Rapport sur la situation de la minorité hongroise en Ukraine (2003)
2013-11-19

Sur une population de 51 millions d'âmes de l'Ukraine, l'ethnie hongroise représente 0,3 %, lit-on dans le rapport de l'Office des Hongrois vivant à l'extérieur des frontières de la Hongrie.

Au nombre de quelque deux
centaines de milliers, les Hongrois constituent la huitième partie de la
population du département de Subcarpatie. Le tract de l'Office exposant la
situation de la minorité hongroise d'Ukraine constate que les Hongrois de
Subcarpatie ayant subi des vicissitudes presque incessantes durant tout le
XXe siècle ont constamment cherché et cherchent toujours à remplir un rôle
stabilisateur dans des circonstances en mouvance de ce pays multinational
frappé de graves crises économiques et sociales.

La Subcarpatie, région située dans le bassin des Carpates, à l'intérieur du
Nord-Est de la chaîne des Carpates, faisait, depuis le Xe siècle, partie du
Royaume de Hongrie. Son territoire fut habité par une population hétérogène:
hongroise, allemande, roumaine, ruthène, slovaque et juive.

Par suite des changements de frontières du pays, les habitants de cette
région ont été, durant 80 ans, successivement citoyens de cinq Etats, sans
avoir jamais quitté leur terre natale : jusqu'à 1918, de la Monarchie
Austro-hongroise, puis jusqu'à 1938-1939, de la Tchécoslovaquie, ensuite de
la Hongrie jusqu'à 1946, puis jusqu'à 1991 de l'Union soviétique, et depuis,
de l'Ukraine. Le rapport fait observer que la population hongroise de
Subcarpatie ne put faire valoir ses droits minoritaires ni sous le règne
tchécoslovaque, ni sous le régime soviétique. En 1944, parmi les Hongrois de
Subcarpatie, 10.000 personnes se sont réfugiées en Hongrie. Les troupes
d'occupation soviétiques ont déporté plus de 25 000 hommes dont plus du
tiers ne sont jamais revenns du Goulag. La minorité hongroise n'a jamais été
indemnisée ni matériellement, ni moralement, de la terreur stalinienne,
précise le document de l'Office.

Dans cette région d'une grande diversité ethnique, la culture hongroise a,
au XXe siècle, perdu graduellement son rôle de levain. Pourtant, depuis les
années 1970, renaît peu à peu l'activité éducative, littéraire et théâtrale
en la langue maternelle hongroise.

Les habitants d'ethnie hongroise dont le nombre officiel est de 163 000,
mais qu'on estime à 200.000, représentent 12,5 pour cent de la population
totale du département, face à 78 % d'Ukrainiens, à 4 % de Russes et à un
taux encore plus faible de Roumains et de Roms. Cette communauté hongroise
se répartit selon sa religion de la façon suivante : 100.000 sont réformés,
70.000 catholiques romains et 30 000 catholiques uniates. Comme depuis
plusieurs décennies, le réseau des écoles de langue hongroise est fort
incomplet, les Hongrois sont pour la plupart des manuels. Le chômage est
plus élevé chez les Hongiois que chez les Ukrainiens et les Russes. Les
gains des Hongrois d'Ukraine sont inférieurs à la moyenne nationale laquelle
est de l'ordre de 80 dollars. Les magasins d'alimentation des communes de
population hongroise vendent surtout des produits importés de Hongrie et de
Slovaquie.

