Bosnie-Herzégovine : analyse du risque économique par la COFACE (2013)
2013-03-07

Points forts :
- Transferts privés importants grâce à la mobilité croissante des travailleurs dans la région
- Réforme bancaire (renforcement des fonds propres)
- Assistance financière du FMI : accord de confirmation reconduit en septembre 2012
- Conclusion d'un accord de stabilisation et d'association avec l'Union Européenne en juin 2008.

Points faibles :
- Exportations peu diversifiées et dépendantes de l'évolution des cours mondiaux
- Forte exposition des emprunteurs au risque de change
- Carences en matière d'infrastructures et d'environnement des affaires
- Taux de chômage très élevé
- Taille du secteur informel
- Fragmentation institutionnelle et ethnique.


Une croissance faible vulnérable à la dégradation de l'activité européenne



En 2012, le pays retombe en récession en raison de la faiblesse de la demande domestique, contrainte par les mesures d'austérité et par la baisse des salaires, et extérieure.

Cette dernière émane principalement de l'UE (notamment de la Slovénie et de l'Italie en récession). De fait, la production manufacturière, largement tournée vers l'export (métaux, bois, produits manufacturés divers), a significativement décéléré. Dans le même temps, une sécheresse et des travaux de maintenance des plus grandes installations thermiques du pays ont provoqué une forte baisse de la production d'énergie. En 2013, la croissance devrait légèrement augmenter portée par l'investissement. En effet, les produits exportés vers la Croatie (15% des exportations) devront être mis aux normes européennes d'ici juillet 2013, date d'adhésion à l'UE des croates. De plus, l'investissement devrait s'accélérer dans le secteur de l'énergie en raison de la construction de nouvelles infrastructures comme la station thermique (Stanari) en République Srpska (à majorité serbe).

Par ailleurs, l'inflation décélère en 2012 après une forte hausse en 2011 liée aux cours élevés des prix alimentaires. En 2013, la faiblesse de la demande domestique et des cours internationaux des prix alimentaires plus modérés, devraient permettre de contenir l'inflation.

Persistance d'un déficit courant élevé



En 2012, le déficit courant devrait rester élevé, le pays important deux fois plus qu'il n'exporte et les exportations ayant pâti de la contraction de l'activité européenne. Plus de la moitié des exportations sont en effet à destination de l'UE. En 2013, ni l'activité européenne, ni la consommation ne devraient rebondir : les exportations et les importations devraient stagner. Ainsi, le déficit de la balance commerciale sera maintenu à un niveau similaire (environ 10% du PIB).

Les transferts des travailleurs expatriés et l'aide extérieure permettront d'en couvrir une grande partie (près de 60%).
Les IDE ne devraient compenser quant à eux qu'un cinquième du solde courant, le pays devrait donc avoir recours à l'endettement extérieur.

Les finances publiques fragilisées par l'instabilité politique



En septembre 2012, le FMI a reconduit son accord de confirmation, à hauteur de 520,6 millions de dollars sur deux ans, en raison des efforts de consolidation budgétaire. En effet, en 2012, le gouvernement central a initié des mesures de réduction des dépenses notamment dans l'administration publique. Néanmoins, le déficit budgétaire ne s'est que légèrement réduit en raison d'une forte baisse des recettes fiscales indirectes dues à la contraction de l'activité.

Le budget pour l'année 2013 devrait répondre aux exigences du FMI quant à la réduction des dépenses (notamment l'arrêt des recrutements de fonctionnaires avec une baisse de 10% des salaires et la vente de parts d'entreprises publiques). Néanmoins, l'instabilité politique pourrait, comme l'an passé, rendre difficile l'approbation du budget et ainsi retarder le versement de l'aide du FMI.

En outre, la dette publique restera vulnérable au risque de change, les deux tiers du stock de la dette étant libellés en devises.

Instabilité politique et un environnement des affaires difficile



La complexité de la structure politico-administrative du pays, fragmentée en deux entités distinctes, la république serbe de Bosnie et la fédération de Bosnie-Herzégovine (à majorité bosniaque et croate), affaiblit le pouvoir de l'exécutif central. Elle rend difficile la mise en place des réformes structurelles nécessaires pour permettre au pays de se relever durablement de la crise de 2009 et ainsi d'adhérer à l'UE.

D'autant que l'instabilité politique règne depuis les élections législatives et présidentielles d'octobre 2010. Trois mois après la formation d'un gouvernement de coalition en février 2012 entre les deux partis représentant les bosniaques musulmans, le SDP-BiH (sociaux-démocrates) et le SDA (conservateurs bosniaques), un conflit concernant le vote du budget 2012 a provoqué une paralysie durant six mois menant à un remaniement ministériel.

Les élections municipales d'octobre se sont déroulées en défaveur du SDP, contrairement au SDA, ce qui pourrait entrainer des blocages politiques au niveau local. A ce contexte d'incertitudes politiques s'ajoute le risque d'exacerbation des tensions sociales en raison des mesures d'austérité prises par l'exécutif central et la persistante de forte tensions ethniques entre les communautés bosniaque musulmane, croate catholique et serbe orthodoxe.
En termes de gouvernance, l'environnement des affaires reste difficile : corruption, manque d'efficacité de l'administration et du système judiciaire ou encore la taille du secteur informel.

Pour en savoir plus



[URL : http://www.coface.fr/CofacePortal/FR_fr_FR/pages/home/os/risks_home/risques_pays/fiche/Bosnie-Herzégovine?extraUid=571819].