Biélorussie : analyse du risque économique par la COFACE (2013)
2013-03-07

Points forts :
- Position stratégique entre l'Europe et la Russie
- Main d'œuvre qualifiée et infrastructures de qualité
- Taux de pauvreté le plus bas parmi les pays de la CEI.

Points faibles :
- Economie très contrôlée par l'Etat et faible avancée des réformes
- Déficits courants structurellement élevés
- Risque de crise de liquidité
- Forte dépendance économique et financière à l'égard de la Russie (30% des exportations, 60% des importations).


Une croissance ralentie par l'ajustement macroéconomique



La croissance a fortement ralenti en 2012 sous l'effet de l'impact de la contraction économique dans la zone euro et d'une croissance moins vive en Russie. L'activité devrait être plus soutenue en 2013, tirée par une consommation privée encouragée par des hausses de salaires, une reprise de l'investissement et de la construction. Les productions agricole (céréales, lait) et industrielles continueront à progresser.

Les tensions inflationnistes ont été fortes en 2012, alimentées par la hausse des tarifs administrés (électricité), du prix des biens alimentaires importés mais également par le maintien d'une politique monétaire accommodante (la Banque centrale a réduit son taux de 45% à 30% courant 2012). Bien qu'en net ralentissement, l'inflation restera élevée en 2013, entretenue par la consommation interne. La compétitivité-prix du secteur exportateur en sera affectée et la contribution des exportations nettes à la croissance demeurera négative.

Un déficit budgétaire maîtrisé mais un solde courant qui se détériore



Pour maîtriser les dépenses sans renoncer à la hausse salaires (30% en 2012), le gouvernement réduit les dépenses d'investissement. La baisse des recettes, liée au ralentissement de l'activité, a abouti à un léger déficit en 2012 qui persistera en 2013. Le besoin de financement de l'Etat n'est pas totalement couvert par le prêt de 3 Mds $ consenti par la Communauté Economique Eurasienne (EURASEC). Les négociations avec le FMI pour l'octroi d'une nouvelle aide n'ont pas abouti, faute d'engagement suffisant sur des réformes structurelles. La dette publique, qui avait presque doublé suite à la dévaluation de 2011, s'est nettement réduite en 2012 et devrait se stabiliser en 2013. Toutefois, sa part libellée en devise augmentera fortement, entretenant le risque de défaut en cas de nouvelle dépréciation du rouble.

Le déficit courant enregistré en 2012 s'accentuera légèrement en 2013. La Biélorussie importe du pétrole et du gaz russe dont les prix sont subventionnés et le réexporte en Europe. L'augmentation du prix du gaz annoncée par la Russie (12% en 2013) alourdira la facture des importations dont le volume progressera également, sous l'effet de l'augmentation de la demande intérieure. En outre, les ventes de minerais et de métaux (40% des exportations) continueront à être handicapées par une croissance moins vive en Russie et le ralentissement dans la zone euro, creusant le déficit courant.

Les IDE nets resteront faibles compte tenu d'une situation politique et d'un environnement des affaires peu attrayants.
Le niveau des réserves de la Banque centrale est extrêmement faible (1 mois d'importation), exposant le pays à un risque de liquidité significatif. Le secteur bancaire a été fragilisé par la dévaluation et la crise financière. Il reste très vulnérable à une dégradation de la situation économique qui accroîtrait les créances douteuses et pèserait sur la solvabilité des banques.

Dépendance grandissante vis-à-vis de la Russie et fragilité politique



La Biélorussie apparaît de plus en plus isolée et dépendante de la Russie. Les sanctions économiques imposées par l'UE et les Etats-Unis seront maintenues tant qu'aucune ouverture politique ne sera amorcée par le régime d'A. Loukachenko. Malgré l'attachement du Président Loukachenko à la souveraineté de son pays vis-à-vis de la Russie, l'intégration économique entre les deux pays se renforce significativement. La Biélorussie est très dépendante de la Russie, pour ses achats d'hydrocarbures et l'assistance financière, mais aussi par la participation des entreprises russes dans l'économie. Gazprom, depuis le rachat de 50% du capital de Beltransgaz (condition pour que la Biélorussie continue à bénéficier des prix subventionnés de gaz), en est désormais l'unique actionnaire et les entreprises russes entendent bien profiter du programme de privatisation d'actifs publics, prévu en 2013.

Les élections législatives de septembre 2012, boycottées par une grande partie de l'opposition (qui n'est donc pas représentée au Parlement) ont été jugées « ni libres ni impartiales » par les observateurs occidentaux. Les leaders de l'opposition, qui demeure affaiblie, se sont expatriés à l'étranger. Mais une aggravation de la situation économique qui remettrait en cause les hausses de salaires et des prestations sociales, favorisant actuellement une relative stabilité sociale, pourrait déclencher des mouvements de mécontentement, faisant toujours craindre une violente répression.

Pour en savoir plus



[URL : http://www.coface.fr/CofacePortal/FR_fr_FR/pages/home/os/risks_home/risques_pays/fiche/Biélorussie?extraUid=698187].