La Hongrie et l'Ukraine ont, en 1991, conclu un Traité de base bilatéral qui
stipule la protection réciproque et mutuelle de l'identité culturelle,
linguistique et religieuse des minorités nationales. Cependant, le Rapport
de l'Office des Hongrois vivant à l'extérieur des frontières de la Hongrie
note que la pratique ne recouvre pas toujours les principes déclarés, en
raison surtout de causes financières. La loi ukrainienne de 1992 sur les
minorités nationales assure aux minorités l'usage de la langue maternelle,
le droit à l'enseignement en langue maternelle, le droit d'avoir un système
d'institutions culturelles propres et le droit à l'autonomie culturelle.
Selon un Décret du Président de l'Ukraine, émis en 1992, les organes d'État,
les institutions sociales et les entreprises doivent permettre l'usage de la
langue de la minorité. Ce Décret autorise l'utilisation des inscriptions et
panneaux bilingues. La loi ukrainienne permet le fonctionnement des
organisations de défense des intérêts des minorités, l'utilisation des
symboles nationaux et des noms propres conformément à l'orthographe de la
langue maternelle, ainsi que la liberté des relations transfrontalières. De
plus, selon l'article 11 de la Constitution de l'Ukraine, l'État encourage
le développement des particularités ethniques, culturelles, linguistiques et
religieuses des minorités nationales.
Le Rapport fait observer le manque de transparence des cadres
institutionnels de la jurisprudence découlant des nombreuses modifications
de la réglementation et indique que les lacunes de la définition des
compétences juridiques constituent un problème général. Les lois et décrets
en vigueur, tolérants à l'égard des minorités, ne sont pas toujours
appliqués au niveau local. Des limitations centrales interviennent aussi.
Certes, une cinquantaine de communes de la minorité hongroise ont pu
reprendre leur ancien nom historique, l'utilisation des symboles nationaux
hongrois est autorisée, beaucoup de statues et de monuments en rapport avec
l'histoire des Hongrois ont été érigés sur les places publiques aux frais de
la minorité hongroise, mais un décret du Président a ordonné en 1996 la
dissolution de la Fondation créée pour le développement de la culture des
minorités nationales d'Ukraine.

En résultat des élections parlementaires de 1994, la minorité hongroise de
Subcarpatie a réussi pour la première fois à déléguer son représentant au
Conseil suprême de l'Ukraine. (En vertu des élections de cette année, de
nouveau un député hongrois est entré à ce Conseil). Cet élu est le président
de l'Association démocratique des Hongrois d'Ukraine (UMDSZ), l'organisation
hongroise ayant la plus large audience. Aux élections municipales et
locales, 9 députés hongrois sont entrés au Conseil départemental de
Subcarpatie composé de 59 membres. Le programme de l'UMDSZ jouit du soutien
de quelque 25 organisations hongroises économiques, professionnelles,
d'intellectuels, de jeunesse et autres structurées sur le principe
territorial ou professionnel. Toutes ont pour but prioritaire la sauvegarde
du systême scolaire (le langue hongroise, la garantie de la sécurité
d'existence et la mise en place de diverses formes d'autonomie économique et
culturelle. L'État ukrainien avait prévu au total 7,5 millions de krivnias
(4,07 millions de dollars) au soutien de la culture de la minorité
hongroise, dans le plan de 1996 de répartition des ressources au niveau
départemental. Le Rapport note que ces projets de subvention matérielle ne
se sont pas écrits dans les faits ou très tard, même de l'aveu ukrainien. Le
gouvernement hongrois a, en 1996, subventionné la culture hongroise de
Subcarpatie - le théâtre, l'Université, l'édition de livres, la formation
d'enseignants, les manifestations et les actions de promotion de
l'entreprise - avec une somme équivalant à 600.000 dollars.

Selon le Rapport, on a réussi à stopper le dépérissement du réseau scolaire - écoles maternelles comprises - hongrois. En 1994-1995 l'éducation des tout
petits se faisait en hongrois dans 90 écoles maternelles. A l'heure
actuelle, la minorité hongroise de Subcarpatie compte 98 écoles - dont 10
écoles primaires, 36 écoles générales de 8 classes et 17 écoles secondaires
autonomes de langue hongroise. Il y a quatre lycées ecclésiastiques. Notons
que des classes hongroises ont été créées dans quatre lycées techniques.
L'Université d'Ungvàr (Oujgorod) a, depuis la décennie 60, une chaire de
hongrois, à Beregszàsz (Beregovo), depuis 1996 la formation de jardinières
d'enfants, d'instituteurs et de professeurs spécialisés se fait en hongrois
avec le soutien de l'État hongrois et la formation d'enseignants hongrois a
démarré à Munkàcs (Moukatchevo) également.



Extrait du bulletin hebdomadaire n° 30 du 24 juillet 1998 de l¹Agence
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