Les Offices de réfugiés arméniens en France (1925 à 1952)
2013-02-14

Dualité de la représentation des réfugiés arméniens



Suite à la disparition de l'Etat arménien, les anciens membres de la Délégation nationale arménienne à la Conférence de la Paix de Lausanne informe le 31 janvier 1925 qu'ils mettent fin à leur mission. Ils précisent qu'ils confient la question des réfugiés au "Comité central des réfugiés arméniens", constitué à cet effet à Paris (56 rue du Faubourg Saint Antoine) avec à sa tête Archag Tchobanian et Léon Pachalian.

La Délégation de la République d'Arménie crée en 1926 un "Office central des réfugiés arméniens" à Paris (71 avenue Kléber) -coiffant en particulier un office à Marseille- avec à sa tête M. Aharonian (1926-1934), puis Alexandre Khatissian (1934-1945).

Ces deux annonces anticipent le dispositif international de création d'office de réfugiés (Haut Commissariat de la Société des Nations, Genève, 1928) (1) et son application nationale (Présidence de la République, Paris, 11 janvier 1930).

Cette double représentation est considérée par les autorités françaises comme la conséquence de la double territorialité, ottomane (Comité du Faubourg Saint Antoine) et russe (Office central de l'avenue Kléber) : à défaut d'archives complètes, les historiens font l'hypothèse qu'un tel cloisonnement n'était pas respecté à la lettre (2) et que la différenciation s'est estompée avec le temps.

Une dualité non-exempte d'ambitions politiques



Par ailleurs les activités politiques du Comité du Faubourg Saint Antoine l'amenènt à se dédoubler en "Comité" et en "Office" distincts -quitte à conserver la même adresse- comme la Délégation de la République d'Arménie s'était dédoublée de son "Office" afin de séparer ses missions.

Une dualité supprimée par Vichy



En 1942, le régime de Vichy met d'accord les deux parties en dissolvant les Offices de réfugiés et en créant à Paris une délégation pour les territoires occupés du Bureau des apatrides.

Elle comporte une section arménienne unique avec Jiraïr Artinian (issu des rangs du Comité du Faubourg Saint Antoine) et Astrig Arakélian (issu des rangs de l'Office central de l'avenue Kléber).

Un Office des réfugiés arméniens unique



En 1945, lorsque les autorités françaises rétablissent l'existence légale des Offices de réfugiés, donc d'un Office central des réfugiés arméniens unique, une personnalité peu engagée est choisie, Mentor Bounitian, un Arménien de Géorgie, ancien professeur d'économie à l'Institut polytechnique de Tiflis. Il fait appel à Jiraïr Artinian et à Astrig Arakélian à Paris, à Toross Guédiguian à Marseille.

L'un des mérites de cet Office unique est d'avoir pu faire dénombrer les réfugiés arméniens résidant en France : ils auraient été :

- de 76 000 en 1946,

- de 85 000 (dont 40 000 naturalisés et enfants nés français) en 1950.

En 1952, lorsque l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) est créé, ils y sont intégrés.

Notes



(1) Selon le dispositif créé par le Haut-Commissariat de la Société des Nations, les Offices de réfugiés perçoivent le produit du timbre Nansen -apposé sur les certificats de voyage et les cartes de séjour afin de couvrir leur frais de fonctionnement.

(2) Alors qu'il était supposé traiter des réfugiés nés sur le territoire russe, l'Office central de l'avenue Kléber a laissé son antenne de Marseille traiter essentiellement de réfugiés nés sur le territoire otooman (selon les rares archives sauvergardées de l'époque).

Source : travaux de recherche et thèse d'A. Kunth (EHESS).

Voir aussi



- [URL : 4402].