Bidzina Ivanishvili : "Les échanges avec la Russie reprennent" (septembre 2013)
2013-12-11

Par Ian Hamel

Dans une interview exclusive accordée au Point.fr, le Premier ministre géorgien se félicite de l'amélioration des relations avec Moscou.

Bidzina Ivanishvili, 57 ans, Premier ministre de Géorgie depuis octobre 2012 et 153e fortune mondiale, est un personnage déroutant. Alors qu'il dispose d'un passeport français et qu'il s'exprime très correctement dans la langue de Molière, il a souhaité que l'interview se déroule en géorgien. Ses propos étaient ensuite traduits en anglais par l'un de ses collaborateurs. À plusieurs reprises, Bidzina Ivanishvili s'est adressé directement en français au journaliste du Point.fr. Puis il a lui-même traduit les propos échangés à son conseiller qui, lui, ne parlait pas français... L'entretien ne s'est pas déroulé à Tbilissi, la capitale, mais à Ureki, un petit village sur les bords de la mer Noire, entre les ports de Batumi et de Poti. L'homme d'affaires reçoit simplement en jean et chemisette dans sa vaste propriété, avec lac peuplé de flamants roses, plantations soignées et piscine avec toboggans.Durant cinquante minutes, Bidzina Ivanishvili n'a évoqué ni l'Union européenne ni une possible adhésion de la Géorgie à l'Otan.

En revanche, il n'a cessé d'appeler à un rapprochement avec le grand voisin russe. Cette attitude est à relier à ses propos tenus le 4 septembre lors d'une conférence de presse. Le Premier ministre, qui a fait fortune en Russie dans le commerce d'ordinateurs et de téléphones puis en créant la banque Rossiyskiy Kredit, a envisagé l'adhésion de la Géorgie à l'union douanière, l'union eurasienne, une zone de libre-échange regroupant la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie. Par ailleurs, dans une interview donnée récemment à Politique internationale, le milliardaire déclare : "Les Russes savent qui je suis, ils savent qu'on peut me faire confiance."

- Le Point. fr : Dmitri Medvedev, le Premier ministre, se réjouit des "signaux positifs" venus de votre gouvernement. Ne risquez-vous pas d'être qualifié de "pro-russes" ?

- Bidzina Ivanishvili : La Géorgie est un petit pays pauvre. Quels sont nos axes prioritaires, en dehors de l'éducation et de la santé ? L'agriculture et le tourisme. Depuis 2006, la Russie bloquait nos exportations de vin et d'eau minérale. Elles ont repris cette année, notamment la Borjomi, notre eau la plus célèbre, ainsi que 90 marques de vins et d'alcools géorgiens. Par ailleurs, le nombre de touristes russes a doublé en un an. Ils étaient 260 000 au premier trimestre 2013 à profiter de nos plages sur la mer Noire.

- Malgré tout, Moscou soutient toujours les deux Républiques sécessionnistes, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. Plus grave encore, les gardes-frontières russes grignotent du territoire géorgien...

- C'est exact, mais nous ne résoudrons pas le problème par la guerre. La Géorgie est un petit pays, qui ne peut avoir d'ambitions régionales, comme le prétendait le président Mikheïl Saakachvili. En ce qui concerne l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, il ne faut pas parler de territoires, mais de frère et soeur. Les Abkhazes et les Ossètes seront incités à revenir quand la Géorgie sera davantage prospère.

- La reprise des relations diplomatiques avec la Russie, interrompues depuis la guerre de 2008, est-elle envisageable ?

- Pour le moment, la Suisse sert d'intermédiaire entre nos deux pays. Le rapprochement avec Moscou réclame encore beaucoup de temps et de travail. Il faudra entre cinq et sept ans. J'ai longtemps travaillé en Russie. Mais puis-je prétendre que je connais bien les Russes ? Pour les comprendre, il ne faut pas un cerveau, mais plusieurs.

- Vous n'avez jamais cessé de dénigrer le président Mikheïl Saakachvili. Vous arrive-t-il de dialoguer avec lui ?

- Ça m'arrive, mais il faut prendre un compte que c'est un déséquilibré, une sorte de fou... Saakachvili a dépensé toute son énergie pour se construire une image de démocrate et de réformateur en Occident, mais en Géorgie, les prisons étaient pleines. Il continue à prétendre qu'il n'est pas responsable de la guerre de 2008 avec la Russie.

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