La France découvre la Bosnie (1807)
2013-03-21

Samedi 16 mars 2013 par BH Info.

La Bosnie-Herzégovine, pays francophone ? Pas vraiment. Mais l'histoire de la langue française en Bosnie-Herzégovine est vieille de plus de 200 ans. Tout a commencé à Travnik, le premier jour du Ramadan de 1807...

Le premier contact avec le français date de l'époque des Ottomans, en 1807, avec l'arrivée du premier consul général de France à Travnik, la cité des vizirs. Un évènement majeur pour cette petite ville de Bosnie-Centrale, magnifiquement décrit dans La Chronique de Travnik du célèbre Ivo Andic, Prix Nobel de Littérature, écrit en 1942 et publié en 1945.

Cette chronique de la ville de Travnik s'étend de 1806 à 1814, alors que les guerres napoléoniennes font rage en Europe. Elle raconte la vie de la capitale du pachalik de Bosnie "au temps des consulats" : un consulat impérial français y est installé en 1806, rapidement suivi d'un consulat austro-hongrois. Sur un fond historique rappelant en filigrane les évènements européens, le récit se construit autour des relations entre le consul français, Jean Daville (de vrai nom David), son homologue austro-hongrois et les vizirs ottomans successifs en place dans la cité et régnant sur la Bosnie. Il permet d'appréhender les relations complexes entre les diverses communautés vivant alors en territoire bosnien : musulmans autochtones, minorités juives catholiques et orthodoxes, administration ottomane.

La Chronique de Travnik se concentre aussi à décrire le choc des traditions et de la modernité, et les réactions de chacune des communautés à la vue d'un autre drapeau flottant à côté de celle du sultan, qui réveille les espoirs surtout chez les non-musulmans. On apprend ainsi que les catholiques commencent à regarder vers Vienne, les orthodoxes vers la Russie, tandis que les juifs rêvent de la France de Napoléon, cet Empereur "bon comme un père" où les leurs sont pleinement citoyens...

Comme le titre de Chronique le laisse entendre, ce livre n'est pas un pur produit de l'imagination, mais s'inspire de personnages réels dont Andrić a pu consulter les témoignages, officiels ou littéraires. Il s'est ainsi notamment servi du livre Voyage en Bosnie d'Amédée Chaumette des Fossée, secrétaire de Daville dans les années 1807 et 1808.

Dans ces années-là, grâce à ce premier livre par lequel la France découvrit la Bosnie, la langue française employa pour la première fois le terme "Bosniaque" pour désigner les habitants de Bosnie, en traduisant le mot Bosnjak, utilisés à l'époque pour désigner tous les habitants du pays, qu'elles que soient leur religion.

La langue bosnienne, quant à elle, adopta elle-aussi ses premiers mots français parmi lesquels le terme "bisage", un mot parfaitement bosniannisé pour désigner "deux sacs accrochés au cheval ou à l'âne qui servent à transporter" et gardé dans l'usage encore aujourd'hui.




Source :

[URL : http://www.bhinfo.fr/spip.php?page=article&id_article=2558]
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