Tadjikistan : analyse du risque économique par la COFACE (2013)
2013-03-07

Points forts :
- Soutien financier des bailleurs de fonds internationaux multilatéraux et de la Chine
- Important potentiel hydroélectrique
- Richesse en matières premières (aluminium, coton et minerais).

Points faibles :
- Grande pauvreté et faiblesse des institutions
- Risque de déstabilisation par les islamistes
- Forte implication étatique dans l'activité économique
- Dépendance à l'égard des transferts des travailleurs
- Faiblesse des réserves de change.

Une croissance soutenue reposant sur les transferts des travailleurs expatriés



Les transferts des travailleurs expatriés retrouvent leur niveau d'avant-crise à plus de 40% du PIB, un des niveaux les plus élevés au monde. Alors que 64% de la population vit sous le seuil de pauvreté, la consommation de nombreux ménages dépend de cette ressource extérieure qui devrait se maintenir en 2013 compte tenu de la conjoncture favorable en Russie où 800 000 expatriés y sont recensés.

La croissance du crédit au secteur privé devrait profiter à l'industrie légère, la construction, l'agroalimentaire et les services. L'industrie de l'aluminium, principal débouché à l'export, a lesté les exportations de 2012. Cependant, les perspectives de l'aluminier d'Etat Talco sont bien orientées en 2013 et devraient permettre d'endiguer 4 années de baisse successives de la production. Les prix du coton, second marché à l'export, poursuivront leur baisse face à une offre mondiale abondante alors que le volume de production dépendra des conditions météorologiques. A moyen terme, la croissance potentielle dépendra des avancées sur la construction du barrage hydroélectrique de Rogun. Débuté sous l'aire soviétique, son développement est entravé par de nombreux freins politiques (accès à l'eau pour les pays en aval) et les incertitudes pesant sur son financement. Les tensions inflationnistes resteront fortes en raison de la dépendance aux importations alimentaires (densité démographique en proportion des terres cultivables les plus fortes au monde) et d'énergie. Enfin, les premiers forages pétroliers se dérouleront en 2013 afin d'évaluer les réserves dans le sud du pays dont le potentiel estimé ferait du pays le premier producteur d'Europe centrale.

Une situation financière très fragile



Le Tadjikistan, la plus pauvre des anciennes républiques soviétiques, reste tributaire de l'aide officielle, notamment par l'intermédiaire de la facilité élargie de crédit (FEC) de 152 millions de dollars accordée par le FMI en 2010. Le déficit budgétaire devrait disparaître en 2013 notamment grâce à la réforme de l'administration fiscale, applicable à partir 2013. Le nombre de taxes passera de 21 à 10. Cette simplification de la fiscalité devrait permettre l'élargissement progressif de l'assiette fiscale. Le déficit courant devrait s'accroître à nouveau en 2013 en raison de la forte dépendance extérieure alimentaire et énergétique.
La banque centrale maintiendra le somoni stable, comme en 2012, afin de limiter l'inflation importée. Notons toutefois qu'un ralentissement marqué de l'économie mondiale pourrait engendrer une baisse substantielle des transferts des travailleurs à l'étranger et donc un risque de dépréciation de la devise, compte tenu du déficit courant élevé et de la faiblesse des réserves de change. Le secteur bancaire reste fragilisé par une qualité douteuse des actifs, une forte dollarisation et une sous-capitalisation générale.

Un risque politique élevé et un environnement des affaires peu propice aux investissements



La population tadjike est ethniquement fragmentée. Bien que le pays ait été jusqu'ici épargné par le fondamentalisme islamique, il lui offre un terreau fertile : pauvreté, chômage, restriction des libertés, profonds clivages géographiques et factions régionalistes. Le Tadjikistan est devenu depuis quelques années, le sanctuaire de plusieurs groupes islamistes armés, dont le Mouvement Islamique d'Ouzbékistan (MIO), proche d'Al-Qaeda et des Talibans.
La situation sécuritaire restera handicapée par la présence de puissants réseaux mafieux, organisés autour du trafic de l'héroïne produite en Afghanistan, dont 30% transite par l'Asie centrale. Afin d'endiguer la menace terroriste afghane, et dans la perspective du départ des troupes de l'OTAN en 2014, le pays accueille la plus importante division militaire russe à l'étranger dont le bail a été renouvelé pour 49 ans en 2012.

Le président Emomali Rakhmon, qui dirige le pays depuis 1994, concentre la totalité du pouvoir. Le risque d'instabilité politique devrait à nouveau s'accentuer dans la perspective des élections présidentielles de novembre 2013. Les relations avec l'Ouzbékistan restent tendues et portent principalement sur le partage des ressources en eau. Le blocage du fret ferroviaire ouzbek (axe de commerce et d'approvisionnement énergétique) constitue la principale menace face à la construction du barrage de Rogun.

L'attractivité du pays pâtit de la faible efficacité des institutions publiques. La fiscalité manque de compétitivité, l'imposition est trop élevée par rapport à la moyenne régionale ce qui entretient l'économie informelle, évaluée à plus de 50% du PIB. La corruption endémique et la proximité de la zone de conflits afghane pèsent sur les IDE qui restent à un niveau très bas.

Pour en savoir plus



[URL : http://www.coface.fr/CofacePortal/FR_fr_FR/pages/home/os/risks_home/risques_pays/fiche/Tadjikistan?extraUid=571940].