Moldavie : analyse du risque économique par la COFACE (2013)
2013-03-07

Points forts :
- Soutien de la communauté financière internationale
- Renforcement des relations avec l'UE
- Petite économie ouverte qui attire les investissements étrangers.

Points faibles :
- Forte émigration et contraction de la population
- Dépendance à l'égard des transferts des travailleurs expatriés
- Instabilité politique et tensions sociales.

Une croissance tributaire de l'environnement extérieur



La croissance devrait repartir en 2013, malgré la baisse de la production agricole, conséquence de l'importante sécheresse qu'a connue le pays à l'été 2012.

L'activité sera soutenue par la reprise de l'économie dans les pays partenaires de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), et l'investissement dans les infrastructures. Par ailleurs, la demande devrait être soutenue par la résilience des salaires, la baisse du chômage et la hausse du crédit. En effet, afin de faire face au ralentissement de l'activité et de l'inflation, les autorités monétaires ont baissé le taux d'intérêt directeur de deux points de pourcentage à deux reprises en 2012 (une première fois en janvier faisant passer le taux d'intérêt de 8,5% à 6,5%, puis en février 2012, portant ainsi le taux directeur à 4,5%). Toutefois, la conjoncture moldave est très sensible à une détérioration de l'environnement économique extérieur. Une intensification de la crise européenne pourrait entrainer un ralentissement de la croissance étant donné la dépendance de l'économie aux transferts de migrants (qui représentent entre un cinquième et un quart du PIB du pays), aux exportations et aux entrées de capitaux.

En raison de la baisse du prix des matières premières et d'une croissance économique encore modeste, l'inflation devrait rester proche de 5%. Le chiffre prévu pour 2013 entre dans les bornes de fluctuations fixées par la Banque Nationale de Moldavie (3,5%-6,5%).

Une légère baisse des déficits budgétaire et courant



La consolidation budgétaire entreprise avec le FMI s'est poursuivie en 2012, permettant une baisse du déficit budgétaire. Toutefois, en raison de la réduction des recettes fiscales (croissance faible, problème de collecte de la TVA…) et des dépenses supérieures à l'objectif fixé (la municipalité de Chisinau a approuvé un budget qui a fait presque doubler le déficit budgétaire global), la cible fixée ne sera pas atteinte. Néanmoins, les autorités ont renouvelé leur engagement de prudence budgétaire.

En 2013, les dépenses seront encore en partie financées par la Facilité élargie de crédit négociée avec le FMI (FEC 2010-2013). En outre, la légère reprise économique devrait donner plus de latitude aux autorités pour resserrer leur politique budgétaire, permettant ainsi de réduire la dette publique en dessous de 21%.

En 2013, le leu moldave devrait encore se déprécier légèrement par rapport à l'euro (comme en 2012), étant donné le déficit courant toujours élevé et la politique de taux d'intérêt faible menée par la Banque Nationale de Moldavie.

Cette dépréciation devrait profiter aux exportations.
Toutefois, on devrait enregistrer une hausse plus rapide des importations de biens et services que des exportations, ce qui entraînera un creusement du déficit de la balance commerciale et de la balance des services. Cet effet sera compensé par la hausse de l'excédent de la balance des revenus et par l'augmentation des transferts des migrants. Ainsi le déficit courant devrait légèrement se résorber en 2013 mais rester à un niveau très élevé.

Une amélioration des indicateurs bancaires malgré la politique de prêts risquée de la BEM



Les indicateurs relatifs au secteur bancaire se sont renforcés en 2011. Les banques moldaves sont liquides, bien capitalisées et enregistrent de nets profits. Au premier trimestre 2012 le rendement des actifs (ROA) s'élevait à 2,9% contre 1,8% un an plus tôt. Toutefois, la stabilité du système est mise en danger par la mauvaise gouvernance de la banque d'Etat, la Banca de Economii (BEM). En effet, la banque, qui détient 13% du total des actifs du secteur, a mené une politique de prêts risquée, entrainant une nette augmentation du taux de créances douteuses (15,3% en juin 2012). Le nouveau conseil d'administration de la banque et les autorités monétaires souhaitent s'assurer que la BEM nettoie son portefeuille d'actifs et améliore sa gestion des risques. Une recapitalisation de la banque pourrait être envisagée en dernier recours.

Un risque politique latent



En mars 2012, le parlement est enfin parvenu à élire un président, Nicolae Timofti, après presque deux ans et demi d'intérim politique. Ceci a ouvert la voie à un processus de normalisation et de stabilisation politique. Toutefois, la concurrence au sein même de la coalition au pouvoir pourrait ralentir le processus de réformes. Par ailleurs, avec la politique budgétaire restrictive du gouvernement, le risque de tensions sociales s'accroit.

Sur le plan régional, l'intégration au sein de l'Union Européenne est un objectif de la coalition au pouvoir, l'Alliance pour l'Intégration Européenne (AIE). En février 2012, des négociations se sont ouvertes entre l'Union Européenne et la Moldavie sur un accord de libre-échange. Le gouvernement espère que ces négociations ouvriront la voie à un accord d'association. A long terme, le processus d'intégration européenne dépend toujours de la résolution du conflit sur la Transnistrie.

Par ailleurs, la Russie a proposé à la Moldavie l'ouverture de discussions sur les prix du gaz et l'allégement de la dette (4,1 milliards USD), mais à condition que la Moldavie renonce à sa participation à l'accord de la Communauté énergétique de l'Europe.

Enfin, l'amélioration de la gouvernance et la lutte contre la corruption demeurent des enjeux cruciaux pour le pays. Selon le dernier classement Banque mondiale publié en 2012, le pays se situe, en effet, à la 141e position sur 210 quant à la qualité de la réglementation et à la 146e position en matière de corruption (soit derrière ses voisins d'Europe centrale, Roumanie, Bulgarie, République Tchèque).

Pour en savoir plus



[URL : http://www.coface.fr/CofacePortal/FR_fr_FR/pages/home/os/risks_home/risques_pays/fiche/Moldavie?extraUid=571894].