgiens et russes.

(4)

[URL : 2082]

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(5) Iliazd a laissé en a laissé un récit « l'ascension du mont Katchar » initialement destiné à devenir le douzième chapitre d'une œuvre plus complète « Le Gurdjistan occidental ; les bilans et les jours du voyage d'Ilia Zdanecitch en 1917 ».

(6) « Lettres à Morgan Philips Price ».

(7) et (8) 13e édition de l'expositions « Pages », les 25, 26 et 27 novembre 2010, à l'Espace Charenton, 75 012, consacrée à « Iliazd ».

(9) Ilia Zdanevitch repose avec Ronke Akinsemoyin Zdanevitch (1919-1945), dans la tombe numéro 550 selon le plan établi par Luc Méloua en 2005, entre la tombe de Nestor Kvartskava et celle d'Alexandre Kintzourichvili. Voir

[URL : 1646]

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