Géorgie, Allemagne et Belgique : Guia Kantchéli, compositeur
2013-12-02

Giya Kantcheli

Guia Kantchéli naît à Tbilissi le 10 août 1935, d'un père chirurgien.

Une de ses premières découvertes musicales se manifeste par le jazz, notamment celui joué par Glen Miller.

Il entreprend initialement des études de géologie à l'Université, mais en 1958 il opte pour la musique.

Les études



Entre 1959 et 1963, il entreprend sa formation au Conservatoire national de Tbilissi et travaille la composition auprès d'Iona Tuskiya,

Il bénéficie de la déstalinisation et découvre les tendances culturelles occidentales.

Il se lance rapidement dans la composition de musique destinées au théâtre, musique qui le font rapidement connaître.

En 1963, il obtient son diplôme et reçoit le Prix des jeunes compositeurs d'URSS pour son Concerto pour orchestre.

La carrière professionnelle en Géorgie



Il commence à travailler avec le metteur en scène Robert Sturua, et devient son conseiller musical.

A partir de 1970, il enseigne la composition au Conservatoire, avec pour matière l'orchestration.

Le thèâtre Rustaveli



En 1971, il devient directeur musical du Théâtre Rustaveli, principal établissement de la capitale, où il officie durant une vingtaine d'années.

Chaque année, il écrit une musique de scène (il y en aura vingt-cinq en tout) pour des pièces de provenance très variée (auteurs géorgiens, russes mais aussi occidentaux comme Sophocle, Molière, Labiche, Anouilh, Brecht, Shakespeare), toutes mises en scène par Robert Sturua.

Durant cette période, il travaille étroitement avec le metteur en scène Robert Sturua, le musicologue Guivi Ordjonikidze, et le chef d'orchestre Jansug Kakhidze, trois hommes d'importance en Géorgie.

Parallèlement, pour des raisons principalement alimentaires, il donne une quarantaine de musiques de film.

Les honneurs



En 1973, membre du bureau de l'Union des Compositeurs géorgiens, il est décoré de la médaille des Arts de Géorgie.

En 1976, il reçoit un prix national pour sa quatrième symphonie, qui est créée en janvier 1978 aux États-Unis par Iouri Temirkanov et l'Orchestre de Philadelphie.

En 1984,il accède à la fonction de premier secrétaire de l'Union des compositeurs de Géorgie, succédant à son grand ami Guivi Ordjonikidze après sa mort.

En 1988, il est nommé artiste national de l'Union soviétique.

L'exil volontaire



En 1991, en pleine guerre civile géorgienne, il quitte son pays pour Berlin où il obtient une bourse (DAAD) pour deux années. Il trouve les conditions matérielles, artistiques et psychologiques pour pouvoir mener à bien ses ambitions créatrices et prolonge son séjour en Allemagne comme artiste indépendant. Il compose autant en quatre années que pendant les deux décennies précédentes.

En 1995, il rejoint la Belgique, à Anvers et devient compositeur en résidence auprès de l'Orchestre Philharmonique royal flamand (saison 1995-1996).

Ses compositions sont données en Europe et en Amérique du Nord par l'Orchestre de Philadelphie, l'Orchestre symphonique de Chicago, au Festival international de musique nouvelle de Vancouver, mais aussi à Seattle, par l'Orchestre philharmonique de New York sous la baguette de Kurt Masur.

"Sa musique connaît une diffusion mondiale, soutenue par Dennis Russell Davis, Jansug Kakhidze, Gidon Kremer, Iouri Bachmet, Kim Kashkashian, Mstislav Rostropovitch, ou le Quatuor Kronos ... Dans les salles de concert, sur les ondes radiophoniques, dans les enregistrements matérialisés et maintenant sur Internet, les œuvres de Guia Kancheli diffusent..." (1)

Il devient le compositeur géorgien vivant le plus célèbre de notre temps, reconnu internationalement.

L'homme : Guia Kantchéli par lui même



« Rien n'est lié à l'émigration dans ma musique ! Je n'ai jamais émigré de Géorgie. Je suis toujours un citoyen géorgien. Quand j'ai quitté la Géorgie, il était déjà possible d'en partir et d'y revenir. Ce qui n'était pas le cas avant 1991 : vous ne le pouviez pas et vous saviez qu'en franchissant la frontière vous vous condamniez à l'exil. Je partage donc simplement ma vie entre la Belgique et la Géorgie. Je ne me suis jamais senti un immigrant. […]

