Géorgie : l'élection présidentielle (27 octobre 2013), résultat
2013-10-29

Les enjeux



Ils étaient d'ordre constitutionnel, et touchaient à la politique intérieure et à la politique étrangère.

Les récents aménagements de la Constitution de la République de Géorgie donnent plus de pouvoirs au Parlement (donc au Premier ministre issu de la majorité parlementaire) au détriment des pouvoirs présidentiels tels qu'exercés antérieurement par Edouard Chévardnadzé et par Mikheil Saakachvili (1). Avant application, ils sont déjà partiellement remis en cause : il serait quasiment impossible de trouver la majorité nécessaire pour les modifier une nouvelle fois.

La cohabitation des « deux meilleurs adversaires politiques » que sont Mikheil Saakachvili au poste de Président et Bidzina Ivanishvili au poste de Premier ministre, entrainée par le changement de majorité parlementaire d'octobre 2012, n'a pas démontré la meilleure efficacité. Sur le plan intérieur, la justice géorgienne a engagé une série d'inculpations et d'arrestations pour corruption et fraude fiscale d'anciens collaborateurs et partisans du Président. Sur le plan extérieur, si le Président a poursuivi son discours pro-OTAN et pro-Union européenne en n'oubliant pas de critiquer âprement les dirigeants de la Russie (y compris à la tribune des Nations unies), le Premier ministre a engagé un processus de normalisation des relations russo-géorgiennes sur le plan économique tout en confirmant le souhait d'une association avec l'Union européenne.

En effet les négociations entre la Géorgie et l'Union européenne pour une association et un accord de libre-échange se sont poursuivies. Le sommet européen de Vilnius des 28 et 29 novembre 2013 devrait être l'occasion d'un point d'étape : la régularité de l'élection présidentielle du 27 octobre en sera un préalable (2).

Le départ de la scène politique de « deux hommes dits-providentiels »



Après une décennie durant laquelle Mikheil Saakachvili a cultivé l'image de « l'homme providentiel » en passe de sauver la Géorgie, un destin incertain se profile : il lui est promis procès et prison à la levée de son immunité présidentielle. Des résultats honorables pour son camp, le « Mouvement national unifié », pouvaient atténuer la menace.

Après 24 mois durant lesquels Bidzina Ivanishvili, convaincu de la victoire de son camp -« Le Rêve géorgien »-, a cultivé l'image de « l'homme providentiel » qui allait débarrasser la Géorgie de son « faux homme providentiel », il a annoncé à l'avance sa démission du poste de Premier ministre et la prévoit au lendemain de l'élection du nouveau président. Il retournerait donc à ses affaires personnelles loin des responsabilités politiques officielles (3) et (4).

Les candidats



La Commission électorale centrale avait retenu 23 candidats sur les 54 prétendants, selon les critères constitutionnels (soutien d'un parti politique ou d'un groupe d'initiative, 26 350 signatures de soutien, 5 années de citoyenneté géorgienne, ..).

Certains d'entre eux disposaient déjà d'une certaine notoriété et des appuis indispensables :
- Giorgi Margvelashvili (Rêve géorgien, majorité parlementaire Bidzina Ivanishvili, ex-ministre Education),
- Davit Bakradze (Mouvement national unifié, majorité présidentielle Mikheïl Saakachvili, ex-président Parlement),
- Nino Burjanadze (Mouvement démocrate-Géorgie unie, ex-présidente Parlement ère Chévardnadzé et ère Saakachvili),
- Shalva Natelashvili (Parti travailliste),
- Giorgi Targamadze (Mouvement chrétien-démocrate),
- Koba Davitashvili (ancien allié Rêve géorgien),
- Zurab Kharatishvili (ex-président Commission électorale centrale),
- Akaki Asatiani (Parti traditionnaliste),
- Nestan Kirtadze (ancienne alliée Parti travailliste).

D'autres candidats, même si certains s'étaient déjà présentés à une élection présidentielle ne disposaient pratiquement d'aucune chance de faire un score significatif, Teimuraz Mzhavia, Sergo Javakhidze, Kartlos Garibashvili, Avtandil Margiani, Tamaz Bibiluri, Levan Chachua, Mikheil Saluashvili, Mamuka Chokhonelidze, Nugzar Avaliani, Giorgi Chikhladze, Teimuraz Bobokhidze, Nino Chanishvili, Giorgi Liluashvili, Mamuka Melikishvili.

Les pronostics



Bien que la pratique des sondages se soit multipliée en Géorgie depuis une décennie, leurs résultats étaient à analyser avec précaution.

