Monténégro : analyse du risque économique par la COFACE (2013)
2013-03-07

Points forts :
- Ressources minières et potentiel touristique
- Pourparlers en vue de l'adhésion à l'Union Européenne initiés en juin 2012
- Indicateurs de gouvernance supérieurs à la moyenne régionale, système politique stable.

Points faibles :
- Dépendance vis-à-vis du cours des matières premières exportées (aluminium)
- Dépendance commerciale et financière vis-à-vis de l'Union Européenne
- Déficit courant encore trop élevé
- Endettement extérieur privé excessif.


Croissance toujours affaiblie par les difficultés européennes



Le ralentissement de l'économie enregistré en 2012 continuera à se ressentir en 2013, principalement en raison du marasme de la zone euro, dont le pays dépend très fortement pour son commerce, son tourisme et ses entrées d'IDE. Ainsi, l'industrie de l'aluminium, générant 40% des exportations, a pâti du repli des cours mondiaux et de la baisse de la demande européenne. La croissance devrait rester conscrite en 2013 avec la persistance des difficultés européennes.

Cela touche plus particulièrement l'entrée des investissements étrangers, dont le pays dépend fortement, tant les sources domestiques de financement sont faibles. En effet, les flux entrants d'IDE (majoritairement destinés au secteur touristique) comptent pour plus de 10% du PIB, ratio parmi les plus élevés en Europe. La croissance devrait être néanmoins soutenue par la hausse prévue des cours de l'aluminium. Le développement du tourisme, exponentiel depuis peu, se poursuivra, avec le maintien d'incitations fiscales et la progression des investissements en infrastructures touristiques sur la côte adriatique. L'inflation se repliera légèrement en 2013, avec la modération des cours énergétiques et alimentaires (le pays étant importateur net de ces matières premières).

Déficit courant toujours très marqué, déficit public en baisse



Le pays réalise un assainissement budgétaire qui se poursuivra en 2013.

Les mesures de restriction budgétaire déjà adoptées ont permis une baisse des dépenses, mais les langueurs de l'économie ont réduit l'apport de recettes. La lente reprise de l'économie attendue pour 2013 devrait permettre des recettes de TVA (1ere source de recettes budgétaires) plus conséquentes. Une partie du financement pourrait être permise par une nouvelle émission d'obligations, après celle de 2011, et éventuellement, en cas de difficultés plus marquées, par l'aide du FMI (en plus des prêts déjà accordés par la Banque Mondiale en 2011-12).

Les programmes de privatisation (poste, immobilier, aéronautique) sont au ralenti, les entreprises publiques ayant des difficultés à attirer l'intérêt des investisseurs privés. Ils craignent toujours le haut niveau de corruption (le plus élevé de l'ex-Yougoslavie), les défaillances des infrastructures de transport et l'importance de l'économie souterraine. De plus, la reprise du contrôle par l'Etat en 2012 du premier employeur du pays, la compagnie d'aluminium KAP, lourdement endettée, pèsera encore sur le budget 2013.
Enfin, alors que le niveau de dette publique, quoiqu'en croissance, est modéré et inférieur à la moyenne régionale, la dette extérieure (essentiellement privée et désormais supérieure au PIB) représente un risque patent, les réserves de devises étant insuffisantes pour pallier une éventuelle crise de liquidité. Ce constat est amplifié par les carences du secteur bancaire, la supervision faisant encore défaut.

Par ailleurs, le déficit courant a à peine augmenté en 2012, du fait des difficultés persistantes des partenaires commerciaux du pays (notamment la Grèce, 3e partenaire à l'export en 2011). Il devrait rester stable en 2013, en raison d'importations limitées par les difficultés économiques et par une reprise des exportations, notamment de métaux. Une réorientation géographique s'est opérée en 2012 avec l'affaiblissement de l'euro : les trois premiers marchés à l'exportation ont été trois anciennes républiques de Yougoslavie. L'UE devrait redevenir majoritaire en 2013. La balance des services (17% du PIB) sera largement excédentaire, en raison de bonnes recettes touristiques, mais insuffisante pour compenser le déficit commercial.

Processus d'adhésion à l'UE désormais bien entamé



Les pourparlers liés à l'adhésion du Monténégro à l'UE se sont ouverts en juin 2012. Ils achoppaient auparavant sur les craintes européennes vis-à-vis de la corruption et du crime organisé existants dans le pays, craintes désormais dissipées avec les progrès réalisés récemment.

Cette perspective d'intégration a permis au Parti Démocratique Socialiste (DPS), actuellement au pouvoir, de remporter les élections législatives anticipées d'octobre 2012. Celui-ci a pourtant dû faire face à des manifestations début 2012, après l'annonce de la hausse des prix de l'électricité.

Le scrutin présidentiel, en avril 2013, devrait confirmer la domination du DPS. Il est probable que l'on assiste au retour de l'ancien Président M. Djukanovic, figure de l'indépendance (mais suspecté par le passé de trafics illégaux et de corruption), à ce poste. Il n'en reste pas moins que le pays devra poursuivre ses efforts d'amélioration du climat des affaires et de lutte contre la corruption afin de maintenir les pourparlers avec l'UE, pour une intégration intervenant au plus tôt en 2020.

Pour en savoir plus



[URL : http://www.coface.fr/CofacePortal/FR_fr_FR/pages/home/os/risks_home/risques_pays/fiche/Monténégro?extraUid=571800].