Ukraine : les banques à capitaux étrangers demandent plus de transparence judiciaire (janvier 2013)
2013-11-19

Par Alexander Dubinskiy

Kiev, 25 janvier 2013,Zerkalo Nedeli (source ODAESS).

[...] Malgré des risques élevés et des perspectives encore vagues, le marché ukrainien n'a pas encore perdu tout son attrait pour les capitaux bancaires étrangers

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[…] Les plus grands investisseurs du secteur financier ukrainien qu'ils soient d'Italie, de France ou d'Autriche n'ont pas réduit leurs placements dans les filiales. Ils ont même annoncé leur augmentation en 2013. Dans le même temps, le besoin des banques en financement externe, ainsi que la part des capitaux étrangers dans le système bancaire
ukrainien continuent de diminuer. Le retrait de capitaux concerne, tout d'abord, les institutions financières forcées de boucher les trous sur leurs marchés nationaux et, ensuite, les petites banques, venues en Ukraine pour gagner de l'argent rapidement sur un marché en
croissance, qui ne s'attendaient pas à se heurter à une rude concurrence, à la faible protection des droits des créanciers, et à la corruption omniprésente. [...]

Dans un tel contexte, ce sont les sociétés à capitaux ukrainiens et russes qui peuvent - mais pas toujours correctement - travailler avec la clientèle locale et utiliser les ressources administratives en leur faveur.

Les résultats de 2012 ont montré que [...] la chute de l'activité économique amène les institutions financières à réduire leurs prêts. Au cours de l'année dernière, le volume des prêts à l'économie a été divisé par quatre - un peu plus de 17 milliards UAH (1,7 milliard d'euro) en 2012, contre près de 70 milliards d'UAH (7 milliards d'euros) en 2011. Notons qu'en arrière-plan il y a eu une augmentation de la base monétaire de 6%, et une nouvelle augmentation des dépôts de 15,8% par rapport à 2011.

Cette réduction de l'activité de crédit est une conséquence de la fin de chantier d'État pour « l'Euro-2012», ainsi que du reflux très important des réserves de change, que des banques à capitaux étrangers retirent à l'économie ukrainienne. Le Loan to Deposit ratio (LTD ratio) ou ratio entre les crédits délivrés et les dépôts reçus par la banque, illustre bien ce qui est en train de se passer dans les banques. Si en 2011 il était de 160%, au 1 janvier 2013 il était tombé à 143%. Un ratio LTD supérieur à 100% indique que les banques empruntent activement les unes aux autres, pour prêter à leurs clients à un taux plus élevé.

La première cible de ces spéculations ont clairement été les ressources en hryvnia, dont le déficit, dû à une politique monétaire très dure de la Banque nationale, [...] a conduit à une augmentation du taux moyen des prêts d'environ 6% - de 17,2 à 23,4% par an (selon les données de la Banque Nationale d'Ukraine). [...]

Selon Ruslan Gritsenko, conseiller du président du conseil d'administration de Standard Bank, « les banques ne pourront pas éternellement être dans une situation de taux d'intérêt
élevés, car il n'y a pas d'entreprise qui puisse sur le long terme générer de tels pourcentages. [...] Il est nécessaire de revoir les politiques économiques pour créer des conditions favorables au développement des affaires et redonner confiance aux investisseurs, ainsi le
système bancaire jouera automatiquement son rôle, en transformant les fonds disponibles en prêts à des entités économiques ». [...]

Les reflux de capitaux des banques européennes des marchés dits périphériques de l'Europe et des pays limitrophes de l'Union européenne sont une conséquence de la crise de la dette européenne et des énormes réserves que les banques locales ont dû former en raison de la chute des prix des actifs dans l'UE et des titres de créance. [...] Dans la liste des institutions ayant déjà quitté l'Ukraine, on relève l'allemand Commerzbank, le tchèque PPF Crédit, les
suédois SEB et Swedbank, le français Société Générale, ainsi que les autrichiens Erste et Volksbank. [...]

En réduisant leurs investissements sur les marchés émergents, les banques cherchent à renforcer leur position sur leur marché domestique et les marchés prioritaires, dont l'Ukraine ne fait pas encore partie, en raison du trop faible niveau de protection des droits des créanciers et de la corruption omniprésente. [...] Pourtant, le marché financier ukrainien propose à l'heure actuelle les plus fortes marges sur les prêts : de l'ordre de 5-7% par an
pour les grandes banques. C'est presque dix fois plus que ce que les sièges sociaux des banques peuvent gagner sur leur marché domestique et c'est ce qui retient encore de
nombreuses banques européennes en Ukraine. [...] Pour Pavel Tsetkovsky, d'Erste Bank, « le niveau de marge n'est qu'un des facteurs dans la décision de se maintenir et de se développer dans un pays. En Ukraine, le principal défi pour
le système bancaire est d'anticiper sur la qualité de recouvrement des crédits délivrés. D'autant plus que régler des problèmes de crédits par des méthodes civilisées s'avère assez compliqué, étant donné l'inefficacité dont fait fréquemment preuve le système judiciaire ukrainien, le faible niveau de protection des créanciers et le niveau élevé de corruption [...]. »

Les dirigeants des grandes banques européennes considèrent qu'un des défis majeurs auquel les autorités financières doivent faire face en cette période est le maintien de la
stabilité International est convaincu que « la réduction du déficit du compte courant et le refinancement de la dette extérieure donneront un coup de pouce à l'afflux de nouveaux
capitaux ».

Gianni Franco Papa d'UniCredit Groupe soutient que « les pays de la CEI et la Turquie auront une croissance de 4% sur la période 2013-2017, ce qui est un indicateur bien au-dessus de celui de l'UE des 27, raison pour laquelle nous voyons cette région comme une priorité. Cependant, nous avons besoin de l'appui actif des autorités pour restaurer la confiance des investisseurs et renforcer la transparence des décisions judiciaires ».

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