Turkménistan : analyse du risque économique par la COFACE (2013)
2013-03-07

Points forts :
- Quatrième réserve mondiale de gaz naturel
- Diversification des voies d'exportations d'hydrocarbures vers la Chine et l'Iran
- Réserves de change importantes
- Faibles taux d'endettement.

Points faibles :
- Petite économie enclavée
- Faible diversification économique
- Secteur bancaire peu développé
- Interventionnisme étatique et climat des affaires difficile.


Augmentation et diversification géographique des exportations de gaz



Le Turkménistan affiche une croissance forte en 2012, tirée par la consommation privée et l'investissement public. Le secteur des hydrocarbures reste dominant. La réorientation des exportations de gaz vers la Chine et l'Iran permet au pays d'être relativement préservé de la dégradation de la conjoncture en Europe qui affecte la demande russe. Toutefois, le Turkménistan reste très exposé à une baisse des cours des hydrocarbures. Les secteurs de la construction (soutenu par les importants projets d'investissements publics), des transports et des communications enregistrent de fortes progressions.

L'afflux d'IDE dans le secteur énergétique, provenant notamment de Chine, se maintient et devrait continuer à progresser compte tenu des importants besoins du pays pour développer ses infrastructures de production mais aussi de transport d'hydrocarbures.

L'inflation ralentit mais reste élevée, sous l'effet conjugué de la pression de la demande stimulée par la politique budgétaire expansionniste du gouvernement et de la hausse des prix des biens alimentaires.

Des comptes publics et extérieurs solides



Le budget de l'Etat est excédentaire en 2012 et le restera en 2013, grâce aux importantes recettes gazières. Les dépenses continueront à augmenter en application du Programme National de Développement Economique et Social 2011-2030, en vue de développer les infrastructures, en particulier mais pas uniquement, dans le secteur des hydrocarbures. Le Président s'est en effet engagé en octobre 2012 à mettre en œuvre un plan quinquennal d'investissements publics en vue de développer les secteurs de la chimie et de l'industrie légère pour favoriser la diversification économique du pays. L'amélioration du niveau de vie de la population promise par le gouvernement passera en outre par une augmentation des salaires et des retraites. Les actifs du Fonds de Stabilisation, dans lequel est reversée l'intégralité des excédents budgétaires enregistrés depuis 2008, accorde au pays une marge de manœuvre, au moins à court terme, en cas de baisse des cours des matières premières affectant ses recettes fiscales. La dette publique reste contenue.

L'excédent courant provient essentiellement des recettes d'exportation de gaz, grâce à une progression des volumes exportés, notamment vers la Chine et dans une moindre mesure vers l'Iran ainsi qu'au maintien des cours élevés du pétrole. Les exportations de coton représentent également une source importante de revenus mais les récoltes décevantes réduisent leur contribution en 2012. Les importations de biens d'équipement sont très élevées pour couvrir le niveau d'investissement public élevé. Les produits alimentaires constituent également une part importante des importations en raison de la faible productivité du secteur agricole.

Les réserves de change du Turkménistan restent confortables, permettant de maintenir le cours fixe du manat par rapport au dollar.

Tensions avec l'Azerbaïdjan, interventionnisme étatique et lacunes persistantes en matière de gouvernance



Le Turkménistan connait des tensions avec l'Azerbaïdjan à propos des droits sur des gisements d'hydrocarbures en mer Caspienne. Une grande partie des réserves offshores de pétrole et des réserves de gaz sont situées dans une zone conflictuelle. Ces tensions retardent l'exploitation de ces gisements ainsi que le projet de pipeline destiné à acheminer le gaz turkmène vers l'Europe via la Mer Caspienne.

Le président Gurbanguly Berdymukhamedov a été réélu en février 2012 à l'issue d'élections critiquées par la communauté internationale pour leur manque de transparence. Le gouvernement a été reconduit à l'identique, marquant une volonté de poursuite de la même politique. Malgré l'abandon du culte de la personnalité en vigueur sous l'ancien président (Saparmurat Niazov), le régime reste marqué par une forte concentration du pouvoir entre les mains de l'exécutif. Un second parti (Union of Industrialists and Entrepreneurs) a vu le jour en août 2012 aux côtés du parti présidentiel (Democratic Party), à la faveur d'une loi adoptée en janvier autorisant la création de partis politiques. L'arrivée de ce nouveau parti ne devrait pas remettre en cause la mainmise du pouvoir sur la vie économique, politique et sociale.

Le secteur privé représente en effet moins de 40% du PIB, les prix restent administrés et de nombreuses restrictions contraignent l'accès aux devises étrangères. L'Etat détient également la quasi-totalité des banques et contrôle l'allocation du crédit, dont environ 20% est octroyé directement par la Banque centrale. Ces pratiques impliquent généralement une moindre efficacité économique et une piètre qualité des actifs, ce qui pourrait fragiliser le secteur bancaire. Enfin, l'opacité en termes de gouvernance et la corruption affectent de manière importante le climat des affaires qui reste très difficile pour les entreprises étrangères.

Pour en savoir plus



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http://www.coface.fr/CofacePortal/FR_fr_FR/pages/home/os/risks_home/risques_pays/fiche/Turkménistan?extraUid=571947].