Russie : analyse du risque économique par la COFACE (2013)
2013-12-04

Points forts :
- Abondantes ressources naturelles (pétrole, gaz et métaux)
- Main d'œuvre qualifiée
- Faible endettement public et réserves de change confortables
- Puissance régionale et énergétique affirmée.

Points faibles :
- Accentuation du caractère rentier de l'économie
- Manque de compétitivité du secteur industriel
- Secteur bancaire privé fragile
- Faiblesse des infrastructures
- Démographie déclinante
- Lacunes persistantes dans l'environnement des affaires.



Une croissance ralentie mais qui résiste grâce au maintien des cours du brut



La croissance a ralenti en 2012 et cette tendance devrait se poursuivre en 2013, l'économie russe résistant toutefois bien dans un contexte économique international déprimé. La consommation privée, principal moteur de la croissance, restera soutenue par la progression des salaires favorisée par un chômage peu élevé, mais sera contrainte par l'accélération de l'inflation et une politique budgétaire moins expansionniste. La production agricole a été affectée par la sécheresse mais devrait, avec le secteur agro-alimentaire, rester porteur (huiles, produits laitiers). La production industrielle souffre de la baisse de la demande des principaux partenaires de la Russie (Union Européenne, Chine). Le secteur automobile devrait toutefois bénéficier des partenariats avec les producteurs européens (Renault, Volkswagen). L'investissement sera freiné par la baisse des profits des entreprises liée à hausse des coûts de production et une sélectivité accrue dans l'octroi des crédits. Les exportations de pétrole devraient continuer à bénéficier du maintien de cours élevés mais la tendance baissière du prix du gaz défavorisera l'économie russe.

La pression inflationniste s'accentue sous l'effet du renchérissement des biens alimentaires (près de 40% du panier des ménages) et de la hausse des tarifs des services publics (énergie). Le relèvement du taux de refinancement de Banque centrale (BCR) mi-septembre (à 8,25%) ne sera pas suffisant pour contenir la hausse des prix qui devrait dépasser la « cible » de 6%. De nouvelles hausses de taux ne sont pas exclues en 2013, mais dans des proportions limitées, pour en limiter l'impact sur la croissance.

Les soldes budgétaire et courant très dépendants des cours du pétrole



Le solde budgétaire devrait rester légèrement déficitaire en 2013 compte tenu de l'impact sur les recettes pétrolières (50% des revenus) de la baisse attendue de la production. Les dépenses resteront ciblées sur la défense, les salaires et les retraites. Une évolution moins favorable du cours du pétrole creuserait davantage le déficit. Toutefois, les finances publiques russes restent solides avec une dette publique inférieure à 10% du PIB, laissant une marge de manœuvre, au moins à court terme, au gouvernement.

Les exportations russes sont également largement dominées par le pétrole et le gaz (2/3 des revenus d'exportation) et permettent au pays d'enregistrer un excédent courant. Mais le ralentissement de la demande des pays de la zone européenne, conjugué à la progression des importations tirées par la consommation des ménages, conduit à une érosion de ce solde. La progression des IDE est entravée par un climat des affaires peu propice et des restrictions imposées dans des secteurs qualifiés de « stratégiques ».

Les sorties de capitaux, en repli par rapport à 2011, restent conséquentes en 2012 (70 Mds $) et devraient se poursuivre en 2013 mais à un rythme moins soutenu, allégeant les pressions à la baisse sur le rouble (sous réserve du maintien du prix du pétrole).

La volatilité du cours de change pourrait en revanche être renforcée, la BCR privilégiant la lutte contre l'inflation aux dépens de la stabilisation du rouble dans la perspective de l'introduction d'un système de taux flottant en 2015.

Un contexte social et politique tendu et un environnement des affaires déficient



Les scrutins législatif de 2011 et présidentiel de 2012 ont été l'occasion d'importants mouvements par lesquels les jeunes et les classes moyennes ont exprimé leur mécontentement face à la montée des inégalités et aux lacunes persistantes de l'environnement des affaires. Mais cette opposition peine à s'exprimer.

L'introduction en 2012 de nouvelles lois limitant les manifestations (réprimées par des amendes) et plaçant sous contrôle les ONG bénéficiant de financements étrangers (USAID a été contrainte de cesser ses activités en Russie) sont autant de signes. La situation économique permet à l'Etat de distribuer des prestations sociales qui limitent les revendications, mais les attentes de la classe moyenne restent fortes notamment en matière de lutte contre la corruption et de liberté d'expression. Si la mise en œuvre des réformes structurelles promises par Vladimir Poutine tarde, le climat social pourrait se détériorer.

La faiblesse du cadre légal et de la protection des droits de propriété freine l'investissement. La gouvernance souffre d'un manque de transparence des entreprises (notamment en termes d'actionnariat). La corruption est répandue, valant à la Russie d'être classée au 133ème rang (sur 176) selon l'indice de perception de la corruption de Transparency International. L'accession de la Russie à l'OMC en août, pourrait toutefois contribuer à améliorer l'environnement des affaires.

Pour en savoir plus



[URL : http://www.coface.fr/CofacePortal/FR_fr_FR/pages/home/os/risks_home/risques_pays/fiche/Russie?extraUid=571925].