Géorgie, France et URSS : le prince Michel Tchavtchavadzé (1898-1965)
2013-04-05

Michel Tchavtchavadzé naît en 1898 à Kvaréli en Kakhétie orientale dans la famille princière géorgienne des Tchavtchavadzé de Kvaréli (1), lignée à laquelle appartenait son parrain Ilia Tchavtchavadzé, lignée différente des Tchavtchavadzé de Tsinandali à laquelle appartenait Alexandre Tchavtchavadzé.

La formation militaire et la guerre



Il se forme d'abord militairement à l'Ecole des Cadets de Tiflis, avant d'être envoyé à l'Ecole des Pages de Saint-Pétersbourg d'où il sort Cornette (sous-lieutenant) fin 1916.

Il rejoint ensuite sur le front allemand le régiment des Grenadiers à cheval de la garde impériale.

Après la révolution d'octobre 1917, et la paix séparée avec l'Allemagne, il regagne la Géorgie.

L'exil à Constantinople, puis en France



En mars 1921, devant l'invasion de l'Armée rouge (2), il s'exile à Constantinople où il rencontre Lioubov Hvolson qui deviendra sa femme. Ils auront deux enfants, Irène (1924) et Nicolas (1933). Ils décident d'émigrer aux Etats-Unis, mais en chemin, à Paris, ils retrouvent la famille de Lioubov et s'installent en France. Ils participent à la fondation de la paroisse orthodoxe russe d'Asnières.

A Saint-Briac, en Ille-et-Vilaine, Michel Tchavtchavadzé devient chargé de mission auprès du Grand-Duc Cyrille, cousin germain de Nicolas II et prétendant au trône impérial.

A la fin des années 1930, il se sépare de sa femme et fonde un nouveau foyer avec Marie Kazem Beg, qui a déjà deux enfants d'un premier mariage : ils auront ensemble trois enfants.

Le retour en URSS



En 1946, à l'appel des autorités soviétiques victorieuses de la Seconde guerre mondiale, il se laisse convaincre et décide de retourner en Géorgie avec sa nouvelle famille. Si le voyage en bateau de Marseille à Batoumi est joyeux, l'arrivée est plus fraiche.

Grâce à son neveu Nicolas (Nico), futur directeur de l'Institut de Philosophie de Tbilissi, il est chargé de fonctions administratives à la Philharmonie et est hébergé avec sa nombreuse famille dans les sous-sols de l'Eglise orthodoxe russe de Tbilissi : il peut ainsi subvenir aux besoins des siens.

En 1948, accusé d'espionnage, il est arrêté par le NKVD. En prison, il est informé d'une dénonciation venue de son parent éloigné Spiridon Tchavtchavadzé (3) qui l'avait accompagné dans son retour en Géorgie. Il le rencontre au hasard des transferts. Il comprend que cette dénonciation n'est pas réelle, et qu'une dénonciation en sens inverse lui est prêtée. Les membres de sa famille sont déportés au Kazakhstan et devront la vie à la sollicitude de déportés tchèques qui leur donneront de la nourriture.

En 1956, Michel Tchavtchavadzé est libéré du goulag parmi les millions d'internés politiques. Grâce à l'intervention du Métropolite Nicolas, chargé des Relations extérieures du patriarcat de Moscou, qu'il avait déjà rencontré à Paris, il obtient un poste de secrétaire auprès de l'évêque de Vologda. Il y est chargé de la défense des droits constitutionnels de l'Eglise.

En 1961, quatorze années après son retour en URSS et quatorze années à être resté sans nouvelles, il a l'immense joie de revoir sa fille Irène et son fils Nicolas, tous deux interprètes pour le compte de l'Exposition française de Moscou. A son retour d'un déplacement à Leningrad, c'est sur le quai d'une gare qu'il reconnaitra un jeune homme de 28 ans semblable au jeune homme qu'il était à cet âge, son fils aîné !

En 1963, sur l'injonction des autorités russes, il quitte Vologda pour Tbilissi et devient traducteur.

Il s'éteint en juillet 1965 alors qu'il travaille sur « L'Être et le Néant » de Jean-Paul Sartre. Sa fille Irène, interprète au Quai d'Orsay, obtient un visa pour assister aux obsèques. La cathédrale Sioni accueille le service religieux. Les habitants de Kvaréli lui rendent un dernier hommage : ils portent le cercueil à dos d'homme et constituent un long cortège funéraire qui s'étend dans la bourgade. L'église familiale, désaffectée, où reposent ses ancêtres, accueille sa sépulture. Le traditionnel « kelekhi » est présidé par le secrétaire général communiste du district : il promet l'ajout d'une croix orthodoxe. Elle est ajoutée.

Le prince Tchavtchavadzé est rentré chez lui.

Notes



(1) Son père, Nicolas Tchavtchavadzé, est général de l'Armée impériale russe et combat durant la Première guerre mondiale sur le front ottoman, à Kars en particulier. Il est blessé et meurt à Tiflis en 1920 des suites de ses blessures.

(2) Son frère Zourab décide de rester en Géorgie, prend part à l'insurrection nationale géorgienne de 1924 et est fusillé en 1936.

(3) Spiridon Tchavtchavadzé, général de brigade, avait été nommé commandant en chef du Centre militaire clandestin préparant l'insurrection nationale géorgienne de 1924. Echappant à la répression des autorités soviétiques, il avait gagné la Turquie, puis la France. En 1946, il avait décidé de retourner en Géorgie.

Remerciements à Nicolas Tchavtchavadzé

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