Seuls deux candidats bénéficiaient d'un pourcentage à 2 chiffres, Giorgi Margvelashvili (39%) et Davit Bakradze (18%).

Nino Burjanadzé, qui a exercé par intérim la présidence de la République, s'approchaitait d'un pourcentage à 2 chiffres (7%).

Les autres candidats du premier groupe, comme Shalva Natelashvili et Akaki Asatiani - vétérans des années 1990- étaient balayés (5).

La victoire du "Rêve géorgien"



Le 28 octobre, en soirée, la Commission électorale centrale communiquait sur pratiquement 100% des dépouillements (6) :

- participation : 46,6% (plus faible qu'aux élections législatives de 2012, 61,3%),

- Giorgi Margvelashili : 62,12% / Davit Bagradze : 21,72% / Nino Burjanadze : 10,18% / Shalva Natelashvili : 2,88 % / Giorgi Targamadze : 1,06 % / autres candidats à moins de 1% chacun.

Ces résultats entérinent la victoire de la coalition le Rêve géorgien dirigée par Bidzina Ivanishvili et la défaite du camp de Mikheïl Saakachvili (son candidat, Davit Bakradze, a d'ailleurs reconnu rapidement sa défaite).

Avec l'élection au 1er tour d'un nouveau président de la République, une première page de la politique géorgienne est tournée.

Une deuxième page sera tournée lorsque le Premier ministre actuel, Bidzina Ivanishvili, se retirera de toute responsabilité politique officielle.

Les conséquences



Une certaine "normalisation" de la vie politique géorgienne se dessine, mais il est difficile d'envisager qu'en arrière-plan Mikheil Saakachvili (et son allié américain) et que Bidzina Ivanishvili (et son souhait de rétablir des relations avec la Russie) ne conservent pas une certaine influence par "dauphins" interposés. Ces deux courants de pensée traversent aujourd'hui l'opinion publique géorgienne.

Dans leurs premières déclarations officielles, les vainqueurs les reprenaient en inversant les rôles : Giorgi Margvelashvili exprimait l'idée que la Géorgie devait rétablir ses relations avec la Russie, Bidzina Ivanishvili précisait que le déroulement de cette élection "selon les standards européens" avait été un pas supplémentaire vers l'intégration européenne. La candidature éventuelle de la Géorgie à l'OTAN n'a pas été rappelée.

Notes



(1) Mikheil Saakachvili est parvenu à la fin des deux mandats présidentiels consécutifs autorisés par la Constitution.

(2) Le 28 octobre, l'International Society for Fair Elections and Democracy qui avait déployé 1200 observateurs, conclut "au respect des procédures dans la plupart des bureaux de vote" et enregistre 45 plaintes (République autonome d'Adjarie en particulier). Transparency international, qui avait déployé 370 observateurs, conclut à 70 cas de violation de procédure et enregistre 34 plaintes. Les observateurs internationaux (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Assemblée parlementaire de l'OTAN ...) expriment globalement un constat positif tant sur le déroulement de la campagne électorale que sur celui de l'élection (conclusions préliminaires).

(3) Bidzina Ivanishvili, multimilliardaire en dollars selon le magazine Forbes, s'est enrichi en Russie durant les années 1990, a émigré ensuite en France où il a pris la nationalité française.

(4) Les milieux politiques géorgiens estiment que trois candidats -ayant le soutien du Rêve géorgien, donc de Bidzina Ivanishvili- seraient envisagés pour le poste de Premier ministre, le vice-premier ministre actuel Kakha Kaladze (35 ans, ancien capitaine de l'équipe nationale géorgienne de football), le ministre de l'Intérieur Irakli Garibashvili (31 ans, ancien directeur de la Banque Cartu propriété de Bidzina Ivanishvili) et le ministre de la Défense Irakli Alasania (39 ans, ancien ambassadeur auprès des Nations unies).

(5) Le sondage a été effectué entre le 18 août et le 3 septembre 2013, auprès de 3 838 personnes par le "Caucasus Resource Research Centers" (16% indécis, 6% refus réponse).

(6) Le nombre d'électeurs inscrits a varié ces dernières années de la manière suivante : 3 537 249 électeurs à l'élection présidentielle d'octobre 2013, 3 613 851 aux élections législatives d'octobre 2012, 3 544 770 électeurs aux élections locales de mai 2010, 3 472 876 électeurs aux élections législatives de mai 2008, 3 372 836 à l'élection présidentielle de janvier 2008.


Voir aussi :

- [URL : 4810]

- [URL : 2540]

- [URL : 2141]

- [URL : 3414]

- [URL : 1362]

.