Les années 20 : un extraordinaire dynamisme associatif russe en France (avril 2003)
2012-11-22

La première génération d'émigrés russes s'est caractérisée par une intense activité associative.

Ce dynamisme trouve une première explication dans la nature politique de cette émigration. Ainsi que l'écrit Catherine Gousseff , les Russes blancs sont des "réfugiés politiques qui, par leur exil, ont témoigné leur hostilité au pouvoir soviétique, rompant ainsi les liens avec leur pays. Les émigrés, considérant comme illégal le nouveau régime instauré en Russie et s'inquiétant des transformations radicales qu'il opère dans la société, prétendent sauvegarder les valeurs spirituelles, morales et culturelles russes et représenter ainsi en exil la "Russie éternelle" .

Durant près de vingt ans, ils envisageront leur émigration comme temporaire et s'efforceront de préparer le retour des jeunes générations dans leur pays d'origine en leur transmettant leur langue, leurs traditions, leurs valeurs et leur foi. Loin d'être un mythe, l'image de l'émigré russe assis sur ses valises a été une réalité vécue jusqu'au début des années 40. Cette intense activité associative se manifesta dans de nombreux domaines.

Croix Rouge Russe et Zemgor



Elle s'est traduite d'abord par la création de plusieurs associations philanthropiques. Les deux plus importantes étaient la Société de la Croix Rouge Russe et le Zemgor. La première, reconstituée à Paris en 1921 après avoir été interdite en Russie par le gouvernement communiste, a été à l'origine de la fondation de centres d'accueil, d'établissements médicaux et sociaux (hospices pour invalides, centres de convalescence, asile de nuit, cabinets dentaires...), de maisons de retraite, de crèches, etc. Le second se soucia surtout de la formation professionnelle et du placement des jeunes émigrés. Il mit en place, pour ce faire, différents établissements d'enseignement et octroya des bourses d'études. D'autres participèrent à cette action d'entraide.

Associations professionnelles



Témoignant d'une même volonté de favoriser le développement en France d'une société russe autonome, les associations professionnelles ont été également nombreuses. Certaines d'entre elles, afin de favoriser l'insertion de leurs membres dans la vie professionnelle française, ont regroupé des personnes exerçant la même profession en France. Ce fut le cas, par exemple, de l'Union Générale des Chauffeurs Russes. La plupart de ces structures rassemblaient des Russes de même formation qui n'avaient pas pu faire valoir leurs diplômes en exil. Ils trouvaient au sein de ces organismes une aide matérielle et un soutien moral qui les aidaient souvent à supporter leur récent déclassement social. Ces associations avaient aussi pour objectif, dans la perspective du retour, de former parmi la jeunesse émigrée les cadres de la Russie future.

Associations militaires



Les associations militaires, dont le but était de préserver les structures et les valeurs de l'armée (discipline, formation militaire, patriotisme, fidélité au tsar...), afin d'être prêts le moment venu pour reconquérir la Russie, furent plus d'une centaine. Lieux de rencontres et de convivialité, elles permettaient aussi aux anciens cadres militaires de se retrouver et de se soutenir moralement et matériellement.

Associations cultuelles



Très attachés à l'orthodoxie (qui participait en outre à l'affirmation de leur opposition au régime soviétique), les Russes de France créèrent de nombreuses associations cultuelles. Auprès de chaque église étaient organisés des chorales et des cours de langue et de civilisation russes. Outre le fait que l'émigration vint très vite à manquer de prêtres (le clergé russe ayant peu émigré), la création de l'Institut Saint Serge en 1924 témoigne de la ferveur religieuse de la communauté. Celle-ci doit en partie à son enseignement théologique la perpétuation en exil de la religion orthodoxe. L'Action Chrétienne des Etudiants Orthodoxes (ACER), fondée à Paris en 1926, a également joué un rôle important dans la vie spirituelle des émigrés. Sous l'égide de l'organisation américaine YMCA (l'Union Chrétienne des Jeunes Gens), elle s'est consacrée à l'édition et à l'envoi d'ouvrages religieux aux étudiants russes de l'Union. Disposant d'un lieu de culte, d'un cercle d'études sur la Russie et d'un cercle de culture russe, d'une cantine, d'un foyer et de camps de vacances, elle a étendu largement le champ de ses activités, confiant à l'un de ses départements, "l'Aide aux croyants d'URSS" , le soin d'envoyer sur place des livres saints et une importante aide matérielle.

Associations de jeunesse



Pour achever cette présentation des activités associatives de la communauté russe des années 20, il convient enfin d'évoquer les associations de jeunesse, dont l'objectif commun était l'éducation et la transmission aux jeunes générations du patrimoine culturel et spirituel de leurs aînés. Parmi les plus importantes figurent l'association des Sokol, très attachée aux activités sportives, et surtout gymniques, les Eclaireurs, les Scouts Russes, installés en France depuis le début des années 20, et les Vitiaz, créés en 1934 par un ancien dirigeant de la section de jeunes de l'ACER. Toutes ces associations organisaient durant l'été des camps de vacances pendant lesquels les jeunes Russes (à des degrés divers selon les organisations) se pliaient à une discipline rigoureuse et recevaient un enseignement fondé sur le respect de la patrie et des valeurs de la foi.

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Cette situation laisse transparaître la volonté de la première émigration de reconstituer les structures de la société russe prérévolutionnaire et d'en préserver les valeurs. Organisée de la sorte, la communauté put vivre au sein d'un monde clos sans se soucier de son intégration à la société française.

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