Ma musique n'est pas une plaidoirie contre l'ignorance et la bêtise qui répètent les mêmes erreurs à travers l'histoire. C'est pourquoi j'essaie de contrer cette obstination imbécile, non par la turbulence d'un courant contraire, mais par le silence qu'évoque la surface d'une eau tranquille. J'essaie de prévenir les émotions négatives, nées de la terreur et des conflits sans fin, par la sérénité et la patience. Je tente, avec des sons nés aux frontières du silence, de nous préserver de l'environnement de plus en plus bruyant dans lequel nous vivons. De contrer les avances technologiques de plus en plus complexes par un langage musical le plus clair et le plus simple possible. De calmer le rythme trépidant de notre quotidien par des tempi exagérément lents. D'opposer au fanatisme religieux, aux manifestations extatiques de patriotisme, de glorification et de fétichisation du passé, des contrastes intensément dynamiques. Car après tout, hormis en griffonnant des notes sur un morceau de papier, je n'ai aucun autre moyen de protestation. Cependant, dans ma tâche quotidienne de création musicale, mes pensées et mes émotions, plus que de refléter tout cela, se concentrent sur un vaste espace invisible qui, dans mon imagination, détient la clef des concepts intemporels de beauté, de douceur et d'amour. Je rêve seulement que ceux qui écoutent ma musique n'en perçoivent pas les défis et s'y sentent libres.

Je serais heureux que, dans le futur, mes œuvres (à moins qu'elles ne sombrent dans l'oubli) soient perçues comme une tentative de sortir des ténèbres vers la lumière
» (2)

Son œuvre



Guia Kantchéli commence par écrire une musique inspirée de la musique traditionnelle géorgienne, de Béla Bartok et de Dimitri Chostakovitch : « Riche en cuivres et en violence, […] son œuvre évolue ensuite vers une musique tonale, avec souvent des harmonies très simples, […], épurée avec le plus souvent peu de notes, peu d'instruments, très intériorisée, presque désertique, souvent d'une tristesse et d'une mélancolie sans fin » (3).

Connu essentiellement pour ses sept symphonies, il a composé plusieurs pièces pour orchestre, un opéra et de la musique de chambre. Il est aussi l'auteur de plusieurs musiques de films.

-1961 : Concerto pour orchestre
-1967 : Symphonie n° 1
-1970 : Symphonie n° 2 Songs
-1973 : Symphonie n° 3
-1974 : Symphonie n° 4 À la mémoire de Michelangelo
-1977 : Symphonie n° 5 À la mémoire de mes parents
-1978-1980 : Symphonie n° 6
-1982-1984 : Music for the Living, opéra en deux actes
-1986 : Symphonie n° 7 Épilogue
-1989 : Wom Winde beweint, liturgie pour grand orchestre et alto solo
-1990-1990 : Morning prayers, pour orchestre de chambre, voix et flûte alto
-1990 : Midday prayers, pour clarinette solo et 19 instruments
-1991 : Evening prayers, pour orchestre de chambre, voix et flûte alto
-1992 : Night prayers, pour quatuor à cordes
-1994 : Caris Mere, pour soprano et alto
-1994 : Lament, pour violon, soprano et orchestre
-1994 : Trauerfarbenes Land (Paysage en couleur de deuil), pour orchestre symphonique
-1995 : Exil, pour soprano, instruments et bande magnétique, (d'après le psaume 23, Celan et Sahl)
-1995 : V & V, pour violon, voix enregistrée et orchestre à cordes
-1995 : A la Duduki, pour orchestre symphonique
-1995 : Simi, "Pensées sans joie" pour violoncelle et orchestre
-1996 : Valse Boston, pour piano et cordes
-1997 : Time... and again, pour violon et piano
-1997 : Diplipito, pour violoncelle, contreténor et orchestre
-1997 : In l'istresso tempo, quatuor avec piano
-1997 : Magnum Ignotum, pour flûte, 2 hautbois, 2 bassons, 2 cors, contrebasse et bande magnétique
-1998 : Music of mourning à la mémoire de Luigi Nono, pour violon, soprano et orchestre
-1999 : Rokwa, pour grand orchestre symphonique
-1999 : Styx, pour alto, chœur mixte et orchestre
-2000 : A little Daneliade, pour orchestre
-2003 : Little Imber, pour petit ensemble, voix soliste et chœur d'hommes et d'enfants
-2005 : Amao Omi, pour chœur mixte et quatuor de saxophones
-2011 : Chiaroscuro, pour quatuor à cordes.

Notes



(1) Giya Kantcheli, un monde de spiritualité universel par Jean-Luc Caron

[URL : http://www.resmusica.com/2013/11/30/giya-kancheli-un-monde-de-spiritualite-universelle-i/]

(2) Interview du compositeur, Revue Musiques Nouvelles

[URL : http://www.musiquesnouvelles.com/fr/Actualites/Giya_Kancheli___Exil/482/]

(3) Xavier, Blog Classik.